Politique

Eure : pro et anti-migrants se sont répondu par manifestations interposées à Serquigny

Par Clémentine Vergnaud, France Bleu Normandie (Seine-Maritime - Eure) et France Bleu samedi 5 novembre 2016 à 19:16

Environ 150 personnes se sont rassemblé à Serquigny dans l'Eure ce samedi 5 novembre pour protester contre l'accueil de 30 réfugiés afghans dans la commune.
Environ 150 personnes se sont rassemblé à Serquigny dans l'Eure ce samedi 5 novembre pour protester contre l'accueil de 30 réfugiés afghans dans la commune. © Radio France - Clémentine Vergnaud

Deux manifestations étaient organisées à Serquigny, dans l'Eure, ce samedi 5 novembre. La première, organisée par le Front National, voulait dénoncer l'accueil de 30 réfugiés afghans dans la commune depuis dix jours. La seconde était une contre-manifestation en réponse au rassemblement du FN.

Ils se sont affronté par manifestations interposées sans jamais se faire face. Ce samedi 5 novembre à Serquigny, une commune euroise de 2 000 habitants, deux manifestations étaient organisées. La première était diligentée par le Front national, pour dénoncer l'accueil d'une trentaine de réfugiés afghans dans la commune depuis une dizaine de jours. La seconde était un rassemblement de partis, associations et collectifs variés pour protester contre la manifestation du Front national. Les deux rassemblements ne se sont jamais croisés : le Front national est resté cantonné à la place de l'Hôtel de ville, la contre manifestation a remonté l'avenue Pierre-Semard (où sont logés les migrants) avant d'être stoppée par un barrage de forces de l'ordre. Les gendarmes étaient en effectif important pour éviter tout débordement.

Porter la voix de ceux qu'on n'entend pas

D'un côté comme de l'autre, une seule volonté : se faire le porte-parole de la majorité silencieuse. Pour Nicolas Bay, président du groupe Front national au conseil régional de Normandie, le Front National est "une fois de plus en situation de dire tout haut ce que tout le monde pense tout bas. Nous défendons les Normands contre la folle politique d'immigrations voulue par le Parti Socialiste avec la complicité de la droite." Autour de lui, environ 150 personnes applaudissent. Toutes estiment vivre une injustice avec l'arrivée de ces migrants, à l'image de Christophe, qui vit à Serquigny depuis 21 ans. "Ces migrants arrivent, ils sont logés, nourris, rémunérés. On travaille pour nourrir ces gens-là et je trouve qu'on se fout de notre gueule !"

Les manifestants se sont rassemblé devant l'Hôtel de ville pendant qu'une contre-manifestation remontait l'avenue Pierre-Semard où sont logés les réfugiés. - Radio France
Les manifestants se sont rassemblé devant l'Hôtel de ville pendant qu'une contre-manifestation remontait l'avenue Pierre-Semard où sont logés les réfugiés. © Radio France - Clémentine Vergnaud

A quelques centaines de mètres, la contre-manifestation lancée à l'appel du collectif Ras l'Front Rouen rassemble près de 500 personnes. Une mobilisation qui réjouit Arnaud, le président de ce collectif : "C'était ça qui était important ! De montrer qu'il y a des gens qui sont capables de se dresser contre les idées extrémistes, contre un climat nauséeux. De prouver que des réfugiés de Calais sont soutenus par la population." Et surtout l'enjeu pour les manifestants, c'est de faire entendre une autre voix quelle celle du Front National. "Il n'y a pas de raison qu'on entende toujours ceux qui diffusent la haine ! Et il y a urgence parce qu'ils font des campagnes haineuses", explique Marie-Noëlle, venue de Bernay. "C'est un rassemblement pour dire 'On est français mais on n'est pas comme vous'."

De son côté, le maire socialiste de la commune joue les arbitres en réaffirmant sa volonté d'accueillir ces réfugiés tout en accordant un entretien à une délégation du Front National. Plus tôt dans la matinée, il a organisé un rassemblement républicain avec des élus régionaux de toutes tendances. Pour lui, il faut surtout se méfier des idées et préjugés diffusés lors de ces rassemblements. "Ces manifestants du Front National jouent sur les peurs et les craintes de la population et il faut faire la différence entre les craintes légitimes d'une partie de la population et ceux qui manifestent des idées de haine. C'est normal qu'il y ait des craintes ! Des gens arrivent d'ailleurs, avec des traditions et des coutumes différentes. La crainte je la comprend. Mais je dis à la population 'N'ayez pas peur !' Il faut être pragmatique, ce sont des humains, il faut les traiter comme des humains", analyse Lionel Prévost.

Pour le maire de Serquigny Lionel Prévost, "il ne faut pas mélanger la crainte des habitants et la diffusion de propos haineux par le Front national".