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Politique

TÉMOIGNAGE - François Zocchetto, maire de Laval, mis en cause dans une affaire de violence sexiste et sexuelle

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Par , , France Bleu Mayenne, France Bleu

Une femme de 33 ans accuse le maire de Laval François Zocchetto (UDI) de violences et accorde un entretien à France Bleu Mayenne. Les faits remonteraient au 14 juillet 2016. Une affaire pour laquelle Audrey n'a jamais porté plainte. François Zocchetto devrait être convoqué par le patron de l'UDI.

François Zocchetto le maire de Laval
François Zocchetto le maire de Laval © Maxppp - Francois Lafite

Laval, France

Quelques heures après la publication d'une tribune sur francetvinfo.fr "Pour un #Metoo des territoires", une ancienne collaboratrice de Jean-Vincent Placé a décidé de témoigner sur France Bleu Mayenne. Audrey (son prénom et sa voix ont été modifiés pour garantir son anonymat) affirme avoir été victime de violences sexistes et sexuelles de la part du maire de Laval François Zocchetto le 14 juillet 2016, lors d'un voyage à Rome. Ce dernier est investi par son parti de l'Union des Démocrates et Indépendants pour les élections municipales (15 et 22 mars 2020). Audrey a d'ailleurs écrit au président de ce parti Jean-Christophe Lagarde pour raconter son histoire. 

ENTRETIEN

- Audrey, pouvez-vous déjà nous repréciser le cadre de ce déplacement à Rome le 14 juillet 2016.

Il s'agissait d'un déplacement professionnel, organisé par Jean-Vincent Placé, alors Secrétaire d'État chargé de la Réforme de l'État et de la Simplification. J'étais à l'époque conseillère à son cabinet. François Zocchetto lui était sénateur-maire de Laval et président du groupe d'amitié France-Italie, c'est pourquoi il était associé à ce déplacement. 

- Quel était l'objectif d'ailleurs de ce voyage ? 

C'était une rencontre entre le Secrétaire d'État français et son homologue italienne au sujet de la simplification de l'État. 

- À quel moment de cette journée du 14 juillet 2016 tout aurait dérapé d'après vous ? 

Quand François Zocchetto est arrivé à Rome en fin d'après-midi, il a commencé à me regarder de façon de très insistante. Il m'a fait des commentaires sur mon physique à trois reprises.

- Des commentaires de quelle nature ? 

Le genre de commentaires que peut faire un homme lorsqu'il regarde une femme en la déshabillant des yeux. En insistant par trois fois sur le fait que ma tenue me va bien. C'était très lourd. 

- Que s'est-il passé ensuite ? 

Nous avons tous participé à une réception pour la fête nationale qui était donnée à l'ambassade de France à Rome. À l'issue de cette réception, Jean-Vincent Placé, son officier de sécurité, François Zocchetto et moi-même, sommes partis dîner en ville. Vers 23h30, nous apprenons qu'un attentat vient d'être commis à Nice. L'officier de sécurité et moi regardons donc notre téléphone en panique pour avoir des informations. On cherche à comprendre ce qu'il se passe. On prend des nouvelles de nos proches et on en donne. Mais pendant ce temps-là François Zocchetto et Jean-Vincent Placé continuent de manger sans vraiment s’inquiéter alors que le bilan de l'attaque continue de s'alourdir, que des informations horribles nous parviennent. Je décide donc d'arrêter les commandes d'alcool et je commande un taxi. La voiture arrive, je monte à l'avant en laissant l'officier de sécurité s'asseoir derrière au milieu parce que sinon je sais comment ça va se passer. Les deux hommes sont d'ailleurs déçus et le font savoir dans cette voiture. 

- Vous arrivez donc à l'ambassade de France à Rome. 

Oui il est environ 1h du matin. À ce moment-là Jean-Vincent Placé demande à l'officier de sécurité et à moi-même d'aller chercher de l'alcool, mais on ne le fait pas. Je vais me coucher. Nous dormions alors tous dans différentes ailes de l'ambassade. De son côté l'officier de sécurité va s'assurer que Jean-Vincent Placé, Secrétaire d'État regagne bien sa chambre à l'autre bout du palais. Sauf qu'en fait, lui et François Zocchetto ne sont pas du tout couchés. Ils se sont incrustés dans un salon de réception qui est normalement interdit d'accès car réservé au Président de la République. Placé essaie de me téléphoner mais je ne réponds pas. Il envoie donc l'officier de sécurité dans ma chambre pour me dire que ma présence est impérative. Étant déjà en pyjama, j'enfile rapidement un pantalon et un t-shirt. Arrivé dans le salon, Jean-Vincent Placé me demande de m'asseoir à côté de lui dans le canapé, chose que je refuse en demandant la raison de ma présence. Il m'explique alors que la journée de travail n'est pas terminée et fait réveiller l'intendant de l'ambassade pour qu'il apporte du champagne. Pour mémoire à ce moment-là, à Paris, il y a une réunion de crise sur l'attentat, le Président de la République s'apprête à faire une déclaration pour rétablir l'état d'urgence et annoncer un deuil national. Mais à Rome le champagne coule à flots dans le salon. Et à aucun moment François Zocchetto ne s'interpose afin que la situation prenne une tournure normale. 

- Dans quel état d'esprit êtes-vous ? 

Je leur dis que je suis fatiguée, que je me sens mal, qu'il y a plus de 80 personnes qui sont mortes et qu'il y a des centaines de blessés sur la promenade des Anglais à Nice. Placé me rétorque alors que c'est sans importance et que je ne suis pas là pour chialer. Que mon travail c'est d'être agréable et pas d'être chiante. François Zocchetto lui ne dit toujours rien et ne s'interpose pas. Ensuite ces deux hommes estiment qu'il serait agréable pour eux que je danse. Jean-Vincent Placé met alors la musique de La Boum sur son téléphone portable et m'ordonne de danser avec Zocchetto. Je suis clairement très gênée, et ça se voit que je ne veux pas le faire. Je me dis que François Zocchetto va maintenant réagir, qu'il va dire quelque chose comme "je t'en prie laisse la aller se coucher, ce n’est pas le lieu ni le moment", mais en fait pas du tout. François Zocchetto se lève, s'agrippe à moi, me met une main très bas dans mon dos en me pressant contre lui pendant toute la chanson. 

Moi j'essaie de me décoller. Je suis d'autant plus dégoûtée que je n'ai même pas eu le temps de remettre un soutien-gorge quand j'ai été convoquée pour aller les rejoindre. François Zocchetto se colle à ma poitrine. Il me pelote et c'est absolument répugnant et humiliant. J'ai eu enfin l'autorisation de retourner dans ma chambre, une fois que les deux ont obtenu ce qu'ils voulaient. 

- Vous étiez seule avec François Zocchetto et Jean-Vincent Placé dans ce salon ? 

Non il y avait l'intendant réveillé au milieu de la nuit pour livrer du champagne et l'officier de sécurité qui accompagne le Ministre partout. 

- Et eux n'interviennent pas ? 

L'officier de sécurité a fait tout son possible pour éviter cette situation mais c'est très compliqué quand vous êtes l'employé d'un Ministre d'aller physiquement s'interposer à lui. 

- Que s'est-il passé le lendemain matin ? 

L'agenda du 15 juillet 2016 a forcément été modifié en raison de l'attentat de Nice. À l'ambassade, la Présidente de la Chambre des Représentants a tenu une conférence de presse avec l'ambassadrice, Jean-Vincent Placé en tant que représentant du gouvernement et François Zocchetto qui lui représentait le Sénat français. Les deux hommes ont la gueule de bois. Lorsqu'il s'exprime, Jean-Vincent Placé arrive même à se tromper dans le nombre de victimes. Il n'y a aucune dignité de témoignée à l'égard de celles-ci dans cette conférence de presse. 

- Pourquoi n'avez-vous pas porté plainte ou engagé de procédure judiciaire contre le maire de Laval après cette histoire ? 

Parce que je n'attends pas de réparation de la part de François Zocchetto. Ce qu'il m'a fait subir, rien ne l'effacera. Aujourd'hui je vais bien, je me suis relevée donc je ne demande pas qu'une enquête explique que mon agression a bien existé. Sans compter qu'à l'époque, l'affaire est remontée jusqu'au Quai d'Orsay. Ce qui m'intéresse aujourd'hui c'est de faire de la prévention. C'est d'empêcher que d'autres femmes soient victimes. Je veux alerter sur la réalité du comportement de François Zocchetto car son comportement n'est pas digne de celui d'un élu de la République. 

- Aujourd'hui le maire de Laval est à nouveau investi par son parti de l'Union des Démocrates et Indépendants pour élections municipales de mars 2020. Vous avez, il y a quelques jours, écrit un courrier à son président Jean-Christophe Lagarde pour lui raconter cette journée du 14 juillet 2016. 

Oui j'ai tenu à lui écrire pour l'alerter du comportement de François Zocchetto à l'égard des femmes. C'est à Jean-Christophe Lagarde de dire désormais ce qu'il convient de faire, s'il considère que tout cela est en adéquation avec les valeurs humanistes des centristes. C'est à Jean-Christophe Lagarde de décider si l'UDI va couvrir un prédateur sexuel ou si le parti va être à la hauteur de la gravité des faits. Moi je pense que les Lavallois méritent mieux comme maire que quelqu'un capable de se saouler, de peloter une jeune femme de 25 ans de moins que lui, alors qu'un attentat terroriste a fait 86 morts et qu'il le savait pertinemment. 

[d'après le site d'information Mediapart, Jean-Christophe Lagarde va convoquer prochainement François Zocchetto, ndlr]

- France Info a publié mardi, une longue tribune "Pour un #MeToo des territoires", cosignée par différents partis politiques de gauche, des militants, des élus, des associations féministes, afin d'alerter sur les cas d'élus se présentant ou se représentant aux élections municipales alors qu’ils sont mêlés à des histoire de ce type. C'est trop souvent le cas encore en 2019 ?

Je pense que nous sommes très nombreuses à avoir vécu ce genre de situation, mais nous ne sommes pas très nombreuses à le dire. Il y a encore un silence et une omerta extrêmement puissante et pesante. Donc il est toujours utile que la parole se libère. Il est urgent de rompre la spirale de la peur qui enferme beaucoup de collaboratrices politiques quand elles vivent ce genre de situation. Il faut une vie démocratique plus apaisée car au final ces hommes brisent des vies et dégoûtent certaines femmes de la politique. 

- Cette histoire à Rome a déjà été révélée l'an dernier dans la presse. Pourquoi avoir décidé de parler maintenant, de façon anonyme certes, mais de vous exprimer sur France Bleu Mayenne ? 

Il y a deux raisons à cela. La première, c'est quand j'ai lu dans le Journal Officiel que François Zocchetto allait être décoré de la Légion d'Honneur par le Premier ministre. Cela m'a vraiment fait très mal de voir que l'on pouvait récompenser des hommes qui se comportent comme ça avec des femmes et la deuxième c'était de voir qu'il allait se représenter à l'élection municipale. La façon dont il s'est comporté avec moi, il ne l'aurait probablement pas fait s'il n'avait pas eu son pouvoir d'élu. La puissance de ce pouvoir n'y est pas pour rien dans leur façon dont ces hommes se comportent avec les femmes. Ils se sentent tout permis. 

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