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Politique

Tensions entre la France et l'Italie : les origines de la crise diplomatique

jeudi 7 février 2019 à 19:01 - Mis à jour le vendredi 8 février 2019 à 10:45 Par Viviane Le Guen, France Bleu

La France a rappelé son ambassadeur en Italie pour quelques jours, ce jeudi. Elle reproche une série de "déclarations outrancières" et "d'attaques" sans "précédent" à des responsables italiens. Pourquoi les relations entre les deux pays se sont-elles autant dégradées ? France Bleu fait le point.

Ambassade de France à Rome, le 7 février 2019
Ambassade de France à Rome, le 7 février 2019 © AFP - Tiziana FABI

Une décision temporaire, mais symbolique. Pour la première fois depuis la Seconde guerre mondiale, Paris a rappelé ce jeudi son ambassadeur en Italie pour quelques jours. La France reproche à des responsables politiques italiens une série de "déclarations outrancières" et "d'attaques" sans "précédent". "Rome ne veut pas de conflit avec la France", a réagi le vice-président du Conseil, Matteo Salvini qui a lancé un appel à l’apaisement et au dialogue. Cette décision intervient après huit mois d'escalade verbale et de tensions entre les deux pays.

Comment la France et l'Italie en sont-elles arrivées là ? Pourquoi cette crise diplomatique ? France Bleu fait le point.

La question des migrants

En juin 2018, Emmanuel Macron dénonce le "cynisme" et "l'irresponsabilité" du gouvernement italien qui a refusé d'accueillir le navire Aquarius et les 630 migrants à son bord. Le même jour, Gabriel Attal, actuel Secrétaire d’État auprès du ministre de l’Éducation nationale et de la Jeunesse, déclare que la position de l'Italie est "à vomir".

Furieux, le ministre de l'Intérieur italien et dirigeant de la Ligue (extrême droite), Matteo Salvini, exige des excuses, brandissant la menace d'une annulation de la visite à l'Élysée du nouveau chef du gouvernement, Giuseppe Conte. Elle a finalement lieu le 15.  

Mais la tension demeure vive et quelques jours plus tard, Emmanuel Macron évoque "la lèpre qui monte" en Europe, "le nationalisme qui renaît, la frontière fermée que certains proposent" et ceux qui "trahissent même l'asile" rappelle l'AFP. La réponse de Matteo Salvini est cinglante : "Nous sommes peut-être des populistes lépreux, mais moi les leçons je les prends de qui ouvre ses ports. Accueillez les milliers de migrants et après on en reparlera", rétorque-t-il à "l'arrogant président Macron".

Les Européennes et le clip accusateur du gouvernement français

Fin octobre 2018, un clip du gouvernement français appelle les citoyens à voter aux élections européennes de mai 2019. On y voit des migrants sauvés de la noyade, des images des conséquences du changement climatique, puis l'Italien Matteo Salvini et le Hongrois Viktor Orban haranguant les foules. Sur le plan suivant, on peut lire : "Europe Union ou division ?"

"Le gouvernement français publie, avec l'argent des contribuables, un clip officiel pour les européennes en m'utilisant comme un épouvantail. Macron et ses amis doivent avoir très peur. En 2019, un printemps des peuples qui va les balayer les attend", réagit alors Matteo Salvini sur Twitter.

Deux leaders italiens et un adversaire politique : Emmanuel Macron

Le soutien affiché des deux leaders italiens aux opposants politiques d'Emmanuel Macron envenime encore les relations entre les deux pays. Matteo Salvini, leader de la Ligue (extrême droite) et Marine Le Pen font campagne ensemble en vue des prochaines élections européennes. Quant à Luigi Di Maio, chef de file du Mouvement 5 Etoiles (anti-système), il a promis d'aider les "gilets jaunes" à constituer une liste. Après les avoir appelés à "ne pas faiblir" le 7 janvier, il invite même Emmanuel Macron à démissionner : "Plus vite il rentrera chez lui, mieux ça vaudra !" déclare-t-il. L'ambassadrice d'Italie en France est convoquée au ministère français des Affaires étrangères pour des propos jugés "inacceptables" mais pas question de surréagir, dit alors Paris. 

La rencontre, mardi, en France de Luigi Di Maio avec des "gilets jaunes" est la goutte d'eau qui a fait déborder le vase. "Les dernières ingérences constituent une provocation supplémentaire et inacceptable", commente la porte-parole de la diplomatie française, "elles violent le respect que se doivent entre eux les gouvernements démocratiquement et librement élus".

Et maintenant ?

La rupture est-elle consommée entre le camp populiste et eurosceptique incarné par le tandem Di Maio/Salvini et celui des pro-européens emmené par Emmanuel Macron ? Le rappel d'un ambassadeur entre la France et un autre pays membre de l'Union européenne (UE) est sans précédent, a en tout cas confirmé une source diplomatique à l'AFP.

Selon Sébastien Maillard, directeur de l'Institut Jacques Delors interrogé par l'agence de presse : _"Au-delà de ces escarmouches, provocations, (...) la relation franco-italienne, sur le fond, est en panne. Cela fait un allié traditionnel qui manque à la construction européenne."Comment cela peut-il évoluer d'ici les élections européennes du 26 mai ? Pour Sébastien Maillard, les deux chefs d'orchestre de la politique intérieure italienne n'ont en tout cas aucune raison de changer de registre : "Les deux protagonistes [italiens] sont en campagne et en compétition, c'est une coalition qui tient mal (...) Et Di Maio a trouvé là une façon d'exister par rapport à Salvini sur la scène européenne."_

Appel au dialogue et "fin de la récréation" 

Matteo Salvini et Luigi Di Maio se sont déclarés "disponibles" pour dialoguer avec le gouvernement français. Le porte-parole du gouvernement français, Benjamin Griveaux, a pour sa part déclaré, ce vendredi matin sur Europe 1,  que le rappel de l'ambassadeur français en Italie visait à _"marquer le coup", car l'Italie est "un allié historique" de Paris et "un des pays fondateurs de l'Union européenne". Il a noté que "le dialogue n'a jamais été rompu", ces deux ministres étant "assis autour de la table avec les ministres français lors des conseils"_ européens.

Ce rappel vise à siffler la fin de "la récréation" après une "ingérence malvenue" de responsables italiens, a de son côté affirmé la ministre française des Affaires européennes Nathalie Loiseau. "Il ne s'agit pas de dramatisation, il s'agit de dire la récréation, c'est fini", a dit la ministre sur Radio Classique. "Un membre d'un gouvernement étranger qui vient en France soutenir même pas un leader politique mais quelqu'un qui a appelé à la guerre civile, quelqu'un qui a appelé au renversement du président et à un gouvernement militaire, ça n'est jamais arrivé", a-t-elle souligné.