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Politique

Ustaritz : l'impressionnant témoignage de Ginette Kolinka au collège saint François Xavier

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Par , France Bleu Pays Basque

Une ancienne déportée d'Auschwitz-Birkenau à Ustaritz jeudi matin. Ginette Kolinka a connu le camp d'extermination en 1944. La jeune femme était alors âgée de 19 ans. Elle a survécu par miracle alors que son père et son petit frère ont été victimes des chambres à gaz.

Les élèves d'Ustaritz autour de Ginette Kolinka et leur directeur Francis Errandonea
Les élèves d'Ustaritz autour de Ginette Kolinka et leur directeur Francis Errandonea © Radio France - Jacques Pons

Ustaritz, France

Elle a survécu à l'horreur. Celle du camp d'extermination d'Auschwitz-Birkenau d'avril à novembre 1944. Partie de Drancy Ginette Cherbasky est une parisienne de 19 ans. Le détail qui tue durant cette période trouble : elle est juive. Après Drancy et Auschwitz-Birkenau la jeune femme est transférée dans le camp de concentration de Bergen-Belsen de novembre 44 à février 1945. Ensuite, atteinte du typhus, elle se trouve dans un train de la mort. 

Elle a fait quatre camps dont Birkenau

A ce moment là, les allemands fuient l'avancée des alliés. Après huit jours et à peine consciente dans un wagon bondé de cadavres, elle est recueillie dans le camp tchèque de Theresienstadt. Cette fois, ses gardiens sont russes. Ils la sauvent de la mort. Après plusieurs semaine de convalescence elle rentre en France pour refaire sa vie. Elle retrouve à Paris sa mère et ses soeurs. Se marie et donne vie à un enfant qui n'est autre que le batteur du groupe Téléphone Richard Kolinka.

Durant plus de cinquante ans, Ginette Kolinka est restée silencieuse

Durant trois heures, la petite dame de 94 ans, cheveux courts, lunette d'écaille, subjugue son auditoire. Plus d'une centaine d'élèves du collège Saint François Xavier. Ginette Kolinka, les yeux fermés, témoigne à voix haute. Pour elle, ses souvenirs "sont comme un film".  Un long métrage qui s'est brusquement débloqué plus de 56 ans après l'horreur. Le réalisateur américain Steven Spielberg vient de sortir "la liste de Shindler". Dans la foulée, il crée une fondation chargée de recueillir les paroles des derniers survivants des camps.

Ginette Kolinka se trouve par les témoins à écouter sauf qu'à l'époque elle n'a pas parlé. Elle dit sans arrêt qu'elle ne se rappelle de rien. Quand la personne chargée de l'écouter l'appelle, elle répète n'avoir rien à révéler. Le noir complet. Le journaliste insiste. La vieille dame avoue "s'être énervée". Elle accepte une visite mais n'y croit pas. Et puis le miracle. Une première question, une deuxième et peu à peu des souvenirs enfouies depuis des dizaines d'années reviennent en mémoire.

J'ai oublié les noms — Ginette Kolinka

Malgré l'acuité, la précision de ces traces du passé, il manque encore aujourd'hui les noms. "Je suis incapable de me souvenir des noms des femmes qui dormaient à coté de moi dans ces cabanes de Birkenau". Il n'empêche, Ginette revoit comme si c’était hier les wagons, les cris, les ordres hurlés, les appels au secours des femmes qui savent qu'elles vont mourir. Tout revient. Les odeurs infâmes. Les corps sales. "A Birkenau, je n'ai pas pu me laver durant tout mon séjour". Devant les enfants, elle décrit les latrines immondes de Birkenau. Les poux dans les coutures des habits. Le manque de nourriture. Elle se souvient d'avoir mangé de l'herbe. D'avoir bu l'eau de refroidissement d'une locomotive.

Accueillie par la chanson "nuit et brouillard" de Jean Ferrat

Pas de larmes dans l'assistance, mais une attention extrême à ces paroles d'un autre temps. Après deux heures de témoignage durant lesquelles Ginette a raconté sa nudité sous le regard des autres compagnes du camps, les mille et une cabanes de Birkenau, les bâtiments sinistres d'Auschwitz. Et puis ce retour microscopique à la civilisation quand Ginette redécouvre un simple lit. Avant cette somme d'histoires Ginette Kolinka a été accueillie dans la salle de conférence du collège par les élèves chantant "nuit et brouillard" de Jean Ferrat. ("ils étaient vingt et cent, ils étaient des milliers...")

L'inquiétude avant l’élection européenne

Après trois heures intenses les questions fusent. Ginette Kolinka récompense ceux qui osent prendre la parole par des sucettes. Le témoin des camps devient une mamie adorable. La rescapée reçoit en cadeau un vase des poteries Goicoechea d'Ossès fait à la main pour elle. Les sourires fleurissent même si Ginette Kolinka constate impuissante que l’extrême droite se situe en haut des intentions de vote pour les européennes.

La montée de l’extrême droite : l'amertume de Ginette Kolinka

Ginette Kolinka interrogée par des élèves de sixième  - Radio France
Ginette Kolinka interrogée par des élèves de sixième © Radio France - Jacques Pons
Un vase Goicoechea offert par le collège à Ginette Kolinka - Radio France
Un vase Goicoechea offert par le collège à Ginette Kolinka © Radio France - Jacques Pons
Ginette Kolinka entourée de ses jeunes auditeurs - Radio France
Ginette Kolinka entourée de ses jeunes auditeurs © Radio France - Jacques Pons