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Valéry Giscard d'Estaing : itinéraire d'un Auvergnat gâté

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Par , France Bleu Pays d'Auvergne

Valéry Giscard d'Estaing est décédé du Covid ce mercredi à l'âge de 94 ans. Un président de la République auvergnat au destin brillant mais contrasté.

Valéry Giscard d'Estaing dans le studio de France Bleu Pays d'Auvergne en mars 2004
Valéry Giscard d'Estaing dans le studio de France Bleu Pays d'Auvergne en mars 2004 © Radio France

L'histoire est souvent cruelle. Avec le décès de Valéry Giscard d'Estaing, c'est sa défaite à la présidentielle face à François Mitterrand qui revient avant tout dans l'esprit des français. Pour les auvergnats, c'est la perte de l'élection régionale face à Pierre-Joël Bonté. 10 mai 1981 et 28 mars 2004. Deux défaites qui éclipsent toutes les autres élections, nombreuses, remportées par VGE

Car la vie politique de Valéry Giscard d'Estaing, c'est une course vers la réussite. Enfant d'une grande famille bourgeoise auvergnate, ses parents fondent d'énormes espoirs sur cet esprit brillant. Des études prestigieuses (avec un passage au lycée Blaise Pascal de Clermont), le bac de philosophie et celui de mathématiques à 16 ans, Polytechnique puis l'ENA, entrecoupées par un engagement dans l'armée à ses 18 ans et de remarquables états de service qui lui vaudront la Croix de Guerre.

Une carrière politique ancrée dans les volcans

C'est ensuite le parcours classique d'un jeune homme plein d'avenir et d'ambition. Il se taille un fief électoral dans le Puy-de-Dôme, sur les traces de son arrière-grand-père et de son grand-père maternels, Agénor et Jacques Bardoux. Député, conseiller général de Rochefort-Montagne, maire de Chamalières, ce que l'on appelle la Giscardie prend racine sur la faille de Limagne et les contreforts du Sancy. 

L'ascension de Valéry Giscard d'Estaing est rapide. Il devient ministre pour la première fois à 32 ans, en 1959, et appartiendra pratiquement à tous les gouvernements jusqu'en 1974. Il apparaît comme un politique moderne, se donne une image d'homme simple (il conduit lui même sa voiture), sportif (le célèbre de match de foot face aux commerçants de Chamalières au stade Chatrousse) et populaire (le mini concert à l'accordéon avec Danièle Gilbert). 

Giscard à la barre

Cette modernité se retrouvera dans sa campagne pour l'élection présidentielle de 1974, lancée symboliquement depuis la mairie de Chamalières. Valéry Giscard d'Estaing sait tirer parti de l'opportunité offerte par le décès de Georges Pompidou pour s'imposer à droite au premier tour et battre François Mitterrand au second tour. Il devient président de la République à seulement 48 ans.

La carrière de Valéry Giscard d'Estaing est à son apogée. Jeune bachelier, jeune député, jeune ministre, jeune président, rien ne lui résiste. Il modernise la vie politique, ringardise les autres élus, lance des réformes décisives, confortant son image d'homme moderne (divorce par consentement mutuel, majorité à 18 ans, légalisation de l'IVG, etc...).

Et puis la chute

Avant que tout ne se détraque. Cette machine politique qui accumule les succès depuis 30 ans va s'enrayer et se confronter à l'échec. Pourtant VGE dîne chez les français, invite des éboueurs au petit-déjeuner, présente ses vœux au coin du feu mais le charme est rompu. Ses initiatives paraissent maladroites, le président se monarchise et ne sait plus parler aux français. Le politique moderne a laissé place à un président jugé arrogant.

L'incompréhension avec les électeurs devient un gouffre; le "au revoir" raté et largement brocardé symbolise cette connexion perdue. Le 10 mai 1981 laissera une cicatrice à vie chez Valéry Giscard d'Estaing. Il s'est très peu expliqué sur ce divorce d'avec les français . Malgré ses dénégations, il a donné par la suite l'impression de n'avoir jamais vraiment digéré cette défaite qu'il ressent comme injuste.

L'Auvergne pour une seconde carrière

Il a alors 55 ans et devient un (trop) jeune ancien président. Sa carrière politique n'est pas terminée reste à savoir comment la poursuivre. Le choix sera celui du retour à la source auvergnate. VGE est réélu député, conseiller général et profitera des lois de décentralisation de son successeur pour devenir le premier grand président de région. Il dirigera le Conseil Régional d'Auvergne pendant 18 ans.

Il garde tout de même l'envie de se représenter à l'élection présidentielle. Cette fois, les circonstances ne sont plus favorables, Valéry Giscard d'Estaing n'aura plus jamais l'opportunité de briguer l'Elysée. Cet européen convaincu devient le chantre de l'Europe, participe à la rédaction d'une constitution européenne et s'imagine même un destin de président de l'UE. Il doit se contenter de rester un personnage politique important mais légèrement en retrait, pas un second rôle mais plus vraiment au premier plan.

Le divorce avec l'Auvergne

Il se consacre donc à l'Auvergne. Vulcania, la grande Halle, le Zénith, le lycée Lafayette, il laisse une trace indélébile dans la région. Il laisse aussi une image parfois différente de celle du grand bourgeois parfois hautain qu'il pouvait donner mais d'un homme qui savait être drôle en petit comité, sans caméra. Pourtant, comme avec les français 23 ans plus tôt, l'histoire d'amour avec les électeurs auvergnats se terminera mal. Ce soir de défaite de mars 2004,  VGE s'était sauvé sans la moindre réaction, sans même saluer ses militants. 

Une autre défaite au goût amer pour lui, le brillant politique une nouvelle fois en échec. Valéry Giscard d'Estaing est raillé, les Guignols le caricaturent en vieillard sourd et un peu dépassé. L'image du sage qu'il voulait donner à la fin de sa vie peine à s'imposer. Son décès permet de remettre en avant le réformateur qu'il a été mais à l'heure du bilan, il y a comme une impression d'une carrière inachevée, ce que Mathias Bernard, le président de l'Université Clermont Auvergne résume dans le titre du libre qu'il lui a consacré: "Valéry Giscard d'Estaing. Les ambitions déçues".

Sa défaite aux régionales lui avait fait couper progressivement les ponts avec l'Auvergne. Il ne revenait que très rarement dans la région, le plus souvent les jours d'élection pour voter à Chanonat. Un rituel qui n'a pas duré puisqu'il avait demandé à être rayé des listes électorales de Chanonat pour être inscrit à Authon, le domaine de la famille de sa femme Anne-Aymone. C'est là qu'il est décédé et c'est là où il sera enterré. Près de sa fille Jacinte décédée il y a presque trois ans. Loin de ses parents, inhumés à Saint-Amant-Tallende.

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