VIDÉOS - Présidentielle : ce qu'il faut retenir de l'interview de Marine Le Pen

Marine Le Pen, invitée exceptionnelle de "Ma France" sur France Bleu © AFP - CHRISTOPHE SIMON

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Marine Le Pen était l'invitée exceptionnelle de France Bleu ce lundi dans "Ma France". La présidente du Rassemblement national à la présidentielle a répondu aux questions des auditeurs. Santé, pouvoir d'achat, services publics, retraite, découvrez les réponses de la candidate.

Après Emmanuel Macron jeudi dernier, au tour de Marine Le Pen d'être l'invitée exceptionnelle de France Bleu dans l'émission "Ma France". Pendant une heure ce lundi, la candidate du Rassemblement national a répondu aux questions des auditeurs, moins d'une semaine avant le deuxième tour de l'élection présidentielle. Cette interview a été enregistrée dans les conditions du direct ce lundi matin entre 9h30 et 10h30 dans les studios de France Bleu Normandie. 

Système de santé, pouvoir d'achat, éducation, énergie, services publics, etc. Découvrez les réponses de la candidate du Rassemblement national.

Marine Le Pen, invitée de Ma France sur France Bleu 

"Le système de santé, priorité de mon quinquennat"

À la question d'un auditeur, aide-soignant dans un hôpital public, qui s'inquiète des conditions de travail des personnels de santé, Marine Le Pen a répondu que cette problématique sera "la priorité" de son quinquennat si elle est élue présidente de la République. La candidate du Rassemblement national estime qu'avec la pandémie de Covid-19, les Français "ont pris conscience que le système de santé était dans une situation d'anxiété et de souffrance totale". Pour y remédier, Marine Le Pen a indiqué vouloir débloquer 20 milliards d'euros, dont 10 milliards pour les soignants "qui sont payés 10% de moins que la moyenne européenne" et les 10 milliards restant pour répondre à la problématique des déserts médicaux. 

"Il faut changer l'objectif de qualité des soins, a estimé la candidate. Il ne faut plus placer des comptables à la tête des établissements mais mettre en place une gestion bicéphale avec un administratif et un médecin". Pour Marine Le Pen, l'État doit reprendre à sa charge l'aménagement du territoire et notamment supprimer les Agences régionales de santé (ARS). "Je leur reproche tout. Elles ont démontré leur technocratie, leur incapacité à s'adapter, leur idéologie. On a vu des ARS laisser complètement tomber le privé alors qu'on en avait besoin durant le Covid", a fustigé la candidate d'extrême-droite. Elle souhaite revenir à déconcentration autour des préfets pour "gérer une politique de santé dans l'ensemble du territoire". 

Marine Le Pen a également critiqué la décision jugée tardive d'Emmanuel Macron de mettre fin au numerus clausus, qui limitait le nombre de places en faculté de médecine. "Il aurait pu le faire au début de son quinquennat, nous aurions gagné du temps", a-t-elle estimé. "En attendant, il faut réfléchir à comment on fait. Je veux développer la télémédecine et développer l'ensemble des personnels soignants".

Marine Le Pen estime qu'Arnaud Montebourg aurait toute sa place dans son gouvernement 

En cas de victoire à la présidentielle, qui composerait le gouvernement de Marine Le Pen ? C'est ce qu'a cherché à savoir un auditeur de l'Hérault, lui demandant notamment qui sont les profils expérimentés qui entourent la candidate. "Il y a des gens autour de moi que vous ne connaissez pas, qui sont d'une grande compétence. Allez lire mon programme pour vous en assurer", a-t-elle répondu. Elle n'avait jusqu'à présent évoqué qu'un seul nom, celui de Jean-Paul Garraud qui pourrait occuper le poste de ministre de la Justice. "Il a été magistrat toute sa vie, président d'un syndicat de magistrats, rapporteur de la loi contre le voile intégral, à l'origine de la création du parquet national anti-terroriste" a justifié Marine Le Pen. 

Si elle n'a pas évoqué d'autres noms pour l'instant, c'est qu'elle estime que ce sera à l'issue des élections législatives (12-19 juin) qu'elle "ira chercher partout ceux qui m'apparaissent comme étant les meilleurs dans leur domaine", pour former un "gouvernement d'union nationale". Marine Le Pen souhaite pouvoir aller chercher des profils à droite, comme à gauche. "Cela pourrait même aller jusqu'à un profil comme celui d'Arnaud Montebourg", ministre durant le mandat de François Hollande et un temps candidat à la présidentielle

"On ne pense pas la même chose sur un certain nombre de sujets, mais dans le domaine de la défense de l'industrie française, de la souveraineté industrielle française : quand il a démissionné précisément pour s'opposer à la vente d'Alstom, il a fait preuve de courage et il partage sur ce sujet là, en tout cas, la même ligne que la mienne", a défendu Marine Le Pen. L'hypothèse semble toutefois peu probable, Arnaud Montebourg ayant appelé à voter Emmanuel Macron au second tour. "Faire un gouvernement d'union avec des gens de gauche comme Arnaud Montebourg m'apparaît être un fantasme totalement irréalisable : ces gens ne viendront jamais", a pour sa part commenté la nièce de la candidate, Marion Maréchal.

"Mon père n'était pas en situation de gouverner"

Marine Le Pen a également été interrogée sur ce qui la différencie de son père, Jean-Marie Le Pen, président du Front national et plusieurs fois candidats à l'élection présidentielle. "Il y a mille différences entre lui et moi, nous n'avons pas le même parcours, le même âge, il est un homme, je suis une femme. Il a d'abord été président d'un mouvement de contestation, puis d'opposition. Moi, ça fait 20 ans que je suis en première ligne et mon père n'était pas en situation de gouverner", a expliqué la candidate, assurant notamment être attachée à l'œuvre du général de Gaulle. "Mon projet se ressource au cœur de cette Ve République, qui a été affaiblie, qui est de moins en moins laïque, de moins en moins démocratique. Je veux rétablir un gouvernement du peuple, par le peuple et pour le peuple", a affirmé Marine Le Pen. 

"L'État aura pour mission de faire de la démétropolisation"

Autre question d'une auditrice de France Bleu, celle de l'inégalité territoriale. Que souhaite faire Marine Le Pen concernant les commerçants qui ont du mal conserver leur activité dans les petites communes ? La candidate a dressé le constat d'un État qui, selon elle, a depuis 30 ans "abandonné l'aménagement du territoire, laissé faire la main du marché. Les métropoles aspirent les énergies, les emplois, les entreprises, etc. L'État aura pour mission de faire de la démétropolisation", a indiqué la candidate du Rassemblement national. 

Elle compte mettre en place des incitations fiscales pour les entreprises qui s'installeraient dans les milieux ruraux. "On va rééquilibrer les territoires par des incitations fiscales pour les entreprises à venir s'installer précisément dans des zones où elles ont disparu, par un aménagement des routes, par un aménagement des infrastructures, par des sorties d'autoroutes qui vont permettre de désenclaver des territoires entiers". 

"Il y aura donc de l'emploi, donc des familles, des écoles, des services publics, des transports et donc des commerçants. C'est un cercle vertueux que je veux remettre en route", a plaidé Marine Le Pen. Elle compte redonner du pouvoir aux maires, notamment celui qui concerne l'urbanisme. "Je veux rendre des compétences aux maires, pour la démocratie de proximité et de contrôle. Que chacun sache ce qu'il a à faire. Aujourd'hui, il y a un tel magma de compétence, plus personne ne comprend qui fait quoi, le citoyen ne sait plus à qui s'adresser", a-t-elle critiqué. Elle a notamment pointé du doigt les installations de centres commerciaux en périphérie des villes, qui ont causé des dommages pour l'activité des centres-villes. "Si l'État avait pris en charge son rôle en termes d'aménagement du territoire, nous n'en serions pas là". 

Une réponse qui a fait écho à la question d'un autre auditeur, postier dans le Vaucluse, et inquiet de la disparition des services publics dans les milieux ruraux. "Je partage votre position, lui a répondu Marine Le Pen. Les citoyens se posent la question : 'Où va l'argent ?' Les impôts ont augmenté mais il y a de moins en moins de services publics". La candidate d'extrême-droite a notamment fustigé les fermetures des petits hôpitaux pour créer "d'énormes structures", obligeant "les gens à faire des dizaines de kilomètres pour se faire soigner". "Cela n'a aucun sens, c'est l'organisation d'un pays en voie de développement, ce n'est pas l'organisation d'un pays développé". 

"Je suis fondamentalement opposée à la retraite à 65 ans"

Autre thème clé de la campagne présidentielle, la question des retraites. Marine Le Pen a expliqué son souhait de rétablir la demi-part des veufs et des veuves. Comme Emmanuel Macron, qui s'est engagé à augmenter "les retraites à partir du 1er juillet de 4%", la patronne du RN a indiqué sa volonté de réindexer les retraites sur l'inflation.

Elle a principalement affiché son opposition fondamentale du départ à la retraite à l'âge de 65 ans. "Je trouve cela terriblement injuste. Et ce n'est pas justifié non plus par le Conseil d'orientation des retraites", a fustigé la candidate. "Moi je dis une chose simple, plus on a commencé tôt à travailler, plus on a travaillé dur, et plus il faut partir tôt" à la retraite. 

"Les personnes qui commencent à travailler avant 20 ans, partiront avec 40 annuités à 60 ans", a-t-elle assuré, ajoutant que "progressivement, au fur et à mesure de l'âge d'entrée dans le système, on arrivera au maximum à 62 ans d'âge légal et 42 annuités de cotisation. Ça, c'est la justice sociale et objectivement, c'est un choix que je fais. C'est soutenable parfaitement sur le plan budgétaire et c'est un choix politique". 

La candidate a précisé qu'une personne "qui rentrera entre 17 et 20 ans" dans la vie active, gagnera "deux années et un trimestre" par rapport au système actuel. "Celui qui rentrera à 23 ans, gagnera encore trois trimestres de retraite", a-t-elle vanté. 

Interrogée par une auditrice sur le pouvoir d'achat, Marine Le Pen a expliqué son objectif de rentre "150 à 200 euros en moyenne par foyer aux Français". Elle a rappelé la série de mesures qu'elle mettra en place en cas de victoire à l'élection présidentielle : passer la TVA sur l'ensemble de l'énergie de 20% à 5,5% ou supprimer la TVA intégralement sur un panier d'une centaine de produits de première nécessité (alimentation, produits d'hygiène). Pour cette dernière mesure, la candidate annonce que la composition de ce panier serait décidée en concertation avec des associations de consommateurs. 

Augmenter le nombre d'heures d'enseignement des fondamentaux 

Marine Le Pen a ensuite été interrogée sur l'Éducation nationale, répondant à l'inquiétude d'un auditeur de constater le recul du niveau scolaire chez les élèves. "Le niveau des élèves français s'effondre. Nous sommes restés sur l'idée que notre système était le meilleur du monde, mais on n'a pas vu qu'il s'est profondément dégradé", a critiqué Marine Le Pen. Elle a indiqué son intention de tout reprendre à la base, notamment en augmentant le nombre d'heures d'enseignement des fondamentaux : le français et les mathématiques. 

Elle a fixé le seuil maximal de 20 élèves en primaire et 30 au collège. Elle a notamment insisté sur la revalorisation du salaire des enseignants. "Ils sont presque les moins bien payés de toute l'Union européenne. Je souhaite donc les revaloriser de 3% par an pour atteindre 15% à la fin du quinquennat". Marine Le Pen a critiqué son adversaire Emmanuel Macron et sa proposition de "payer les enseignants en fonction des résultats de leurs élèves". "C'est profondément injuste", s'est insurgée la candidate. "Il y a des endroits où pour des raisons x ou y, le niveau des élèves n'a rien à voir avec la qualité de l'enseignant. Emmanuel Macron voit l'enseignement de manière comptable, comme c'est le cas pour l'hôpital d'ailleurs, une manière néolibérale très choquante parce que l'école, ce n'est pas que les résultats des élèves, ce sont des enseignants qui élèvent les enfants". 

Marine Le Pen a également été interrogée sur le statut des accompagnants d'élève en situation de handicap (AESH) en saluant la politique d'inclusion des enfants, "l'une des plus belles politiques que la France ait menée". La candidate souhaite la redynamiser et conforter le statut des AESH qui "sont dans une situation précaire", selon la candidate. Elle a indiqué que la France avait beaucoup de retard à rattraper, notamment dans le domaine de l'autisme. 

Un "moratoire immédiat" sur l'ensemble des chantiers d'éoliennes en cours

Interrogée par un auditeur sur sa politique en matière d'énergie, Marine Le Pen a rappelé sa position concernant les éoliennes. Elle a indiqué sa volonté de prendre un "moratoire immédiat" sur l'ensemble des chantiers en cours, et notamment ceux des parcs éoliens en mer qu'elle a qualifiés "d'horreur pour la biodiversité, pour les pêcheurs, une pollution visuelle. On abîme nos paysages d'une manière insensée et surtout ça nous coûte une fortune". Selon Marine Le Pen, le déploiement des éoliennes a coûté "120 milliards d'euros depuis 15 ans". "Chaque année, on paie 4,5 milliards d'euros, c'est inadmissible. C'est un saccage économique et un saccage écologique". 

C'est un saccage économique et un saccage écologique

Marine Le Pen l'a rappelé "très clairement" : elle engagera le "chantier de démantèlement des éoliennes qui sont actuellement en fonctionnement". À la place, elle compte axer la politique énergétique de la France sur le nucléaire. Elle a également indiqué son opposition à la privatisation des barrages, "imposée par l'Union européenne" et dont la construction a été "payée par les Français". Elle a aussi rappelé son intention de sortir du système du marché européen de l'électricité. 

Elle en a profité pour critiquer les prises de position de son concurrent Emmanuel Macron qui, selon la candidate, a "désorganisé la filière" en annonçant au début de son quinquennat la fermeture progressive de plusieurs centrales, avant d'annoncer son intention de relancer la construction de plusieurs réacteurs. "On a fait perdre cinq ans ou même plus à la filière nucléaire". 

"Priorité nationale" pour l'attribution des "logements sociaux"

Interrogée par une auditrice sur l'immigration et notamment sur le statut de ceux qui sont installés en France "depuis longtemps" et "qui font notre richesse", Marine Le Pen s'est efforcée de rassurer : "Les gens qui sont présents sur notre territoire, qui respectent nos lois, qui respectent nos valeurs, qui ont parfois travaillé en France n'ont aucun risque avec la politique que je veux mener, ils pourront rester en France", a-t-elle déclaré.

Concernant les logements sociaux, la candidate du Rassemblement national a confirmé qu'elle souhaitait "mettre en place la priorité nationale dans les logements sociaux". Mais "ce ne sera pas rétroactif, a-t-elle promis. Quand un logement social se libérera, eh bien oui, il sera prioritairement accordé aux Français par rapport aux étrangers. Je trouve que c'est normal (...) mais il n'est pas question d'aller expulser."

"Je veux que les gens qui sont sur notre territoire, qui sont étrangers, qui se tiennent mal, rentrent chez eux. Voila, c'est simple. Ceux qui violent, qui tuent, qui volent, ceux qui commettent des délits ou des crimes n'ont plus rien à faire sur notre territoire", a-t-elle ajouté. "Je pense que les clandestins doivent rentrer chez eux parce que là encore, ils ne respectent pas la loi française. Et je pense que les prestations de solidarité doivent précisément être réservées aux Français, mais également aux étrangers qui ont 5 ans d'équivalents temps plein en France parce qu'ils ont, par leur travail, contribué à la richesse de notre pays."

Éviter une alliance entre la Russie et la Chine

Enfin, Marine Le Pen a été interrogée au sujet de la guerre déclenchée par la Russie en Ukraine. Elle a tenu a souligné qu'elle défendait la souveraineté des nations et donc "l'intégrité territoriale de l'Ukraine". Elle a néanmoins estimé que la Crimée n'a jamais été envahie. Cette péninsule ukrainienne a été annexée par la Russie en 2014, annexion jugée illégale par la Cour pénale internationale. "Il y a eu un référendum, on peut le contester, on peut être en désaccord, mais il n'y a jamais eu d'invasion militaire en Crimée". 

La candidate a rappelé qu'elle a condamné la Russie immédiatement après le début de l'invasion de l'Ukraine. "Cela va à l'encontre de tout ce pourquoi je me bats pour les nations et pour les peuples du monde". Critiquée pour sa proximité affichée avec Vladimir Poutine, Marine Le Pen a expliqué redouter une alliance définitive de la Russie avec la Chine. 

"Le réarrimage, comme le disait Emmanuel Macron, de la Russie à l'Europe, est évidemment un élément de sécurisation de notre continent et de notre pays (...). Le plus grand pays du monde s'allie avec le pays le plus peuplé du monde. Laissez le premier producteur de matières premières du monde qu'est la Russie avec la première usine du monde qu'est la Chine pour les laisser, peut-être, constituer la première puissance militaire du monde, je crois que c'est un grand danger. Il faudra diplomatiquement, lorsque la guerre sera terminée, lorsqu'un traité de paix aura été signé, essayer d'éviter cette fusion qui risque d'être le danger du 21e siècle pour nous", a estimé Marine Le Pen.

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