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"On a pris les mêmes risques" : l'hôpital de Brive en grève pour réclamer la prime de 1.500 euros

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Par , France Bleu Limousin

Les agents de l'hôpital de Brive sont invités à faire grève ce lundi, à l'appel de trois syndicats. La principale revendication concerne la prime de 1.500€ promise par l'Etat aux soignants mobilisés pour la crise de coronavirus. En l'état, ceux de Brive n'y ont pas droit.

Tous les agents de l'hôpital de Brive sont appelés à faire grève ce lundi
Tous les agents de l'hôpital de Brive sont appelés à faire grève ce lundi © Radio France - Nicolas Blanzat

Tous les agents de l'hôpital de Brive sont appelés à faire grève ce lundi, par une intersyndicale CFTC, CGT et FO. S'il est aussi question de la reconnaissance du coronavirus comme maladie professionnelle pour tous les agents de la fonction publique hospitalière, du dégel immédiat de la valeur du point d'indice (alors que débute ce lundi la concertation nationale sur l'avenir de l'hôpital) et de la transmission d'un agenda social sur l'avenir du système de soins, la principale revendication concerne la prime accordée aux soignants mobilisés pendant la crise du coronavirus et annoncée par le ministre de la Santé.

1.500€ dans 40 départements et à Limoges...

Elle est de 1.500€ pour tout le monde dans les quarante départements les plus touchés par le covid-19, dont la Haute-Vienne et la Corrèze ne font pas partie. Pour tous ces départements, la prime n'est que de 500€. Mais il y a une dernière exception pour 79 hôpitaux sélectionnés par les autorités, des établissement dits de 'première ligne'. Celui de Limoges, le seul du Limousin dans ce cas, en fait partie et, selon les modalités définies par les autorités, la direction pourra ainsi attribuer la prime de 1.500€ à 40% du personnel du CHU limougeaud.

... mais pas à Brive

En revanche, ce ne sera pas le cas au centre hospitalier de Brive (ni ceux de Tulle et Ussel, par ailleurs) car il ne remplit pas les critères retenus par les autorités. Et c'est justement là l'incompréhension la plus totale pour les soignants brivistes, car de nombreux patients ont été, et sont toujours, pris en charge pour le coronavirus. D'où cet appel à la grève, elle s'annonce relativement suivie. Il faut dire que des circuits pour la prise en charge du Covid-19 ont été mis en place dans plusieurs services (urgences, unité de surveillance continue, unité d'hospitalisation de courte durée, pédiatrie, centre de gériatrie et de gérontologie entre autres), et principalement au fameux "P10", le 10e étage de l'hôpital, qui abrite en temps normal le service des maladies infectieuses. Il a été, et demeure toujours, le coeur du réacteur pour lutter contre le Covid-19. Le lieu où sont admis les patients les plus sérieusement touchés. C'est là que travaille celle qui est appelée Val, " infirmière depuis onze ans à l'hôpital, dont six au sein de ce service ". Gréviste ce lundi, elle se fait la porte parole de nombreux collègues de différents métiers.

Un sentiment d'injustice

" On a, nous aussi, vécu des situations très difficiles " commence-t-elle à l'heure d'évoquer " l'incompréhension et la colère " des agents. " On a eu décès et nous avons appelé les familles pour leur dire qu'elles ne reverront plus jamais leur proche. Car, pendant la crise, elles n'avaient pas le droit de venir les voir une dernière fois avant qu'on mette les corps dans des housses " détaille-t-elle, les trémolos dans la voix. " Cela a été traumatisant pour beaucoup d'agents, et extrêmement dur mentalement. Il y a aussi eu la fatigue physique : il fallait se déshabiller et s'habiller en permanence avec les équipements de protection. Il y a également eu beaucoup de brancardages, malgré l'aide des brancardiers qui ne pouvaient pas être partout, car les patients positifs doivent passer de nombreux examens. Il y avait aussi des difficultés liées à la chaleur car, avec les équipement, il fait extrêmement chaud dans les services. Certains ont souffert de déshydratation car ils ne prenaient pas le temps de boire ni manger. Il y a eu des difficultés matérielles, heureusement que les entreprises privées du bassin de Brive nous ont permis de nous protéger " poursuit la soignante énumérant encore bien des adaptations et des contraintes. Tout ça nourrit " un sentiment d'injustice. On a travaillé autant qu'à Limoges. C'est certes un hôpital de première ligne, et nous à Brive soit disant un de quatrième ligne. Mais on n'en a pas vu la différence dans les unités de prise en charge du covid-19 " rappelant que des patients sont toujours soignés dans les murs de l'hôpital briviste. " On a fait la même chose qu'ailleurs, on a pris les mêmes risques, on a eu les mêmes difficultés et les mêmes situations traumatisantes. Pourquoi n'aurions-nous pas droit à la prime de 1.500 euros ? ".

On mérite 1.500 euros, comme les autres

Constat partagé par un brancardier de l'hôpital. " Je m'appelle Pascal, je n'ai rien à cacher " répond-il quand on lui demande s'il veut bien donner son prénom. " Ca fait 24 ans que je travaille ici, je touche 1.400€ nets par mois ". Il ne donne pas l'impression d'être un grand râleur, mais cette fois il en a gros sur le coeur. " Je trouve ça incroyable " lance-t-il au moment de dire ce qu'il ressent au sujet de la différence de prime. " _Un brancardier, que ce soit à Brive ou Limoges ou dans les hôpitaux de Paris et d'Alsace, ça reste un brancardier. On était tous volontaires pour faire notre métier, du mieux possible avec les matériels à disposition. Il nous a été demandé d'y aller, on y est allé. Là, les brancardiers, on a le sentiment du deux poids deux mesures. Nous aussi, on a souffert. On a des femmes ou des maris, des enfants, des parents et des grands-parents. En rentrant chez nous, on n'était pas forcément fier par rapport à nos familles, avec la trouille de se dire qu'on pouvait ramener le virus à la maison. Alors, on ne demande ni une médaille ni la lune même si on était habillé en cosmonaute pour faire notre boulot. Mais on dit qu'_on mérite 1.500€ comme tous les autres brancardiers qui les auront ".

Le ministre dit que "des ajustements seront opérés"

Pas de rancoeur contre la direction de l'hôpital, " elle est à l'écoute sur ce dossier et ne décide pas en la matière " indique Victor Teixeira, secrétaire de la CGT à l'hôpital. " On se fout de notre gueule et on nous prend pour des hôpitaux de seconde zone " enrage-t-il, " alors que les équipes ont bossé comme des dingues avec un manque de matériel criant au départ. Les agents avaient des sacs poubelles aux pieds, parce qu'il manquait de sur-chaussures. On a manqué de tabliers et de sur-blouses. L'Etat, et ce n'est pas la faute de la direction de l'hôpital, n'a pas su nous donner le matériel. _Les gens ont joué leur vie, et là ce gouvernement nous maltraite_. Que Macron réfléchisse bien. S'il rêve d'un nouveau quinquennat, il joue tout sur les blouses blanches. Il a intérêt à bien nous traiter ". Selon lui, environ 200 agents auraient été directement en première ligne à Brive pour prendre en charge les patients liés au coronavirus. Il y a une semaine, interpellé par des parlementaires d'Ardèche qui se trouve dans la même situation que l'hôpital de Brive, le ministre de la Santé, Olivier Véran, a indiqué que " certains hôpitaux vont basculer dans le niveau maximal de prime. Les erreurs seront corrigées et les ajustements seront opérés ". Mais, depuis, rien de neuf n'a filtré.

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