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Santé – Sciences

Aides-soignantes du Bas-Rhin : "Nous ne sommes pas des machines"

jeudi 2 novembre 2017 à 4:54 Par Lisa Melia, France Bleu Alsace

Les aides-soignants et les infirmiers du Bas-Rhin disent leur souffrance : leur travail est devenu mécanique, l'humain disparaît.

Accompagner les personnes âgées dans la dignité
Accompagner les personnes âgées dans la dignité © Maxppp - Alexandre MARCHI

Bas-Rhin, France

Elles se sont regroupées sur le parking de l'EHPAD de Villé. Toutes aides-soignantes, toutes désespérées par qu'est devenu leur métier. "Le quotidien est très compliqué, on manque de personnel, explique Claire*. Nous ne pouvons plus faire notre métier correctement."

Claire, aide-soignante

Compter chaque minute

Chaque journée est une course contre la montre : les petits-déjeuner, les toilettes, les aides diverses et variées... Les tâches sont minutées, car les aides-soignantes ne sont plus assez nombreuses : en moyenne, une équipe de quatre ou cinq personnes, pour gérer les 66 résidents. "Souvent, nous sommes obligées de travailler seules pour les tâches qui devraient se faire à deux, indique Annie. On se blesse et on se fatigue plus vite. Et nous n'avons plus le temps de rester avec les résidents."

Tout est compté, presque rationné : les couches, les gants, les compresses... "Même les repas, s'agace Annick Wenger, présidente du syndicat Santé-CFTC dans le Bas-Rhin. Les cuisines doivent assurer trois repas avec trois à quatre euros par jour et par résident. Certains ont faim."

Annick Wenger, présidente Santé-CFTC dans le Bas-Rhin

Ce qui revient le plus souvent : l'impression de ne pas traiter les personnes âgées dignement, avec le soin qu'elles méritent. "On voudraient leur donner des bains, soupire Françoise. Actuellement, on n'a même pas le temps pour des douches, ce sont des toilettes au lit." Les résidents, eux, se rendent bien compte de la situation et ils en souffrent, les aides-soignantes avec eux. "Quand on quitte le travail, on se sent frustré et on culpabilise", admet Chloé.

Françoise, aide-soignante

Manque de moyens

Derrière la tristesse, vient la colère. "On a l'impression de faire de la maltraitance, lance Agnès. Je fais ce métier depuis bientôt quarante ans, tout s'est dégradé." Les résidents aussi ne sont plus les mêmes, poursuit Agnès : "Avant, les gens valides entraient en maison de retraite. Aujourd'hui, ils préfèrent rester chez eux avec une aide à domicile. Ceux qui se retrouvent en EHPAD sont grabataires. Or, l'Etat n'a pas mis les moyens nécessaires pour leur prise en charge."

Agnès, aide-soignante

Toutes les aides-soignantes veulent envoyer à l'Etat le même message : nous ne sommes pas des machines, les personnes âgées non plus. Sans moyens supplémentaires, la prise en charge continuera à se dégrader. Aussi bien à Villé, que dans le reste de l'Alsace et de la France.

Maltraitance institutionnelle

Résultat : les aides-soignantes sont de plus en plus nombreuses à vouloir quitter le métier. "Nous voyons de plus en plus de dossiers de demandes de reconversion, souligne Annick Wenger. Les gens ne veulent plus rester, mais nous n'avons pas les moyens de les remplacer. Alors, les dossiers sont mis en attente, les soignants sont forcés de continuer à travailler et ça conduit à des accidents du travail et des burn-out."

"Je me suis blessée, deux hernies des cervicales", confirme Stéphanie, 24 ans de métier. Comme ses collègues, elle ne conseillerait à personne de se lancer dans cette carrière. Chloé, qui ne travaille que depuis cinq ans, sait déjà qu'elle changera de voie, à un moment ou un autre. Impossible, pour elle, d'envisager une carrière de plus de 20 ans comme aide-soignante, vu les conditions actuelles.

Moi, je ne mettrai jamais mes parents en maison de retraite. Je refuserai d'y aller aussi. Quand je vois ce qu'il se passe... c'est indigne. - Sandrine, une aide-soignante

"C'est une maltraitance institutionnelle, martèle Annick Wenger. La CFTC ne cesse de tirer la sonnette d'alarme. Nous avons besoin de plus de moyens." Or, le projet de loi de finance de la sécurité sociale prévoit une baisse des moyens. La situation est assez préoccupante pour que l'Association des directeurs au service des personnes âgées et les syndicats écrivent une lettre à Emmanuel Macron pour lui demander de revenir sur cette baisse.

*Tous les prénoms ont été modifiés à la demande des personnes interrogées