Retour
Provence-Alpes-Côte d'Azur Corse Auvergne-Rhône-Alpes Grand Est Bourgogne-Franche-Comté Occitanie Nouvelle-Aquitaine Centre-Val de Loire Île-de-France Hauts-de-France Normandie Pays de la Loire Bretagne
  • Toute la France
  • Auvergne-Rhône-Alpes
  • Bourgogne Franche-Comté
  • Bretagne
  • Centre-Val de Loire
  • Corse
  • Grand Est
  • Hauts-de-France
  • Île-de-France
  • Normandie
  • Nouvelle-Aquitaine
  • Occitanie
  • Pays de la Loire
  • Provence-Alpes-Côte d'Azur
Changer de région
Centre-Val de Loire
Changer de région
Corse
Changer de région
Hauts-de-France
Changer de région
Normandie
Retour
Dossier : Séisme du 11 novembre 2019 dans la Drôme et en Ardèche

Un an après le séisme du Teil, les scientifiques cherchent encore à résoudre ses mystères

Il y a un an, le 11 novembre 2019, la terre tremblait au Teil, en Ardèche. Immédiatement, des scientifiques se sont penchés sur ce séisme de magnitude 5,4 sur l'échelle de Richter. Ils ont tenté de comprendre pourquoi et comment il s'était déclenché...et la réponse n'est pas simple et unique.

La trace laissé en surface par la rupture peu profonde de la faille de la Rouvière au Teil (Ardèche)
La trace laissé en surface par la rupture peu profonde de la faille de la Rouvière au Teil (Ardèche) - JF RITZ (Géosciences Montpellier), S BAIZE (IRSN), C LARROQUE (GéoAzur), M Ferr

Un an après le séisme du 11 novembre 2019, les recherches sur le terrain se poursuivent pour comprendre ce séisme qui s'est déclenché en Ardèche et plus particulièrement au Teil, son épicentre. Par exemple, de vastes tranchées ont été creusées au niveau de la faille de la Rouvière, celle qui a craqué le 11 novembre dernier. Les chercheurs y étudient les sédiments pour connaître son histoire sur les derniers millénaires et savoir quels tremblements de terre elle a déjà déclenchés.

Failles tectoniques, glissement des plaques, exploitation de la carrière

Parce qu'avant le séisme du Teil, cette faille était cartographiée, mais considérée comme inactive. C'est-à-dire qu'à la connaissance des scientifiques, elle n'avait pas engendré de séisme depuis des milliers d'années. La même question se pose pour les failles voisines : sont-elles faussement considérées comme inactives ? 

Pourquoi cette faille a-t-elle craqué ce jour-là ? Plusieurs facteurs peuvent avoir joué et le rôle de chacun d'eux est difficile à quantifier. Des phénomènes naturels entrent en jeu bien sûr : "la croûte terrestre bouge, les plaques Afrique et Europe convergent très lentement" explique Christophe Larroque, géologue au laboratoire GéoAzur à Nice, "il y a aussi l'érosion naturelle des sols, la fonte des anciens glaciers alpins. Autant d'éléments qui modifient la distribution des forces dans le sous-sol et peuvent finir par faire craquer des failles"

La carrière Lafarge a également pu jouer un rôle, difficile à quantifier là aussi. Son exploitation et l'extraction de soixante-dix millions de tonnes de roche en plus de 70 ans ont pu, là aussi, modifier les forces dans le sous-sol. Michel Campillo, sismologue à l'Institut des Sciences de la Terre à Grenoble explique que la carrière a pu accélérer le processus: "dans notre région, on n'a pas une tectonique spectaculaire, ce n'est pas la Californie ou le Japon. Mais si vous retirez du calcaire, du poids, de la pression sur une faille, vous facilitez son mouvement. On a affaibli la faille en retirant des roches. Sans cela, il aurait peut-être fallu attendre plus longtemps avant que la faille craque...dans 3 ans, dans 1.000 ans, ça on ne sait pas le dire."

Le dernier séisme de référence en Drôme et en Ardèche datait de 1873, à Châteauneuf-du-Rhône, et il était bien moins fort.
Le dernier séisme de référence en Drôme et en Ardèche datait de 1873, à Châteauneuf-du-Rhône, et il était bien moins fort. © Getty - Apexphotos

La peur d'un nouveau tremblement de terre

La question qui taraude surtout les scientifiques, les habitants et les élus, c'est de savoir si un séisme d'une telle ampleur pourrait se reproduire d'ici peu, dans la même zone. Or on ne sait pas ! Contrairement à la météo, les scientifiques ne savent pas prédire, déclencher une alerte orange ou rouge juste avant un séisme. "De ce qu'on connaît des cycles sismiques, on pourrait se dire que la faille de la Rouvière a relâché la force qu'elle devait relâcher et qu'on est tranquille pour un moment" argumente le géologue Christophe Larroque, "mais on ne sait pas combien de temps. Et la faille de la Rouvière n'est pas seule, elle est dans un système de failles." Même incertitude exprimée par Michel Campillo, sismologue à l'Institut des Sciences de la Terre : "on ne sait pas non plus si la faille de la Rouvière a craqué complètement". Pas de catastrophisme non plus : les phénomènes de cette nature restent rares.

Les chercheurs s'attachent donc à mieux connaître la faille de la Rouvière, à mieux connaître aussi ses voisines qui appartiennent au même vaste système de failles pour trouver des indices de leur activité récente et mieux la documenter. De mémoire d'homme, on n'avait jamais vécu un tremblement de terre de cette intensité dans nos départements. Le dernier, qui faisait référence localement, datait de 1873 à Châteauneuf-du-Rhône et il était de moindre importance. Dans une étude publiée dans la revue "Communications earth and Environment", on apprend que 39 séismes ont été enregistrés entre 1962 et 2018 dans un rayon de 20 km autour du Teil, avec des magnitudes inférieures à 2,9 et des foyers plus profonds, entre 5 et 24 km sous terre, quand le séisme du 11 novembre s'est lui déclenché à 1 km à peine de la surface.

Le séisme du Teil a eu peu de répliques : 130 ont été mesurées et encore parce que les chercheurs sont allés dans le détail des secousses de très faible intensité. Par mesure de comparaison, le séisme d'Annecy, en 1996, un peu moins fort, avait eu 800 répliques.

Et les centrales nucléaires ?

Le séisme du Teil avait déclenché un capteur sur la centrale nucléaire de Cruas. Elle avait été mise à l'arrêt plusieurs semaines, le temps de vérifier qu'il n'y avait pas eu de dégâts. La puissance du tremblement ressentie à Cruas était moindre qu'à l'épicentre : les normes de résistance sur lesquelles a été construite la centrale n'ont pas été dépassées. A Tricastin, il n'y avait pas eu d'alerte.

L'Autorité de Sûreté Nucléaire a demandé à l'exploitant, EDF, de mener des études pour voir si le niveau de résistance au séisme des centrales devait être réévalué. EDF Tricastin a répondu non. A Cruas en revanche, "le niveau est susceptible de devoir être réévalué". Mais les calculs sont complexes, les investigations de terrain longues à mener. L'ASN attend des résultats plus complets en 2022.

L'Autorité s'appuie aussi sur les chercheurs de l'Institut de Radioprotection et de Sûreté Nucléaire. Ils participent aux travaux sur le terrain, aux côtés des autres laboratoires, pour mieux comprendre le séisme du Teil. Ils mènent l'étude dans les tranchées creusées sur la faille de la Rouvière par exemple. Ils s'intéressent aussi aux dégâts causés en surface où l'intensité de la secousse est évaluée à 8 sur une échelle de 12. "Et on monte des dossiers en ce moment pour avoir des financements pour poursuivre les études au-delà de la faille de la Rouvière" explique Stéphane Baize, un des chercheurs de l'IRSN, "pour aller explorer notamment des failles plus proches des centrales nucléaires. Ce qui est intéressant à analyser aussi, c'est la trace de rupture laissée en surface par le séisme, la déformation du sol, pas observées jusqu'à présent en France métropolitaine. Il faut analyser les conséquences que ça peut avoir sur les infrastructures."

Choix de la station

À venir dansDanssecondess