Santé – Sciences

Au CHU de Besançon, le taux d'épisiotomie le plus bas de France

Par Noémie Philippot, France Bleu Besançon et France Bleu mardi 25 juillet 2017 à 18:47 Mis à jour le mardi 25 juillet 2017 à 20:20

Au CHU de Besançon, seules 1% des femmes subissent une épisiotomie au moment de l'accouchement. Un taux exceptionnel en France.
Au CHU de Besançon, seules 1% des femmes subissent une épisiotomie au moment de l'accouchement. Un taux exceptionnel en France. © AFP - Jeff Pachoud

En pleine polémique entre les gynécologues et la secrétaire d'Etat à l'égalité femmes-hommes Marlène Schiappa, reportage au coeur du service de gynécologie obstétrique de Besançon, où le taux de pratique de l'épisiotomie est le plus bas de France.

Marlène Schiappa, la secrétaire d'Etat à l'égalité femmes-hommes a déclaré lundi devant le Sénat que 75% des femmes subissaient une épisiotomie au moment de l'accouchement. Sauf que ce chiffre est tiré d'une étude menée personnellement par la secrétaire d'Etat en 2013, sur 983 mères. Et pour le Collège national des gynécologues et obstétriciens français, ce chiffre est faux. En France, en 2010, l'épisiotomie concernait 27% des femmes. Un chiffre qui correspond à la fourchette de 20 à 25% recommandée par l'OMS.

Besançon : le taux d'épisiotomie le plus bas de France

Et au CHU de Besançon, le service de gynécologie obstétrique bat tous les records. Sur les 3000 femmes qui y ont accouché l'année passée, 12 seulement ont subi une épisiotomie, soit moins d'1%. Ce chiffre, c'est le résultat d'une quinzaine d'années de travail pour changer les habitudes, et une vraie fierté pour le chef du service, le Professeur Didier Riethmüller : "L'épisiotomie, c'est le prototype d'un acte qu'on a fait de façon habituelle, en pensant qu'on rendait service aux femmes. Il faut changer tout ça, mais les habitudes et les croyances, c'est très difficile à changer."

Un geste médical inutile dans la majorité des cas" Professeur Didier Riethmüller, chef du service de gynécologie obstétrique du CHU de Besançon

Une habitude prise par principe de précaution. Quand un médecin pratique l'épisiotomie, il fait une entaille de 5 cm dans le périnée pour que le bébé sorte plus rapidement et éviter une déchirure du sphincter de l'anus et des complications suite à l'accouchement. Sauf que pour Didier Riethmüller, il y a abus : "On a une littérature scientifique a haut niveau de preuve depuis le début des années 2000 qui remet en cause le bénéfice de l'épisiotomie, qui initialement été réalisée pour tenter de mettre les femmes à l'abris de complications. Cette littérature semble montrer que ce n'est pas vrai, et à partir du moment où ce n'est pas vrai, on revient sur le principe absolument non négociable de la pratique médicale : tout d'abord ne pas nuire. Si ça ne sert à rien, il ne faut pas faire."

Les femmes viennent me voir parfois en me disant "Je ne veux pas d'épisiotomie", je ne peux pas leur promettre ça." Professeur Didier Riethmüller, chef du service de gynécologie obstétrique du CHU de Besançon

La réputation du CHU de Besançon attire les femmes. Les mères qui accouchent à Besançon ne viennent pas uniquement de Franche-Comté. Mais Didier Riethmüller est très clair : "Les femmes viennent me voir parfois en me disant "Je ne veux pas d'épisiotomie". Je ne peux pas leur promettre ça. La seule chose que je peux leur dire, c'est que nous avons un taux d'épisiotomie très très bas, et donc que si jamais elle a une épisiotomie, c'est que très probablement, il en fallait une".

Cette philosophie de "respect du périnée" comme il l'appelle, Didier Riethmüller la transmet à ses internes. Et il espère que ce savoir-faire bisontin gagnera d'autres hôpitaux en France.