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Santé – Sciences

Brexit : on saura ce lundi si Lille accueille l'agence européenne du médicament

dimanche 19 novembre 2017 à 23:26 Par Stéphane Barbereau, France Bleu Nord et France Bleu

Un Conseil des ministres européen tranchera, ce lundi, sur la ville qui accueillera en 2019 le siège de l'Agence Européenne du Médicament. Pour la France, c'est Lille qui est candidate. Cette relocalisation est la conséquence du Brexit, la sortie du Royaume-Uni de l'Union Européenne.

Le futur immeuble qui doit accueillir l'AEM en 2019 (Lille Grand Palais, à gauche et le Conseil Régional, à droite)
Le futur immeuble qui doit accueillir l'AEM en 2019 (Lille Grand Palais, à gauche et le Conseil Régional, à droite) - Stéphane Barbereau

Lille, France

En 1993, Lille était déjà candidate pour accueillir l'AEM, l'agence européenne chargée d'autoriser la mise sur le marché des 27 pays membres de tout nouveau médicament. Mais du côté de la ville de Lille, de la Métropole et de la Région, on espère bien, cette fois, sortir vainqueur. 19 villes européennes sont candidates et le dossier français serait en bonne position même s'il ne fait pas figure de favori comme Amsterdam ou Copenhague. La Métropole du Nord avait été préférée au printemps à Lyon pour représenter la France dans cette compétition particulière. Il est vrai qu'elle ne manque pas d'atouts.

Une position géographique unique

Premier avantage lillois : sa position géographique. La ville est à 1h de Bruxelles et Paris en TGV et 1h20 de Londres. Un atout très important quand on sait que les 900 agents de l'AEM représentent autant de familles qui pourraient rester en partie à Londres. Lille offre donc la possibilité d'aller-retours dans la journée. C'est loin d'être négligeable pour le copilote de la candidature lilloise, Etienne Vervaecke. Le directeur général du pôle d'excellence Eurasanté (qui regroupe 170 entreprise et 3 300 salariés), basé à Lille et Loos, rappelle que ces agents européens ont des compétences quasi-uniques et qu'il est primordial de limiter leur démission parce que la nouvelle localisation ne leur conviendrait pas :

Si demain, cette agence va dans une ville où à peine 25% des agents vont la suivre, elle aura de très gros problèmes de fonctionnement pendant 5 ans.

Etienne Vervaecke, directeur général du Pôle Eurasanté - Radio France
Etienne Vervaecke, directeur général du Pôle Eurasanté © Radio France - Stéphane Barbereau

Ce qui pourrait représenter un risque sanitaire pour les populations. C'est le scénario du pire qui pourrait se produire en cas de déménagement à Bratislava, la capitale slovaque, qui ne conserverait qu'un quart des 900 agents (en cas de victoire lilloise, 53% des agents se disent prêts à rester selon une consultation interne, soit l'un des meilleurs taux de rétention). Bratislava pourrait unifier l'ensemble des pays d'Europe de l'Est qui ne comptent aucune agence européenne jusque-là.

La troisième région française dans le secteur de la Santé

Autre atout des Hauts-de-France, la concentration de laboratoires pharmaceutiques (700 salariés chez GSK à Saint-Amand-Les-Eaux, AstraZeneca à Dunkerque), de laboratoires de recherches et d'entreprises de biotechnologie (Genfit à Lille, cotée en Bourse) qui représentent au total 980 entreprises pour 28 000 salariés. A Cela, il faut ajouter le CHRU de Lille ou encore l'institut Pasteur, particulièrement en pointe sur les maladies les plus répandues de ce début de XXIème siècle : maladies cardiovasculaires, dégénérescentes et cancers.

L'arrivée de l'Agence Européenne du Médicament stimulerait encore plus tout ce secteur, avec des créations d'emplois attendues. Outre les 900 agents de l'AEM, on estime à 800 emplois supplémentaires qui seraient créés par une relocalisation lilloise (représentations de laboratoires pharmaceutiques qui ouvriraient dans la ville, arrivée de lobbyistes pour vanter les mérites d'un nouveau médicament auprès des experts européens). L'AEM à Lille, ce serait un "game changer", un changement de dimension pour Sébastien Duprez, le coordinateur général du "Comité Grand Lille" qui oeuvre pour le développement économique de la métropole :

ça nous donne l'occasion de devenir la troisième capitale européenne de France, après Paris et Strasbourg.

Enfin, tout est prêt à Lille pour accueillir les 900 agents de l'AEM. Une école européenne, de la maternelle à la terminale doit voir le jour, un bâtiment baptisé le Biotope doit sortir de terre (il sera reconverti en immeuble de bureaux si Lille n'est pas retenue). Ce vaste immeuble de 30 000m2 doit être construit par le groupe Bouygues qui a remporté l'appel d'offres lancé au printemps, les travaux ont même déjà commencé.

Manque d'implication d'Emmanuel Macron

Principal handicap du dossier lillois, le manque de notoriété de la ville à l'échelle continentale. Les principaux concurrents sont des capitales administratives (Copenhague) ou économiques (Amsterdam, Milan). Mais ce qui va se jouer à Bruxelles, ce lundi après-midi, c'est avant-tout une négociation politique. Les atouts économiques, scientifiques ou géographiques ne pèseront pas lourds face aux tractations habituelles entre Etats-membres. Et la voix du Président de la République est donc indispensable or elle ne s'est pas beaucoup faite entendre selon les élus locaux de tous bords, dont Martine Aubry, la maire PS de Lille qui ne se dit "pas totalement optimiste" même si le dossier est bon selon elle :

Nous n'avons pas eu l'impression d'une mobilisation [du Président] pour aller chercher les voix, parce qu'il faut que les autres pays votent pour nous.

Martine Aubry, la maire PS de Lille - Radio France
Martine Aubry, la maire PS de Lille © Radio France - Stéphane Barbereau

Martine Aubry dénonce le manque d'implication d'Emmanuel Macron

Le Chef de l'Etat est accusé de privilégier l'implantation à Paris de l'Autorité Bancaire Européenne, dont la relocalisation doit également être actée ce lundi lors d'un Conseil Européen "spécial Brexit". Ce qui avait valu ce tweet moqueur de Martine Aubry envers le secrétaire d'Etat auprès du ministre de l'Economie qui a mené une importante campagne de lobbying pour implanter l'autorité bancaire à Paris.

Or, la France ne pourra pas gagner sur les deux tableaux. En visite dans le Nord le 13 novembre, Emmanuel Macron avait fini par déclarer qu'il ferait tout pour faire gagner Lille : "c'est le rush final, j'y crois, je vais mettre tout mon poids". Mais en coulisses, on affirme que le Président de la République n'aurait pas activé ses relais à Bruxelles, aurait même brisé un accord tacite avec l'Allemagne conclu en printemps, par Jean-Marc Ayrault (alors Ministre des Affaires Etrangères) et son homologue Franz-Walter Steinmeier (aujourd'hui Président de l'Allemagne), qui prévoyait un soutien mutuel des deux pays : l'AEM à Lille et l'Autorité Bancaire à Francfort. Un scénario qui aurait désormais peu de chances d'aboutir.

Un mode de scrutin de type Eurovision

L'incertitude est donc grande pour deviner où s'implantera l'AEM et le mode de scrutin n'arrange rien : les 27 pays voteront à bulletin secret selon un système proche de l'Eurovision : au 1er tour, chaque pays devra désigner 3 villes (3 points pour sa préférée, 2 points pour la suivante et 1 point pour la troisième). Un vote expliqué sur le site du Conseil Européen et qui pourrait donc réserver quelques surprises. C'est la Ministre chargée des Affaires Européennes, Nathalie Loiseau, qui représentera la France. Réponse attendue ce lundi après-midi aux alentours de 15h.