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Santé – Sciences

Quand la musique soigne les troubles des malades d'Alzheimer

mardi 6 mars 2018 à 6:20 France Bleu Pays de Savoie

Hervé Platel, professeur de neuropsychologie à Caen, travaille depuis plus de vingt ans sur la mémoire musicale des malades d'Alzheimer. Ses découvertes sont passionnantes et peut-être décisives pour comprendre "les" mémoires.

Le professeur Platel
Le professeur Platel © Radio France - Christophe Van Veen

Chambéry, France

C'est contraire à toutes les idées reçues sur la maladie. Il faut laisser la chance aux chansons, comme dirait Charles Trénet. Les chansons peuvent s'apprendre et même être retenues par des malades atteints d'Alzheimer.

Chercheur et professeur à Caen, Hervé Platel est un pionnier. Il est l'invité à Chambéry d'un congrès de chercheurs sur "les effets du vieillissement sur l'apprentissage" qui a lieu durant deux jours au "Manège", organisé par l'université Savoie Mont-Blanc.  

Grâce à des ateliers avec de petits groupes de malades dans des maisons de retraites, mais aussi dans son laboratoire, utilisant des IRM pour traquer les zones stimulées, Hervé Platel tente de percer ce mystère de la chanson qu'on retient et qu'on fredonne. 

Un apprentissage inconscient

France Bleu Pays de Savoie : Vous avez été un des pionniers dans les années 90 à travailler dans ce domaine. D’où est partie votre intuition ?

Hervé Platel : En fait, c’est un heureux hasard grâce à un médecin coordonnateur sur le terrain, Odile Letortu. Elle avait remarqué avec ses patients qu’à force de faire des ateliers de chant, au bout de cinq ou six séances, leurs performances, et notamment le rappel des paroles, tendaient à s’améliorer, alors même qu’ils étaient complètement amnésiques. Elle s’est dit : « _Tiens, c’est bizarre, on croirait qu’_il y a une forme d’apprentissage inconscient. » 

Personne ne s’était rendu compte de cette possibilité. Quand on utilisait seulement les chansons trois ou quatre fois, on avait le sentiment de repartir à zéro. Mais en insistant, quatre mois après, il y avait une reconnaissance des chansons. Si vous leur demandez s’ils ont appris une chanson, les participants vont vous répondre "Non !" , conformément à l’image bien connue de ces malades qui ne se souviennent pas des actions. Et pourtant, si on donne les bons indices, si on diffuse la mélodie, ils sont capables de se dire : « Ah tiens ! Je la connais ! »

Des possibilités d'encodage dans des cerveaux altérés

Ils sont capables de quoi, au final ?

D’abord, durant les ateliers, ils sont pleinement présents. Et si vous leur proposez le texte sur un écran, ils chantent. Ils retiennent certains mots, surtout le titre. On n’a cependant pas trouvé de malades capables de mémoriser toute une chanson.

Ce que vous avez découvert avec vos équipes, c’est que ces patients apprennent sans s’en rendre compte ?

La musique a été pour nous la démonstration que, dans le cerveau de ces patients Alzheimer, il y avait des possibilités d’encodage de nouvelles informations, dans un contexte où on prend du plaisir, où il y a des émotions positives.

C’est le miracle de la chanson ?

C’est pas un miracle. Il faut qu’on comprenne quels sont les mécanismes de ces cerveaux très altérés dans les circuits habituels. Qu’est-ce qu’il reste dans le cerveau qui permet de maintenir une information à l’insu de la personne ?   

Un atelier musical - Radio France
Un atelier musical © Radio France - PHOTOPQR/VOIX DU NORD/MAXPPP

La mémoire musicale est plus résistante 

Ce qui est incroyable, c’est que la chanson fonctionne, mais pas le poème...

La mémoire musicale a une forme de résistance supérieure à la mémoire des mots, elle passe via un réseau beaucoup plus large dans le cerveau, il n’y a pas une seule entrée possible. C’est ce que nous montre les neuro-imageries.

La musique est-elle thérapeutique ?

Pas dans le sens où elle peut guérir une maladie. Mais dès les premiers signes, elle contribue à diminuer l’anxiété, la dépression, les troubles du comportement, etc… Et puis à un stade plus avancé comme celui de nos patients, l’écoute de la musique et le fait de chanter permettent de lutter contre l’apathie, l’inactivité, le repli sur soi en l’absence de stimulation, tout ce qui aboutit à une absence totale de communication. 

Grâce à la musique, on augmente le niveau d’éveil, et même leur capacité, au-delà des chansons, de se souvenirs des choses anciennes personnelles. 

Des chansons "chantables"

Y-a-t-il des types de musique plus propices à ces stimulations ?

Les malades sont très âgés, autour de 80 ans. Et donc culturellement, ils sont plus proches de la chanson française traditionnelle. Mais on leur a aussi fait apprendre des chansons plus contemporaines comme « J’ai demandé à la Lune » d’Indochine, « Roberta » de Cali ou encore « Le manège » de Stanislas.

Une belle mélodie, quelque chose d’harmonieux, avec un texte. C’est ça qui touche ? 

C’est un ensemble. La musique et les textes. Ce n’est pas parce qu’ils ne le retiennent pas, que le texte n’a plus d’importance. Un texte peut les émouvoir ou les choquer. On peut discuter autour des textes. Quant à la mélodie, il est préférable qu’elle soit « chantable », avec - pourquoi pas ? - de grandes amplitudes, sophistiquées. C’est plus difficile avec les musiques monocordes. 

Quelles sont pour conclure vos pistes de recherches ?

On a envie de mieux comprendre la spécificité de la mémoire musicale. Elle est préservée. Ça nous interroge sur les différents mécanismes parce qu’on n’a pas qu’une mémoire.  Il y a des mémoires. 

                      - "Neuropsychologie et art" d'Hervé Platel. Edition de Boek.