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Dossier : Coronavirus Covid-19

PHOTOS - Confinement difficile dans les HLM de Cognac : "En appartement, on est compressé"

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Par , France Bleu La Rochelle

Le confinement, révélateur des inégalités sociales. Dans les quartiers populaires, compliqué de se retrouver serré dans des appartements. Perte de lien social, difficultés financières, mais aussi solidarités nouvelles entre voisins. Reportage dans le quartier de Crouin à Cognac.

Les locataires HLM souffrent d'isolement, de problèmes financiers. S'ajoute aussi désormais l'angoisse du déconfinement : "j'ai peur de sortir" avoue Eliane.
Les locataires HLM souffrent d'isolement, de problèmes financiers. S'ajoute aussi désormais l'angoisse du déconfinement : "j'ai peur de sortir" avoue Eliane. © Radio France - Julien Fleury

3.000 habitants répartis sur une vingtaine de bâtiments. Dans le quartier de Crouin, à Cognac, le confinement avait très mal commencé. Deux jours plus tard, en pleine nuit, l'incendie d'un scooter se propageait à un immeuble, nécessitant 18 relogements.

Depuis, un animateur et un éducateur de l'Aserc, association sociale de la ville, sillonnent les quartiers populaires, trois après-midi par semaine. Une présence qui se révèle précieuse, pour lutter contre l'isolement, donner des coups de main, répondre aux questions, et rassurer les habitants dans un contexte très angoissant.

Odeur de brûlé

Au 10 rue Flaubert, Carolane entasse devant son ancien immeuble des affaires récupérées dans son appartement touché par un incendie en début de confinement.
Au 10 rue Flaubert, Carolane entasse devant son ancien immeuble des affaires récupérées dans son appartement touché par un incendie en début de confinement. © Radio France - Julien Fleury

Première étape dans la tournée des travailleurs sociaux, le 10 rue Gustave Flaubert. Au pied de cet immeuble ravagé par l'incendie de la nuit du 18 au 19 mars dernier, on croise Carolane. La jeune femme a les mains noires, après avoir descendu des affaires de son ancien appartement, envahi de fumées.

Un mois plus tard, l'odeur de brûlé est encore présente. Et le souvenir vivace pour Carolane : "j'ai failli sauter du deuxième étage, donc oui, j'ai eu peur. Comme disaient les pompiers, à 20 minutes près, ça aurait pu être des cadavres qu'ils ramassent."

Administrations "à moitié fermées"

Depuis, Carolane a été relogée à quelques centaines de mètres, dans un autre appartement du bailleur Logélia. Pas évident en plein confinement : "pour les déménagements, c'est encore plus dur. Les administrations sont à moitié fermées, donc c'est un peu à nous de  nous débrouiller. On fait comme on peut."

L'incendie volontaire qui a touché un immeuble au début du confinement a poussé le maire de Cognac Michel Gourinchas à relancer des tournées de travailleurs sociaux dans les quartiers populaires.
L'incendie volontaire qui a touché un immeuble au début du confinement a poussé le maire de Cognac Michel Gourinchas à relancer des tournées de travailleurs sociaux dans les quartiers populaires. © Radio France - Julien Fleury

L'enquête se poursuit. Soupçonnés, des jeunes du quartier. "Les contrôles policiers du début de confinement ont sans doute un peu énervé", analyse le maire de Cognac, Michel Gourinchas, ancien habitant de Crouin. C'est lui qui a demandé le retour sur le terrain des salariés de l'Aserc, "pour faire de la médiation sociale", alors que l'association avait interrompu toutes ses interventions.

"Les flics, quand ils nous voient, ils sont désespérés"

Educateurs et animateurs vont en particulier à la rencontre des jeunes, pour qui le confinement est presque impossible à tenir. Beaucoup continuent de se retrouver au pied des immeubles, comme avant. Pour les aborder, l'éducateur Jean-Luc Frénard sort son flacon de gel hydro-alcoolique et propose un lavage de mains. 

"Les flics, quand ils nous voient dehors, ils sont désespérés" reconnaît Johanna. "Tu fais un peu attention quand même, au moins les gestes barrières ?" s'inquiète Jean-Luc Frénard. Oui assurent les jeunes, même si le confinement est une torture.

Concert de balafon

Concert de balafon improvisé : Issa joue régulièrement depuis son balcon pour ses voisins. Cet ancien musicien burkinabé, naturalisé français, travaille aux espaces verts de Cognac.
Concert de balafon improvisé : Issa joue régulièrement depuis son balcon pour ses voisins. Cet ancien musicien burkinabé, naturalisé français, travaille aux espaces verts de Cognac. © Radio France - Julien Fleury

"Je ne vais pas vous mentir, le confinement, je l'ai respecté deux journées, reconnaît Johanna. Après je suis ressortie et je me suis dit : je revis !" "C'est bien d'être dehors" abonde une copine. Des grands ados qui attendent avec impatience le 11 mai, mais qui s'inquiètent aussi comme les adultes, du retour du virus.

De l'autre côté du quartier, on arrive en plein concert de balafon. Depuis son balcon, Issa joue un petit morceau pour ses voisins. "Comme ça ne sonne pas trop fort, ils adorent ça" assure cet ancien musicien burkinabé, aujourd'hui naturalisé français et employé aux espaces verts de Cognac.

Isolement grandissant

Issa applique fermement le confinement "pour moi, et pour les autres" comme disent les messages officiels. Mais il lui tarde de reprendre son activité : "là, je suis prêt" promet Issa dans un éclat de rire, signe que la vie sociale lui manque. "Très souvent, je regarde mon téléphone, pour voir si le directeur m'a appelé."

Issa présente sa kora. Le musicien franco-burnkinabé, reconverti dans le jardinage aux espaces verts de Cognac, a soif de retrouver ses collègues : "je suis prêt" assure-t-il dans un éclat de rire.
Issa présente sa kora. Le musicien franco-burnkinabé, reconverti dans le jardinage aux espaces verts de Cognac, a soif de retrouver ses collègues : "je suis prêt" assure-t-il dans un éclat de rire. © Radio France - Julien Fleury

Jean-Luc, éducateur, nous emmène maintenant vers Leila, à qui il offre un bouquet de menthe : "merci, ça c'est gentil !", l'accueille Leila en plongeant son nez dans la menthe. Pour cette mère de deux enfants, le confinement passe trop lentement : "c'est très dur, de ne plus avoir de contacts avec personne."

Rêves de maison

Désormais, Leila rêve d'une maison avec jardin, "parce que d'être en appartement, on est compressé." Leila respecte malgré tout le confinement, notamment par peur du regard des autres. La pression sociale monte dans le quartier de Crouin.

Et les questions aux travailleurs sociaux sont nombreuses, notamment face au déconfinement. Le discours du gouvernement a du mal à passer dans les quartiers populaires : "il faut traduire", précise Isabelle, animatrice de l'Aserc. "Les habitants n'ont pas tout compris, ils croyaient que le bar du quartier allait rouvrir dès le 11 mai. Ça se passe pas comme ça !"

Le calme règne dans le quartier de Crouin à Cognac. Ne pas s'y fier. Selon les travailleurs sociaux, les entorses au confinement se multiplient, "aussi bien chez les jeunes que chez les adultes."
Le calme règne dans le quartier de Crouin à Cognac. Ne pas s'y fier. Selon les travailleurs sociaux, les entorses au confinement se multiplient, "aussi bien chez les jeunes que chez les adultes." © Radio France - Julien fleury

L'angoisse monte

L'attente porte sur les nerfs d'Eliane, agrippée à son balcon : "j'ai peur de sortir dehors" confie cette retraitée, traitée depuis quelques jours pour dépression. "J'ai peur de ce virus, j'ai peur pour mes enfants, ma famille."

Une angoisse monte, confirme Marie-Jo, aide-soignante qui rentre de sa journée à l'hôpital : "la nuit ça gueule, je pense que les gens commencent à péter les plombs" analyse cette soignante, qui s'inquiète également des difficultés financières qui prennent à la gorge de nombreux habitants précaires.

Nouvelles solidarités

Mais des solidarités sont aussi nées du confinement, assure Brahim, éducateur. Illustration avec Martine, dite Titine : "quand il y a des courses, ou des papiers à faire, on va les faire pour les uns ou pour les autres" assure cette ancienne de Crouin.

Pour tenir, témoignent les travailleurs sociaux, les entorses au confinement se multiplient, "aussi bien chez les jeunes que chez les adultes". Pour l'instant, à Crouin, le virus n'a pas encore frappé.

Le confinement crée des solidarités nouvelles dans les bâtiments HLM : "quand il y a des courses ou des papiers à faire, on s'entraide" assure Martine, dite Titine, habitante historique de Crouin.
Le confinement crée des solidarités nouvelles dans les bâtiments HLM : "quand il y a des courses ou des papiers à faire, on s'entraide" assure Martine, dite Titine, habitante historique de Crouin. © Radio France - Julien Fleury
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