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Dossier : Coronavirus

TÉMOIGNAGE - Coronavirus : une médecin de Rouen appelée en renfort dans l'Est : "Je n'ai jamais autant donné"

- Mis à jour le -
Par , France Bleu Normandie (Seine-Maritime - Eure), France Bleu Cotentin, France Bleu Normandie (Calvados - Orne)

Hélène Braud, anesthésiste-réanimatrice à Rouen, a été appelée en renfort par ses collègues de Mulhouse, ville très touchée par le coronavirus Covid-19. Après une semaine, elle révèle pour France Bleu Normandie le quotidien épuisant du corps médical, en pleine crise sanitaire.

"Je n'ai jamais autant donné." Pour Hélène Braud, anesthésiste-réanimatrice rouennaise appelée en renfort à Mulhouse, la charge est tout autant psychologique que physique.
"Je n'ai jamais autant donné." Pour Hélène Braud, anesthésiste-réanimatrice rouennaise appelée en renfort à Mulhouse, la charge est tout autant psychologique que physique. © Radio France - Hélène Braud

"Je n'ai jamais autant donné, je suis épuisée." Ces mots, venant d'une anesthésiste-réanimatrice, sont lourds de sens. Hélène Braud, Rouennaise de 43 ans, a été appelée en renfort dans le Grand Est la semaine dernière (21 et 21 mars 2020). La région est l'une des plus touchées par la pandémie de coronavirus Covid-19. L'hôpital de Mulhouse (Haut-Rhin) croule sous les patients et les malades graves. C'est là-bas qu'Hélène Braud s'est rendue pour assister ses collègues surchargés. Pour France Bleu Normandie, elle décrit son quotidien après une semaine.

Adaptation en urgence à l'hôpital de Mulhouse

"C'est une activité extrêmement intense, lourde", concède-t-elle. "Et encore, je me plains pas, ça ne fait qu'une semaine que je suis dedans, alors imaginez mes collègues !" Elle a été particulièrement touchée en arrivant à Mulhouse, qui doit voir se monter un hôpital militaire voué à désengorger le centre hospitalier... notamment par les installations de fortune. 

L'hôpital compte habituellement 2 services de réanimation de 20 lits chacun. Depuis peu, des blocs opératoires ont été réorganisés pour accueillir davantage de cas graves. Et les patients continuent d'affluer alors qu'un pic de coronavirus est attendu dans le pays entre le 5 et le 15 avril, selon des experts.

Épreuve psychologique et physique

Le travail est colossal : "C'est dur psychologiquement, car on est toujours concentrés, ce sont des cas très graves donc l'erreur n'est pas permise", témoigne la réanimatrice rouennaise. "Les médecins ou les infirmiers, d'ailleurs. Certains n'avaient plus fait ça depuis 10 ans, ils se sont donc reformés."

D'autant qu'à la prise en charge des patients, s'ajoute un certain nombre de démarches logistiques : "Comme il faut libérer un maximum de place, il y a systématiquement des transferts vers l'Allemagne, Strasbourg, l'ouest de la France, Brest..." Justement, 40 malades du Grand Est doivent justement être transférés ce week-end (28 ou 29 mars) vers la Nouvelle-Aquitaine.

"C'est une activité de dingue !" - Hélène Braud, anesthésiste-réanimatrice à Rouen.

"Pendant la nuit, j'ai fait trois entrées, deux transferts, quatre patients sont arrivés dans une nouvelle salle de réveil, une sorte de zone-tampon où ils sont déjà sous respirateur artificiel mais pas encore en réanimation", glisse Hélène Braud. "C'est une activité de dingue !"

Le travail est aussi très physique ! "L'un des traitements de ces patients, c'est de les mettre à plat-ventre. Sachant qu'ils ont du matériel, des perfusions, il ne faut pas arracher tous les tuyaux en retournant un patient, on est au moins cinq à chaque fois", révèle le docteur. "Quand vous avez quinze patients à retourner toutes les douze heures, vous imaginez le travail juste pour ce petit geste."

Hélène Braud rentre ce dimanche 29 mars à Rouen, pour se préparer à la vague normande attendue dans les prochains jours. Elle aura passé une semaine sur place.

Trop de patients, pas assez de place... une sélection des malades ?

Dans ce contexte de crise sanitaire, alors que tout le personnel de Mulhouse est en flux tendu... l'inquiétude d'une sélection des patients à l'entrée de la réanimation a été soulevée. On n'en est pas là, pour Hélène Braud. "Tous les patients qui arrivent aux urgences sont pris en charge. On s'en occupe et on les soigne comme on le peut, quelle que soit la raison", affirme-t-elle. 

"Après, ce qu'il faut bien comprendre, c'est que la réanimation, quand on y va c'est pour deux ou trois semaines. Les corps subissent une véritable épreuve. Les patients ont parfois besoin de séjours de réhabilitation derrière, tellement c'est difficile."

"Tous les patients vont être soignés". Même si les hôpitaux sont pris d'assaut, pas de sélection à l'entrée pour Hélène Braud.

Pour les gens qui ont des comorbidités (d'autres maladies qui fragilisent énormément le corps), la situation est encore plus difficile : "On le sait, il y a des études de faites, ces personnes-là ne survivront pas, de toute façon, à une telle épreuve. Il n'y a pas quelqu'un à l'entrée des Urgences qui dit, "toi tu passes, toi tu passes pas".

Hélène Braud insiste : "Tout le monde est pris en charge." Ensuite, les décisions pour admettre un patient en réanimation sont prises de manière collégiale.

Retrouvez le témoignage intégral d'Hélène Braud, anesthésiste-réanimatrice à Rouen, avec Coralie Moreau.

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