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Dossier : Coronavirus

Coronavirus : du confinement au système de soin saturé, 1000 morts en un mois d'épidémie dans le Grand Est

La région Grand Est est durement touchée par l'épidémie de Coronavirus. En un mois, il y a eu plus de 1.000 décès. Le pic de l'épidémie n'est pas atteint alors que le système de soin doit faire face à des malades toujours de plus en plus nombreux. 570 décès ont aussi été recensé dans les Ehpads.

Depuis un mois, la région Grand Est est touché de plein fouet par le coronavirus
Depuis un mois, la région Grand Est est touché de plein fouet par le coronavirus © Getty - Radoslav Zilinsky

Un mois après l’apparition des premiers cas de Coronavirus dans le Grand Est, la situation s’est emballée. La barre des 1.000 décès a été franchie ce mardi 31 mars dans le Grand Est. On comptabilise aussi 570 décès dans les Ehpads de la région. A Mulhouse, Strasbourg, Colmar, mais aussi à Metz et Nancy, les services de réanimation sont partout saturés et l’on cherche des solutions d’urgence pour évacuer les patients. Même en Champagne-Ardenne, à plus de 400 km de Mulhouse, on ressent la fameuse vague de l'épidémie de Covid-19. On cherche aussi à alerter. La situation rencontrée dans l'Est de la France sera sans doute la réalité du reste du pays d'ici une à deux semaines. L'Alsace reste le territoire le plus touché, un décès sur 7 lié à l'épidémie est survenu ici.

«Si on ne se mobilise pas fortement, dans quelques jours, ce sera Mulhouse ici»

Alors qu’elle répond depuis une demi-heure aux questions des journalistes via une conférence téléphonique, la directrice du CHR de Metz thionville, Marie Odile Saillard, s’interrompt : "Je viens d’apprendre le décès d’un de nos médecins. Nous en avons plusieurs en réa en ce moment ".

Longuement, ce lundi 30 mars, elle déroule les chiffres qui font le quotidien des hôpitaux de Moselle en ce début de semaine. Depuis le début de l’épidémie, le CHR de Metz Thionville comptabilise 58 morts, et la situation qui est compliquée depuis 10 jours ne va pas s’améliorer. Moins de 24 heures après, les 170 lits de réanimation du département de la Moselle sont occupés. Il n'y a plus de place pour les patients, et le maire de Metz lance un appel à l'aide. 

La Moselle avec 193 décès est le deuxième département de France le plus touché après le Haut-Rhin.

Cette saturation des hôpitaux de Moselle, est la même que celle ressentie quelques jours plus tôt du côté du CHRU de Nancy. La même aussi que celle qu’ont connu les hôpitaux alsaciens, à commencer par ceux de Colmar et Mulhouse. Et l'agence régionale de santé le rappelle : le pic de l'épidémie, n'est pas encore arrivé. Ce manque de lits, de masques, de respirateurs, de médicaments, de kits de trachéotomie, tout le Grand Est le ressent. Demain, dans une semaine ou deux, c’est l’ensemble du territoire qui sera touché. Il faut que le reste du pays soit préparé.

Ce moment où les chiffres ont basculé

Quand le premier cas de coronavirus est détecté le 26 février, personne n’a conscience de la vague qui va bientôt toucher le Haut-Rhin d’abord, le Grand Est ensuite, et finalement toute la France. Les communiqués de l’Agence Régionale de Santé comptent un à un les malades et tentent de préciser leurs parcours. 

Un mois plus tard, tout cela parait très loin. Seules les personnes qui sont hospitalisées ou en réanimation sont  désormais comptabilisées

Dans le Grand Est, ce 31 mars, 1015 personnes sont décédées à l’hôpital depuis le début de l’épidémie, dont plus d’un tiers dans le Haut-Rhin, 4.246 sont hospitalisées, dont 890 dans les services de réanimation. Il reste encore un peu de place dans les services : la région dispose de 1 150 lits, c’est trois fois plus qu’il y a un mois. Les capacités habituelles sont de 465 lits. Bientôt ce ne sera plus assez.

La flambée de la propagation est facilement identifiable. Elle fait suite au rassemblement religieux de Mulhouse Bourtzwiller. Après les premiers cas apparus fin février, ils seront des centaines à être signalés, en Alsace, mais aussi dans le reste de la France. Le confinement n’y changera rien. Une semaine après avoir bouclé le Haut-Rhin, c’est le reste de la France qui suit. 

Le 14 mars, on dénombre 24 décès dans le Grand Est, 10 fois plus 5 jours après.L'Alsace reste à ce jour le territoire le plus touché avec 591 morts au 31 mars. Cela représente un décès sur 7 en France en lien avec l'épidémie.

Le nombre d’hospitalisations, de personnes en réanimation ne cesse de grimper de manière exponentielle. Tous les trois jours, l'activité est doublée dans les hôpitaux alsaciens. Les moyens, eux, sont augmentés, mais n’arrivent pas à suivre le rythme. Ce qui arrive ici est en train de se diffuser aux départements voisins, puis au reste du territoire.

Le coup de gueule des soignants

Le coup de gueule de la directrice du CHR de Metz, n’est pas le premier du genre. De nombreux médecins dans le Nord Est de la France ont depuis le début du mois lancé des SOS. 

Le 2 mars, jour de rentrée scolaire dans le Grand-Est, il n’y avait “que” onze cas déclarés, selon l’agence régionale de santé, déjà des médecins alertaient sur un manque d’anticipation, notamment en matière d’équipements de sécurité. A Strasbourg, le généraliste Claude Bronner, président de la Fédération des médecins de France Grand Est, proteste) : "Les masques ? Il faut déjà en avoir et beaucoup de médecins n'en n'ont plus (...) On est obligé de bricoler”. 

Les hôpitaux alsaciens, à commencer par celui de Mulhouse et Colmar ont, par la voix de leurs chefs de services, tenté d’alerter le reste de la France. Patrick Vogt, médecin généraliste à Mulhouse, est de ceux-là. Début mars, il dénonce le décalage qui existe entre les chiffres de l'ARS et la réalité constatée sur le terrain.

A l’hôpital Emile Müller de Mulhouse, Marc Noizet, le chef des urgences, lui aussi, alerte sur la saturation. La vague de contamination qui découle du rassemblement de Bourtzwiller submerge en quelques jours le service des urgences. La décision de confinement est prise pour le Haut-Rhin, mais tout cela n’est qu’un début. Dans les départements mitoyens, à commencer par le Bas-Rhin qui sert de soupape de sécurité, les syndicats de soignants n'hésitent pas à parler de point de rupture qui, inexorablement, va arriver. 

C’est finalement la voix du président de la région Grand Est, Jean Rottner qui arriver à porter quand, mi-mars, il décrit la gravité de la situation : des hôpitaux en tension extrême. Son appel aboutit notamment à l'installation d'un hôpital de campagne sur le parvis de l'hôpital de Mulhouse, puis à la logique de transfert des malades. 

La prise de conscience est lente, alors que l’urgence de la contamination et la saturation des services sont déjà là. La Lorraine, la Champagne et la Franche-Comté toutes proches sont elles-aussi en apnée ou proche de l’être. Et des milliers de soignants de la région sont contaminés.

La course aux masques

Les masques sont devenus l’accessoire symbole de la pénurie d’équipements pour les personnels soignants dans les hôpitaux, les cabinets libéraux, les Ehpad, mais aussi plus largement pour tous ceux qui sont obligés de travailler, au contact avec le public.

Le 20 mars, le président de la région Grand Est, Jean Rottner, lance un appel aux dons à l’attention des entreprises qui disposent de masques chirurgicaux ou FFP2 pour qu’elles les cèdent aux soignants. Une semaine plus tard, plus d’un million d’exemplaires ont été récoltés, ce qui ne suffit pas à couvrir les besoins. Ce mardi, Jean Rottner annonce enfin sur Twitter que la commande de 5 millions de masques passée par la région est en cours d’acheminement, entre la Chine et l’aéroport de Vatry dans la Marne. 

Les masques ne sont pas tout. Sur France Inter, l’ancien urgentiste explique qu’il “nous manque aussi des blouses, des drogues pour endormir correctement les patients, des réactifs, des test…” et des respirateurs, ce qui entrave le déploiement de nouveaux lits de réanimation. “Ces sujets peuvent concerner toute la France si l’épidémie s’étend”.

Depuis le 6 mars, 7,5 millions de masques chirurgicaux ont été livrés à la région grand Est et 1,2 millions de masques FFP2.

Les Ehpad, ces décès que l'on veut éluder

Mardi 31 mars, l’ARS du Grand Est publie pour la première fois des chiffres spécifiques. Dans la région Grand Est, 411 des 620 Ephad de la région sont touchés : 66% des établissements ont connu au moins un cas de coronavirus et plus de 570 personnes sont décédées dans les structures, plus de la moitié dans le Haut-Rhin. "On ne peut certifier de façon précise que le Covid 19 est le responsable", explique -t-on du côté de l'ARS.

Décès par Ehpads dans le Grand Est au 31 mars 2020
Décès par Ehpads dans le Grand Est au 31 mars 2020 - Agence régionale de santé du Grand Est

Si aujourd'hui, l'ARS envisage la possibilité de tester rapidement l'ensemble des résidents des Ehpads de la grande région, les chiffres sont restés jusqu'ici dans la zone grise. Dans les Vosges, plusieurs Ephad recensent des décès suspects et de nombreux soignants sont potentiellement atteints. Mais très peu figurent dans les chiffres de l'ARS, faute d'avoir été testés.

Faute de dépistages systématiques, l’information reste  approximative. C’est pourquoi la ville de Nancy a décidé ce mardi qu’elle testerait les 234 résidents et intervenants de l'Ehpad Notre Maison, la maison de retraite gérée par le centre communal d'action sociale. Les personnes malades pourraient être traitées et isolées afin de ne pas contaminer les autres.

Un plan d'action pour renforcer la prévention auprès des personnes âgées est en oeuvre précise l'ARS (port des masques, astreinte médicale, renforcement des personnels et des besoins logistiques ...).

Les transferts de malades

Face à la saturation des services de réanimation des hôpitaux d’Alsace, puis de Lorraine, un plan inédit d’évacuation et de transferts de malades a vu le jour. Le 18 mars, un premier avion militaire quitte Mulhouse pour Marseille et Toulon, avec six patients à bord. Plusieurs suivront, direction Bordeaux notamment. L’armée de l’air française emmène également des patients par hélicoptère en Suisse et en Allemagne : cinq, rien que pour le weekend des 28-29 mars, depuis Mulhouse ou Metz. Trois rotations encore ce lundi, cette fois depuis Strasbourg.

L’armée allemande prend également le relais, avec, dimanche 29 mars, un premier transfert de deux Alsaciens vers Ulm. En date du 31 mars, 115 transferts transfrontaliers ont été réalisés : 7 vers le Luxembourg, 23 vers la Suisse et 85 vers l''Allemagne.

Autre dispositif spectaculaire, les TGV médicalisés : 56 patients en réanimation de Strasbourg, Mulhouse et Nancy, transférés les 25 et 29 mars pour être pris en charge dans des hôpitaux des Pays de Loire et de Nouvelle Aquitaine.

Le modèle d’organisation testé dans le Grand Est est appliqué ailleurs : cette semaine, ce sont une quarantaine de patients d’Ile-de-France qui embarqueront dans des TGV médicalisés pour soulager les hôpitaux de région parisienne. 

L’acceptation du confinement 

Encore une fois, le Haut-Rhin a pris les devants : dès le 6 mars, la préfecture et le gouvernement annoncent la fermeture de tous les établissements scolaires, l’interdiction des rassemblements de plus de 50 personnes en milieu clos et d’autres mesures qui préfigurent le confinement mis en place dans toute la France le 17 mars. 

Pour faire respecter le slogan “Restez chez vous”, des villes décrètent un couvre-feu. La première, dans le Grand Est, le 21 mars, c’est la capitale des Ardennes, Charleville-Mézières (de 22h à 6h), comme le relate France Bleu Champagne Ardenne dans son direct. Le maire Boris Ravignon avait constaté “la persistance de cas de non-respect des règles collectives de confinement”.  Dix jours plus tard,  selon la préfecture, 437 personnes ont été verbalisées sur 2.974 contrôlées et deux poursuivies pour mises en danger de la vie d'autrui (avec réitération). 

A Florange, en Moselle, le maire Rémy Dick fait un autre constat : son arrêté de couvre-feu a été invalidé par la préfecture de Moselle, pour des questions plutôt techniques, mais il a refait une demande : “Il faut maintenir la pression. Les gens, après deux semaines de confinement, ont tendance à se relâcher.”

Le pic épidémique

Depuis une dizaine de jours, on entend sans cesse parler de l'arrivée imminente du pic épidémique. Selon le directeur de l'ARS du Grand Est Christophe Lannelongue, il va falloir attendre encore deux semaines avant de constater une diminution des hospitalisations et des admissions en réanimation. Le pire n'est pas encore derrière nous.

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