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Dossier : Coronavirus : journal d'un médecin

Coronavirus - Journal d'un médecin : "Aujourd’hui, j’ai vécu l’horreur dans un Ehpad"

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Par , France Bleu, France Bleu Touraine

Le professeur Louis Bernard est infectiologue, chef du service des maladies infectieuses au CHU de Tours, ancien chef de clinique à Paris. Il livre tous les matins à France Bleu ses pensées sur la crise sanitaire due au coronavirus, à laquelle il est confronté dans son hôpital.

Dans l'Ehpad, vingt-six pensionnaires sur 93 ont été testés positifs au coronavirus.
Dans l'Ehpad, vingt-six pensionnaires sur 93 ont été testés positifs au coronavirus. © AFP - Julie Sebadelha / Hans Lucas

Louis Bernard est en première ligne dans la lutte contre l'épidémie de coronavirus. Infectiologue, chef du service des maladies infectieuses au CHU de Tours, ancien chef de clinique à Paris, il livre tous les matins au réveil son témoignage sur la crise sanitaire à laquelle il est confronté. Il revient sur des histoires individuelles*, réfléchit à la gestion de la crise, confie ses questionnements intimes. C'est son journal de bord, à retrouver tous les jours sur francebleu.fr.

La honte de notre système de santé, à 700 mètres de l'hôpital

"Il était temps. Le décret ministériel sur la nécessité d’intervenir en Ehpad est enfin sorti. Aujourd’hui, j’ai vécu l’horreur. La honte de notre système de santé. Après cette trop longue attente, nous pouvons officiellement nous occuper de nos anciens. Nous sommes partis vers un Ehpad situé à quelques centaines de mètres de l’hôpital. Nous : gériatres, spécialistes des soins palliatifs, infectiologues. Un Ehpad touché par le Covid-19. Un très bel ensemble, sous le soleil de printemps. Presque un air de vacances à l’approche du week-end de Pâques. 

Certains résidents n’ont même pas accès à l’eau, aux soins, faute de professionnels pour les accompagner

En un instant, alors que nous entrons dans le bâtiment devenu forteresse, une chape de plomb s’abat sur nous. À l’accueil, le directeur, épuisé. Blafard. À ses côtés un médecin, envoyé sur place en urgence, ne cache pas son désarroi face à la folie de la situation. Une infirmière nous explique son immense inquiétude. Notre enquête démarre. D’abord le bilan. Épouvantable. 93 résidents. Cinq morts. Vingt-six retraités positifs dont dix graves. Un tiers du personnel touché. Cinq des six unités de l’Ehpad sont infectées par ce coronavirus. La seule qui n’est pas concernée pour le moment héberge des hommes et femmes souffrant d’Alzheimer, grabataires pour la plupart. 

Dans cette atmosphère terrible, le silence est frappant. Lié d’abord au confinement général et strict. Un cri de temps en temps s’échappe d’une chambre à la porte close. 

Le personnel se révèle évidemment insuffisant. À bout après trois semaines d’une bataille insensée. Certains résidents n’ont même pas accès à l’eau, aux soins. Faute de professionnels pour les accompagner. 

Ici, le drame se joue depuis trois semaines dans une indifférence collective totale

J’appelle les services de l’Etat pour expliquer et demander de l’aide. Réponse : 'oui oui, nous sommes au courant, nous allons prendre des mesures'. Quand ? Où est la réserve sanitaire ? Pourquoi aucune prévention, aucune réaction ?

Cela fait deux mois que l’on voit arriver cette vague mortelle. Ici, dans cet Ehpad, le drame se joue depuis trois semaines. À 700 mètres de l’hôpital. En pleine ville. Dans une indifférence collective totale. Sur la route du retour, je repense à ces drones qui repèrent ceux qui trichent avec le confinement. Ces drones ne voient pas nos ainés qui tendent leur solitude oubliée vers un verre d’eau. Honte à nous."

* Les prénoms sont systématiquement modifiés.

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