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Dossier : Coronavirus : journal d'un médecin

Coronavirus - Journal d'un médecin : "Honorine, 88 ans, vit dans sa dernière maison"

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Par , France Bleu, France Bleu Touraine

Le professeur Louis Bernard est infectiologue, chef du service des maladies infectieuses au CHU de Tours, ancien chef de clinique à Paris. Il livre tous les matins à France Bleu ses pensées sur la crise sanitaire due au coronavirus, à laquelle il est confronté dans son hôpital.

Dans un Ehpad durant l’épidémie de Covid-19 (photo d'illustration).
Dans un Ehpad durant l’épidémie de Covid-19 (photo d'illustration). © Maxppp - Sébastien Botella

Louis Bernard est en première ligne dans la lutte contre l'épidémie de coronavirus. Infectiologue, chef du service des maladies infectieuses au CHU de Tours, ancien chef de clinique à Paris, il livre tous les matins au réveil son témoignage sur la crise sanitaire à laquelle il est confronté. Il revient sur des histoires individuelles*, réfléchit à la gestion de la crise, confie ses questionnements intimes. C'est son journal de bord, à retrouver tous les jours sur francebleu.fr.

Pendant que la maison brûle, d’autres regardent ailleurs

Honorine, 88 ans, vit dans sa dernière maison. Un ultime espace de fin de vie. Voilà trois ans qu’Honorine habite ici. Un EHPAD. Ses voisines de chambre sont comme elle : une toux tenace les inquiète. Jour et nuit Honorine épie les bruits du couloir. Elle a compris que son transfert à l’hôpital est probable.

Marie-Ange, aide-soignante, connaît évidemment chacune des résidentes, des habitantes, de ce bâtiment en quarantaine. Depuis six heures ce matin elle n’a pas eu une seconde pour sourire et rassurer. Cette journée compliquée s’ajoute aux semaines surchargées. De plus, tout à l’heure, Louise, l’infirmière, a téléphoné pour dire avec tristesse qu’elle est au lit. Clouée par le Covid. Ce sous-effectif chronique est exacerbé depuis quelques jours. Trop c’est trop. Le directeur de l’EHPAD ne ment pas au personnel et aux familles : oui, la situation est vraiment compliquée.

Nous avons demandé, exigé, un dépistage massif, un renforcement des équipes. En vain.

Nous avons demandé, exigé, un dépistage massif, un renforcement des équipes. En vain, toujours le silence en guise de réponse. Hier, le directeur général de la santé a pourtant été clair : dépistage massif pour le personnel et les résidents, porteurs positifs ou non, envoi de renforts.

Comme si la catastrophe qui a frappé les départements de l’Est allait bien sûr, tel le nuage de Tchernobyl, nous éviter.

Ici, Trois mois après les premières alertes, le listing des EHPAD et du nombre de résidents vient tout juste d’être établi. Bel effort. Comme si la catastrophe qui a frappé les départements de l’Est allait bien sûr, tel le nuage de Tchernobyl, nous éviter. La logique de soins, la logique médicale, scientifique et humaine, ne sont pas partagées. Nous sommes encore sous la coupe de la direction des petits chefs refusant de partager le bon sens local. Une autorité décalée, autoritaire, inadaptée. Image parfaite d’un système administratif poussiéreux. Hors du temps.

Ce déracinement ne peut que l’affoler.

Honorine quitte donc le dernier lieu qui lui reste. Elle en connaît l’ambiance, les odeurs, les couleurs. Ce déracinement ne peut que l’affoler. Ses repères vont être dangereusement perturbés. Cette femme est contagieuse. Sur le chemin de l’hôpital, elle pourrait contaminer d’autres personnels. Que de temps perdu. L’administration reste inébranlable face à ce tsunami qui nous guette. Tout est compilé en tableaux aux lignes multicolores parfaitement classées. Les jolies cases bien remplies.

Mais l’urgence n’est pas là. L’urgence, c’est la peur mortelle d’Honorine, la fatigue dépassée de Marie-Ange, l’angoisse saturée d’un directeur d’EHPAD attendant les renforts pour faire face aux nouveaux assauts du Covid. Pendant que la maison brûle, d’autres regardent ailleurs.

* Les prénoms sont systématiquement modifiés.

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