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Dossier : Coronavirus : journal d'un médecin

Coronavirus - Journal d'un médecin : "J’ai hurlé que face à un incendie, on doit appeler les pompiers"

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Par , France Bleu, France Bleu Touraine

Le professeur Louis Bernard est infectiologue, chef du service des maladies infectieuses au CHU de Tours, ancien chef de clinique à Paris. Il livre tous les matins à France Bleu ses pensées sur la crise sanitaire due au coronavirus, à laquelle il est confronté dans son hôpital.

Une infirmière s'occupe d'une patiente âgée malade du Covid-19 dans sa chambre (photo d'illustration).
Une infirmière s'occupe d'une patiente âgée malade du Covid-19 dans sa chambre (photo d'illustration). © Maxppp - Guillaume BONNEFONT

Louis Bernard est en première ligne dans la lutte contre l'épidémie de coronavirus. Infectiologue, chef du service des maladies infectieuses au CHU de Tours, ancien chef de clinique à Paris, il livre tous les matins au réveil son témoignage sur la crise sanitaire à laquelle il est confronté. Il revient sur des histoires individuelles*, réfléchit à la gestion de la crise, confie ses questionnements intimes. C'est son journal de bord, à retrouver tous les jours sur francebleu.fr.

Nous devons absolument éviter que le loup Covid-19 ne rentre dans la bergerie : les EHPAD

"Nous sommes dans une situation paradoxale. D’un côté, la situation est stable dans le service. Les patients sont sous oxygène. L’équipe, courageuse, efficace, est au complet. D’un autre côté s’active un grand pouvoir de nuisance. J’ai interpellé l’Agence Régionale de Santé. Les réponses ne sont pas acceptables. Il faut respecter les procédures me dit-on. C’est invraisemblable. 

En temps de guerre, nous devons nous affranchir d’une partie de ces fameuses procédures, totalement anachroniques. Elles étouffent le bon sens et donc l’efficacité. J’ai expliqué, ré expliqué, écrit, à toutes les tutelles. Je m’épuise à convaincre que nous devons absolument éviter que le loup Covid-19 ne rentre dans la bergerie. En l’occurrence dans les EHPAD. 

Les agneaux sont fragiles, évidemment ils ne courent plus, ne se défendent plus. J’ai hurlé que face à un incendie, on doit appeler les pompiers. Pour renforcer nos soins et surtout faire preuve d’humanité. Avant de rechercher qui est porteur du virus, nous devons soigner. C’est la première urgence. Absolue. 

Encore une procédure

Elle nous impose des renforts, des soignants envoyés en masse dans les EHPAD. La réponse laconique de l’ARS installée à Orléans, à une centaine de kilomètres de Tours : nous allons évaluer la situation. Faites nous l’inévitable « retex ». Le retour d’expérience. Encore une procédure. 

Qui sont-ils pour juger notre travail, notre compétence ? Nous sommes quatre médecins, de spécialités différentes et complémentaires qui alertent avec précision et se voient opposer la sempiternelle procédure.

Par ailleurs, dans les EHPAD non touchés jusqu’ici, je demande des tests pour tous les personnels. Il s’agit d’éviter tout risque d’épidémie mortelle dans ces établissements à la fragilité affolante. L’ARS se retranche une fois encore derrière la procédure. 

C’est un peu comme si on laissait les casernes de pompiers vides en pleine période d’incendies

C’est d’autant plus incroyable que d’autres régions ont mis en place ce que nous proposons. Pourquoi cette incompréhension ? Pourquoi cette absence de réactions immédiates ? Nous avons pourtant les personnels, disponibles mais certains sont en télétravail ou au chômage partiel ! C’est un peu comme si on laissait les casernes de pompiers vides en pleine période d’incendies. 

C’est terrible. Nos anciens, nos parents, nos grands-parents, sont en danger de mort. Je refuse la procédure. La canicule d’août 2003 et ses trop nombreux morts dans les rangs des personnes âgées, notamment le week-end du 15 août, semble effacée de notre mémoire. Pourvu que ce week-end de Pâques ne tourne pas à la catastrophe. Cette pandémie de 2020 laissera des traces. Il y aura un avant et un après."

* Les prénoms sont systématiquement modifiés.

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