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Dossier : Coronavirus : journal d'un médecin

Coronavirus - Journal d'un médecin : "Madame G s’est éteinte, seule... fichues normes"

Le professeur Louis Bernard est infectiologue, chef du service des maladies infectieuses au CHU de Tours, ancien chef de clinique à Paris. Il livre tous les matins à France Bleu ses pensées sur la crise sanitaire due au coronavirus, à laquelle il est confronté dans son hôpital.

Des soins prodigués à l'hôpital de Tours (illustration).
Des soins prodigués à l'hôpital de Tours (illustration). © AFP - GUILLAUME SOUVANT

Louis Bernard est en première ligne dans la lutte contre l'épidémie de coronavirus. Infectiologue, chef du service des maladies infectieuses au CHU de Tours, ancien chef de clinique à Paris, il livre tous les matins au réveil son témoignage sur la crise sanitaire à laquelle il est confronté. Il revient sur des histoires individuelles*, réfléchit à la gestion de la crise, confie ses questionnements intimes. C'est son journal de bord, à retrouver tous les jours sur francebleu.fr.

Madame G et les larmes d'incompréhension de Sylvie

"Madame G est décédée, elle s’est battue, elle a lutté jus qu’au bout de la nuit, telle la chèvre de Monsieur Seguin face au loup. Dix jours que le combat durait. Sylvie, aide-soignante est en pleurs. Des larmes de tristesse autant que d’incompréhension. 

Madame G s’est éteinte. Seule. Derrière des portes fermées. Avec un masque d’oxygène sur le visage. Visage à peine visible. Impossible d’y lire la moindre expression. La famille a eu interdiction de l’accompagner. De partager cet ultime voyage. Quoi de plus injuste. Pour cette femme, pour sa famille. 

Tout de suite, elle m’a dit : "Je ne veux pas mourir, mon heure n’est pas venue"

Que répondre à Sylvie ? Son acharnement au travail bafoué par cette colère muette face aux normes et aux règles. Pourquoi la famille ne peut-elle pas rentrer, tenir la main jusqu’au dernier souffle ? Les normes. Ces fichues normes. Nous pouvions équiper la famille, l’habiller, la protéger de l’épidémie. Où était le problème ? Je me souviens bien de Madame G. Je l’ai accueillie, auscultée lors de son hospitalisation. Elle était essoufflée. Tout de suite, elle m’a dit : "Je ne veux pas mourir, mon heure n’est pas venue, je dois vivre encore".

Nous sommes restés impuissants contre cette araignée qui a tissé inexorablement sa toile, dans les deux poumons. Chaque fil emprisonnant un peu plus les alvéoles rendant peu à peu l’arrivée d’air, de vie, compliquée puis dramatique.

Une mise en bière immédiate, selon les normes

Madame G s’est éteinte. Son corps a été mis dans un sac. Hermétique. Selon les normes. Une mise en bière immédiate. Selon les normes. 

Je n’ai pas pu rassurer Sylvie, même si je sais que les normes vont changer, suite à nos différentes demandes. Il est trop tard pour Madame G."

* Les prénoms des malades et des soignants sont systématiquement modifiés.

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