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Dossier : Coronavirus Covid-19

Coronavirus : les laboratoires dépassés par la stratégie des tests massifs

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Par , , France Bleu

La France a musclé sa capacité de tests du coronavirus à plus d'un million effectués par semaine. Conséquence, les laboratoires n'arrivent plus à suivre la cadence et le délai d'obtention des résultats peut dépasser une semaine dans certes zones, mettant à mal la stratégie gouvernementale.

es délais pour se faire tester et obtenir les résultats sont de plus en plus longs dans de nombreuses régions en France.
es délais pour se faire tester et obtenir les résultats sont de plus en plus longs dans de nombreuses régions en France. © Maxppp - GUILLAUME HORCAJUELO

Le gouvernement s'en est vanté. Depuis quelques jours, il a réussi à augmenter la capacité de tests du coronavirus, atteignant plus d'un million de dépistages effectués par semaine. C'est sur ce principe que s'appuie la stratégie de la France pour lutter contre une flambée de l'épidémie de Covid-19 : tester rapidement et isoler.

Mais c'est également ce qui lui nuit. Depuis le 25 juillet dernier, la possibilité de pouvoir effectuer un test virologique (PCR) sans ordonnance et sans symptôme, tout en étant remboursé par la Sécu a tout chamboulé. Laboratoires d'analyses débordés, allongement des délais d'obtention d'un rendez-vous et des résultats, baisse drastique des stocks de réactifs (le produit qui permet de faire l'analyse), etc. De nombreuses voix s'élèvent, parmi les épidémiologistes, les biologistes ou les médecins, pour dénoncer un effet d'annonce lié à la quantité en totale contradiction avec le but cherché. 

Olivier Véran, ministre de la Santé, l'affirmait ce mardi dans la matinale de France Inter : "80% des résultats sont rendus en moins de 36 heures", mais dans de nombreuses grandes villes où le virus circule activement, le délai peut s'étendre à sept jours. 

Des délais qui s'allongent

Le ministre l'a annoncé, "l'accès aux tests sera renforcé d'ici deux à trois semaines". En attendant, ce peut être le parcours du combattant pour obtenir un rendez-vous et surtout avoir ses résultats rapidement. Dans les zones densément peuplées, il faut en moyenne 3,5 jours pour pouvoir se faire tester. 

C'est notamment le cas de Laurent, un Toulousain qui a dû faire des dizaines de kilomètres, pour se faire tester dans un laboratoire de Saint-Alban, au nord de la Ville rose. "Je suis venu ici car je n'ai pas réussi à m'inscrire sur Doctolib", dit celui qui a préféré faire le trajet (une heure aller-retour), plutôt que de devoir attendre trois jours pour avoir un rendez-vous, puis trois jours à nouveau pour obtenir ses résultats. 

Ce que confirme la standardiste du laboratoire qui croule sous les appels : "Il y en a qui ne sont pas très contents, ils vont voir dans tous les laboratoires, certains font même des tests dans tous les laboratoires pour avoir le résultat le plus rapidement possible".

A Nîmes, Claudie n'a trouvé aucun laboratoire pour se dépister, alors qu'elle présentait des symptômes de la maladie. Elle a du se rabattre sur le seul laboratoire qui accueille des patients sans rendez-vous : "Moi qui suis malade et qui ai besoin de faire un test, c'est impossible d'avoir un rendez-vous. Je ne suis pas prioritaire et je dois faire la queue au milieu de tout le monde."

"Pas une stratégie gagnante"

Un embouteillage que fustige Lionel Barrand, président du syndicat national des jeunes biologistes médicaux (SJBM) : "Nous sommes complètement embolisés. De 300.000 tests par semaine fin juillet, nous sommes passés à plus d'un million aujourd'hui. Nous sommes aux limites de nos capacités. Le gouvernement veut juste faire du chiffre pour faire du chiffre. Ce n'est pas une stratégie gagnante". 

Pour le biologiste, le message du gouvernement est "brouillé". En voulant augmenter les capacités de tests, et notamment à cause des campagnes de dépistage massives organisées par les agences régionales de santé, l'État a mis les équipes de biologistes "sur les rotules". 

"Ça a tapé dans nos stocks de réactifs, cela nous a aussi demandé de nous ré-équiper en machines, etc. Les personnels sont stressés, fatigués physiquement et psychologiquement. Des patients peuvent être violents : un biologiste a été agressé à Lyon", poursuit le président du SJBM, qui constate également de grandes difficultés à recruter alors que les besoins en ressources humaines sont importants.  

"Mieux cibler et mieux communiquer"

Pour Lionel Barrand, la solution est de "mieux cibler et de mieux communiquer". Il souhaite la fin des grandes campagnes de dépistage pour se concentrer sur les personnes prioritaires, "les cas contacts, ceux qui reviennent de pays étrangers, les personnes les plus sensibles". Le biologiste, comme nombre de ses collègues, pointe du doigt ces personnes qui se font tester "juste pour voir", "qui viennent toutes les semaines sans avoir vécu de situation à risque ou le lendemain d'une soirée". 

Pour lui, la solution serait également de proposer des prélèvements hors laboratoire, uniquement dans les zones tendues. 

Faire le tri 

Même point de vue chez Martin Blachier, médecin épidémiologiste, spécialiste en santé publique. "On teste trop de gens. 70% des personnes qui se font dépister pensent qu'ils ont été en contact avec le virus mais ce sont des tests de commodité, ça n'a aucun sens. Seulement 5% sont vraiment à risque. Il faut le faire le tri en mettant en place un interrogatoire", réclame-t-il. 

L'épidémiologiste rappelle les critères qui permettent de savoir si quelqu'un est vraiment à risque. Il faut que le contact se soit passé en intérieur, non masqué, dans une petite pièce et pendant un minimum de temps. 

Martin Blachier critique la stratégie gouvernementale en la matière, qui "n'en est pas une" selon lui. "Les résultats des tests arrivent trop tard, c'est une absence de stratégie". Interrogé sur le possible déploiement des tests salivaires dans les prochaines semaines, il répond : "C'est bien mais avant que ces tests ne soient disponibles, il faut une vraie doctrine. Va-t-on tester 67 millions de Français tous les jours ? Non". 

Priorité aux symptomatiques

Du côté des médecins généralistes, le constat est identique. Le docteur Jacques Battistoni, président de MG France, le premier syndicat des généralistes du pays, le rappelle : "Dès cet été nous avons alerté qu'il y avait trop monde qui se faisait dépister, que les délais devenaient insupportables. Ce qui contraint nos patients symptomatiques à devoir faire la queue, ce n'est pas possible. Nous demandons la mise en place d'un système coupe-file pour eux, pour que ce soit plus rapide, et donc plus efficace".

Le médecin demande lui aussi une clarification de la stratégie de Santé publique France : "Elle est peu organisée, elle propose juste de l'offre. Elle permet donc de tester des personnes plusieurs fois, sans réelles raisons". 

Olivier Véran demande une priorisation

Face à cette situation, le ministre de la Santé a annoncé ce lundi avoir demandé à ce qu'il y ait "une priorisation" dans les tests de dépistage du coronavirus. "Une personne qui est symptomatique, qui est 'cas contact' doit être testée dans l'urgence. C'est inconcevable qu'il en soit autrement. Il est hors de question qu'elle se fasse refouler d'un labo parce qu'il n'y a pas de place. Là-dessus nous allons encore travailler" a souligné Olivier Véran.

Olivier Véran a également annoncé ce lundi des tests plus rapides, dits "antigéniques". Ils vont commencer à être proposés à partir de cette semaine en Île-de-France. Ce type de dépistage, qui se fait également à partir de prélèvements dans la narine à l'aide d'un écouvillon, permet d'obtenir les résultats en quinze ou vingt minutes. 

Autre situation qui préoccupe les professionnels, l'arrivée prochaine des maladies saisonnières, telle la grippe. Lionel Barrand s'inquiète d'une" psychose" cet hiver, "à la moindre personne qui va avoir le nez qui coule, on va lui demander de se faire tester". Il recommande activement de vacciner le plus grand monde contre la grippe, pour éviter d'engorger les hôpitaux et les laboratoires. "Il ne faudrait pas qu'on ait autant de cas graves que l'an dernier", conclut-il.

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