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Dossier : Coronavirus Covid-19

Coronavirus : pourquoi les soignants sont-ils divisés sur la vaccination ?

- Mis à jour le -
Par , France Bleu

Prioritaires pour la vaccination contre la Covid-19, un tiers des soignants ont aujourd'hui franchi le pas. Trop peu pour l'exécutif. Comment expliquer ces réticences ? La vaccination obligatoire des personnels de santé est-elle envisageable ? France Bleu fait le point.

Le vaccin AstraZeneca n'est pas assez "efficace" pour "une population aussi exposée que les soignants" a estimé un syndicat d'infirmiers le 5 mars 2021 (illustration).
Le vaccin AstraZeneca n'est pas assez "efficace" pour "une population aussi exposée que les soignants" a estimé un syndicat d'infirmiers le 5 mars 2021 (illustration). © Maxppp - PHOTOPQR/L'EST REPUBLICAIN/Alexandre MARCHI

"Si vous n’êtes pas encore vaccinés, faites le rapidement", a écrit aux soignants ce vendredi le ministre de la Santé, Olivier Véran. "Il en va de la sécurité collective et de la capacité de notre système de santé à tenir." Alors que les médecins, infirmier.e.s, sages-femmes, aides-soignant.e.s, aides à domicile sont prioritaires, un tiers seulement de ces professionnels est aujourd'hui vacciné a déploré l'exécutif jeudi, lors de la conférence de presse hebdomadaire consacrée à la situation sanitaire. "Si (l'incitation) ne suffisait pas, alors nous pourrions envisager une saisine du Conseil consultatif national d'éthique qui serait fondé à nous dire s'il faut aller au-delà", a prévenu Olivier Véran, laissant entendre que la vaccination pourrait devenir obligatoire, comme le réclament certains médecins.

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Pourquoi ces réticences ?

Dans les maisons de retraite (Ehpad) et les unités de soins de longue durée (USLD), moins de 200.000 professionnels ont reçu au moins une dose de sérum, soit 42% des effectifs. Plus largement, environ 30% de soignants ont été vaccinés à ce jour selon les estimations du ministère de la Santé.

"Je ne vois pas l'intérêt de me faire vacciner, témoigne une infirmière âgée d'une quarantaine d'années sur France Bleu Loire Océan. Je ne fais pas partie des personnes prioritaires, je n'ai pas de comorbidités. Pour protéger les autres, dans mon travail, je porte un masque et je me lave les mains." Pour cette soignante qui souhaite rester anonyme, "il y a beaucoup d'informations qui ne sont pas claires pour le moment, on parle des enfants qui peuvent transmettre [le virus], puis des enfants qui ne le transmettent pas... C'est trop frais" et il est encore trop tôt pour avoir du recul sur les vaccins juge cette professionnelle, qui dit s'être pliée sans problèmes à la vaccination obligatoire contre l'hépatite B. 

AstraZeneca, "moins efficace pour les soignants" ?

Pour Thierry Amouroux, porte-parole du syndicat national des personnels infirmiers (SNPI), "le problème est lié au vaccin, pas du tout à la vaccination en général. Les soignants sont méfiants par rapport à AstraZeneca", a-t-il expliqué vendredi sur franceinfo. "Cette communication est totalement délétère : on a l'impression que les héros d'hier sont devenus des monstres et on ne veut pas servir de bouc émissaire à un gouvernement incapable de gérer les masques, les tests et aujourd'hui, la vaccination. AstraZeneca, soyons clairs, c'est un vaccin correct pour l'ensemble de la population générale. Mais par contre, pour une population aussi exposée que les soignants, c'est parmi les trois vaccins autorisés le moins efficace. Donc, c'est un peu comme le port du masque, si vous voulez : le port du masque chirurgical, il est très bien partout pour tout le monde. Mais en situation de soin, un soignant a besoin d'un masque FFP2. Là, c'est la même chose."

Selon le porte-parole du syndicat national des personnels infirmiers (SNPI), "il faut bien comprendre qu’en janvier, les soignants de plus de 50 ans avaient accès au Pfizer et ce mois-là, les trois quarts des vaccinations étaient faites sur les soignants et simplement un quart sur les patients. Puis, est arrivé AstraZeneca et on a dit : "Quel que soit votre âge, les soignants, vous n’avez plus qu’AstraZeneca".

"Ce que je trouve terrible dans cette polémique, c'est que ça laisse penser aux Français qu'ils vont se contaminer s'ils vont à l'hôpital" regrette Thierry Amouroux. "Pourquoi il y a eu autant de contaminations à l’hôpital ? Lors de la première vague, lorsqu’on n'avait pas assez de masques, pas assez de gants, qu’on avait un sac poubelle sur le dos, oui, il y a eu des contaminations. Et puis, au mois d'octobre, lorsque les hôpitaux ont dit aux soignants qui étaient positifs à la PCR : "Venez travailler quand même, vous n'aurez pas les 7 jours d’évitement", oui, il y a eu des contaminations et c’était ignoble de la part des directions et là, ça n’a pas fait de polémique."

L'efficacité de ce vaccin pour contrer le variant sud-africain du coronavirus est en outre remise en cause par une partie des experts. "Comment voulez-vous expliquer aux soignants de Moselle, par exemple, où le variant sud-africain est majoritaire à plus de 50% qu’on va leur donner de l’AstraZeneca qui a été arrêté en Afrique du Sud parce qu’il n’était efficace que sur 22% des cas ?" souligne le porte-parole du syndicat national des personnels infirmiers (SNPI).

Effets secondaires

Autre raison invoquée pour expliquer les réticences d'une partie des professionnels de santé : les effets secondaires du vaccin AstraZeneca. Selon l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM), le 11 février, 149 soignants avaient développé des "syndromes grippaux de forte intensité" (fièvre élevée, courbatures, céphalées) après avoir reçu ce sérum. Ce qui représentait 1,49% des personnes ayant reçu la première injection au 10 février. La grande majorité des personnes touchées sont des jeunes soignants.

Dans certains hôpitaux, comme à Saint-Lô (Manche), la vaccination a même été provisoirement suspendue, une dizaine de personnes ayant développé des "symptômes de type fièvre et nausées". Plusieurs membres d'un même service avaient été vaccinés le même jour, mettant en difficulté la bonne organisation département de santé. 

Des raisons structurelles

Selon les métiers, la vaccination est plus ou moins acceptée, à en croire une étude  menée par des membres du Groupe d’étude sur le risque d’exposition des soignants aux agents infectieux (GERES), de l’École des hautes études en santé publique (EHESP) et de l’université Jean-Monnet de Saint-Étienne entre le 18 décembre 2020 et le 1er février 2021 auprès de 9.580 personnes. 

Entre 20% et 44% des aides-soignants et agents hospitaliers ont ainsi déclaré être favorables à la vaccination, contre 72% à 89% des personnels médicaux. Dans le détail, 82,4 % des médecins, 47,1 % des infirmiers, 30,5 % des aides-soignants et 67,4 % des sages-femmes, disent avoir l'intention de se faire vacciner.

Age, niveau d'études, intérêt plus vif pour les médecines alternatives, confiance limitée dans les autorités... plusieurs hypothèses sont évoquées pour expliquer ces réticences.

Rendre la vaccination obligatoire ?

Quoiqu'il en soit, "on ne peut plus accepter que des personnels refusent la vaccination", a estimé le Pr François Chast mardi sur France Inter. Pour cet ancien chef de la pharmacie de l'hôpital Necker (Paris), la piqûre "fait partie des bonnes pratiques", au même titre que "le port de la charlotte, du masque ou de la blouse pendant les soins". Sachant que l'injection est potentiellement efficace pour limiter les contaminations, "si cette prévention n'est pas faite, elle devient une faute professionnelle", a-t-il asséné. 

Le risque d'infection nosocomiale est en effet significatif : près de 27.000 patients ont attrapé le coronavirus à l'hôpital entre le 1er janvier 2020 et le 14 février 2021, selon Santé publique France, qui recense "186 décès liés".

Pour l'association de défense des patients Le Lien, spécialiste de ce type d'infections, "le refus vaccinal Covid-19 par des professionnels du soin relève d'un manquement à l'éthique et à leur obligation déontologique, qui est de ne pas exposer autrui à un risque qui peut être évité", indique-t-elle dans un communiqué ce vendredi. Elle demande elle aussi que la vaccination des personnels soignants soit "rendue obligatoire". Elle juge "inacceptable" la couverture vaccinale insuffisante des soignants.

Invité de franceinfo lundi, le Pr Gilles Pialoux s'est également prononcé pour la vaccination obligatoire, rappelant que ce ne serait  pas une "première" pour les personnels des hôpitaux et des Ehpad, déjà tenus d'être immunisés contre la diphtérie, le tétanos, la poliomyélite et l'hépatite B. Pour le chef du service d'infectiologie de l'hôpital Tenon (Paris), la contrainte permettrait de surmonter "une défiance qui est celle d'une partie de la société", plus forte parmi "les personnels non médicaux, qui sont aussi plus jeunes". Dans son établissement, 40% des médecins ont été vaccinés, contre seulement 20% des paramédicaux.

Le président de la Fédération nationale des infirmiers (FNI) juge lui aussi qu'il ne serait "pas anormal d'inscrire le Covid à la liste des vaccins obligatoires" pour les soignants, au moins pendant la durée de l'épidémie.  

Mais l'idée ne fait pas l'unanimité. Ce serait "un obstacle de plus" pour recruter et pourrait "faire fuir" des personnels "qu'on n'a aucun moyen de retenir, avec leurs salaires ridicules" estime Renaud Péquignot, président de la commission médicale des Hôpitaux de Saint-Maurice (Val-de-Marne). Certains "ont peur du vaccin à cause de la 5G de Bill Gates, ça n'a aucun sens mais c'est leur choix", a-t-il souligné auprès de l'AFP. Ces réfractaires "qui ne voudront jamais, on va faire quoi ? On va se passer de leurs services ?" 

L'idée ne fait pas non plus recette chez les médecins libéraux. "Je n'aime pas les obligations", a indiqué Jean-Paul Ortiz, président de la CSMF, premier syndicat de la profession, considérant que la vaccination "est plutôt de l'ordre de l'éthique et de l'engagement professionnel".  

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