Retour
Provence-Alpes-Côte d'Azur Corse Auvergne-Rhône-Alpes Grand Est Bourgogne-Franche-Comté Occitanie Nouvelle-Aquitaine Centre-Val de Loire Île-de-France Hauts-de-France Normandie Pays de la Loire Bretagne
  • Toute la France
  • Auvergne-Rhône-Alpes
  • Bourgogne Franche-Comté
  • Bretagne
  • Centre-Val de Loire
  • Corse
  • Grand Est
  • Hauts-de-France
  • Île-de-France
  • Normandie
  • Nouvelle-Aquitaine
  • Occitanie
  • Pays de la Loire
  • Provence-Alpes-Côte d'Azur
Changer de région
Centre-Val de Loire
Changer de région
Corse
Changer de région
Hauts-de-France
Changer de région
Normandie
Retour
Dossier : Coronavirus Covid-19

Coronavirus : quand une société surfe sur un test français en réalité très chinois

- Mis à jour le -
Par , , France Bleu Armorique, France Bleu Breizh Izel, France Bleu
Guipry, France

Depuis la fin mars, NG Biotech, une PME bretonne, collectionne commandes et aides publiques ainsi que les articles de presse pour avoir "mis au point" le premier test rapide français du Covid 19. Des documents montrent pourtant que l’essentiel du "NG Test" est acheté à un sous-traitant chinois.

Milovan STANKOV, fondateur de NG Biotech,  et son fils Milovan STANKOV-PUGES, PDG de la société, dans leurs locaux de Guipry-Messac, le 15 Juin 2020.
Milovan STANKOV, fondateur de NG Biotech, et son fils Milovan STANKOV-PUGES, PDG de la société, dans leurs locaux de Guipry-Messac, le 15 Juin 2020. © Maxppp - Vincent Michel

Le 5 juin 2020 est un jour de consécration pour les dirigeants de NG Biotech. Frédérique Vidal débarque à Guipry-Messac, dans la banlieue de Rennes où l’entreprise est installée depuis sa création, en 2012. La ministre de l’Enseignement supérieur, de la recherche et de l’innovation vient confirmer une commande de 1,5 millions de tests sérologiques de détection du Covid 19. Le montant du marché, tenu secret par la direction générale de la Santé, se situerait aux alentours de 15 millions d’euros d’après les informations de la cellule investigation de Radio France. Un gros contrat pour cette PME de 30 salariés qui envisage de passer à 100 et qui vient de faire sortir une usine de terre en cinq semaines.

"Je pense que c'est très important dans des conditions particulières que l'on puisse connaître le statut sérologique des gens, explique Frédérique Vidal devant les dirigeants de l’entreprise, tout sourire. Cela donne une prévisibilité sur la production. La société NG Biotech a pris son risque, elle a investi. Il est normal que l'Etat soit à ses côtés." La puissance publique a effectivement bien accompagné cette société. Dès le 31 mars, la direction générale de l’armement lui notifiait un premier marché d’un million d’euros, accompagné d’une aide au développement d’un second type de kit de test (contactée, la DGA n’a pas répondu à nos questions).

La Région Bretagne lui a également commandé pour un million d’euros de tests, et accordé une aide, sous forme d’avance remboursable de 250 000 euros, tandis que mi-mai, l’APHP confirmait de son côté l’achat de 100.000 tests, après d’autres commandes du département d’Ille-et-Vilaine et du CHU de Rennes.

"Le premier test développé, fabriqué et validé cliniquement en France"

Le marché des tests sérologiques rapides est très prometteur, mais aussi très concurrentiel. Depuis la fin mai, plus de 70 "biotechs" ont fait valider leur test par le centre national de référence (CNR), sésame qui autorise leur remboursement. Difficile d’émerger dans ce contexte. Mais NG Biotech a bénéficié de deux atouts. D’abord, son test est sorti très tôt, dès la fin mars. Ensuite, il est "le premier développé, fabriqué et validé cliniquement en France" comme l’annonce le premier communiqué de presse envoyé par la PME le 31 mars. 

Dans les semaines qui suivent, NG Biotech bénéficie d’une couverture médias exceptionnelle pour une entreprise de cette taille (Ici, ici, ou ), la société est qualifiée de "pépite" et son jeune PDG, Milovan Stankov Pugès, intronisé "chasseur de coronavirus". Le Point relate que ce test sérologique est "dérivé d'un test de grossesse et d'un test d'antibiorésistance, commercialisé par NG Biotech dans 70 pays". Le PDG de la société explique qu’il "a été mis au point en un temps record".

Extrait d’un communiqué publié par la société NG Biotech le 31 mars 2020
Extrait d’un communiqué publié par la société NG Biotech le 31 mars 2020 - Extrait communiqué NG Biotech

Le label, "made in France", semble avoir été décisif dans le choix de NG Biotech par l’Etat pour la commande de 1,5 millions de tests annoncée par Frédérique Vidal. La direction générale de la Santé (DGS) l’a confirmé à la cellule investigation : "Cette période a montré la nécessité de disposer d’une filière de production nationale sur ce type de produits, explique-t-on à la DGS. C’était un engagement du gouvernement. Le choix de NG Biotech a été largement guidé par le fait que leur production est réalisée intégralement en France, sur un marché où la plupart des tests viennent d’Asie." Un membre du cabinet de Frédérique Vidal se souvient également que "l’un des points saillants de cette opération, c’était de commander français".

Le test rapide Covid 19 de NG Biotech
Le test rapide Covid 19 de NG Biotech © Maxppp - PHOTOPQR/LE TELEGRAMME/MAXPPP

Un fournisseur chinois qui commercialise également ses tests sous sa marque

Pourtant, d’après des documents consultés par la cellule investigation de Radio France, le test de NG Biotech est en réalité très largement chinois. Les tests rapides sont constitués d’une bandelette "papier" en nitrocellulose sur laquelle sont fixés les antigènes spécifiques du virus. Cette bandelette est ensuite insérée dans un boitier en matière plastique qui va faciliter l’application d’une goutte de sang et la lecture du résultat du test. La bandelette est donc le "cœur" du dispositif. Or, comme NG Biotech l’a spécifié à l’ANSM (agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé) lors de la validation du "NG Test" (voir le document ci-dessous), elle est "réalisée par un sous-traitant chinois". 

D’après nos informations, NG Biotech importe en France les bandelettes sous forme de grandes feuilles, appelées "master sheets", qui sont ensuite découpées à Guipry-Messac et introduites dans les boîtiers. La seule fabrication effectuée directement par NG Biotech est celle de la "solution tampon" qui va faciliter la migration du sang dans la bandelette.

Extrait d’un courrier de la société NG Biotech à l’ANSM
Extrait d’un courrier de la société NG Biotech à l’ANSM - Courrier NG Biotech ANSM

Grâce à des documents internes à NG Biotech que nous avons pu consulter, nous avons pu identifier le sous-traitant chinois. Il s’agit du laboratoire Vivachek, qui commercialise par ailleurs des tests rapides sous sa propre marque dans un boîtier différent de celui utilisé par NG Biotech. Vivachek est un pionnier du test rapide Covid 19. Les tests sous marque "Vivachek" ont d’ailleurs également été validés par les autorités sanitaires françaises. Le 27 mars, quelques jours avant de lancer son opération de communication en France, NG Biotech passe une première commande de "master sheets" à son fournisseur chinois. Vivachek nous a confirmé être le sous-traitant de plusieurs laboratoires en Europe et en France, mais n’a pas souhaité nous spécifier si NG Biotech faisait partie de ses clients pour des raisons de confidentialité. NG Biotech invoque quant à lui le "secret industriel".

"Nous n’avons pas cherché à cacher quoi que ce soit"

Lorsque nous lui présentons ces éléments le 7 juillet, Alain Calvo, directeur du développement et co-fondateur de NG Biotech nie toute tentative de "cacher quoi que ce soit". "Je ne connais aucune entreprise du secteur qui n’ait pas recours à des fournisseurs étrangers", nous explique-t-il, "et notre communication est que nous avons développé ce test. Nous avons un savoir-faire dans le choix des composants, dans l’assemblage, et notre dispositif 'tout-en-un' est unique". Ce boitier plastique "autopiqueur" n’est pas non plus produit par NG Biotech. Il est fourni par une société australienne, Atomo, qui a signé un accord de partenariat avec l’entreprise bretonne

Contacté une première fois le 1er juillet, Alain Calvo n’avait pourtant jamais évoqué ses sous-traitant chinois et australiens, malgré nos questions. Lors de cette première prise de rendez-vous, le cabinet de communication missionné par NG Biotech nous avait au contraire spécifié que le gros atout du NG Test était son caractère "100% français". Une journaliste qui a couvert la visite de Frédérique Vidal à Guipry-Messac raconte : "Dans mon esprit ça faisait aucun doute que c’était eux qui avaient inventé et qui produisaient eux-mêmes ce test. En tout cas, c’est comme cela que ça nous a été présenté ce jour-là par les représentants de l’entreprise".

Le siège de NG Biotech, à Guipry-Messac, dans l’agglomération de Rennes.
Le siège de NG Biotech, à Guipry-Messac, dans l’agglomération de Rennes. © AFP - Damien MEYER / AFP

Plusieurs spécialistes du secteur que nous avons interrogés n’ont pas semblé surpris par nos informations. "Les biotechs chinoises avaient plusieurs mois d’avance sur les européennes, explique l’un d’eux, elles se sont positionnées très tôt sur le marché. Pour être prêt dès le mois de mars, le temps imparti était très court. Il était plus simple de leur commander directement les tests". C’est d’ailleurs le choix qu’ont fait, et expliqué publiquement, trois concurrents français de NG Biotech : le laboratoire AAZ, installé à Boulogne-Billancourt, dans les Hauts de Seine, et les Alsaciens Toda Pharma et Biosynex. "D’ici septembre, je pense que nous serons en mesure de produire un test 100% européen, estime Larry Abensur, le PDG de Biosynex. Mais en attendant, nous faisons appel à un sous-traitant chinois, référencé, que nous connaissons bien pour les bandelettes". 

De son côté, le PDG du laboratoire francilien AAZ, Joseph Coulloc’h explique qu’il est "toujours en pourparlers pour trouver des fournisseurs de réactifs, afin de réduire [notre] dépendance à un sous-traitant". D’après nos informations, NG Biotech serait également en cours de développement d’un test dont il assurerait une plus grande partie de la production, telle que l’impression des bandelettes, mais il ne serait pas encore prêt.

Les tests de certains concurrents français semblent plus performants

Interrogé sur ce qui différencie NG Biotech de ces trois concurrents français, Alain Calvo n’a pas souhaité nous répondre, ne voulant pas "se livrer à un comparatif entre concurrents". Le développement et la fabrication de leurs tests semblent pourtant très similaires à celui de NG Biotech. Avec parfois de meilleures performances : d’après le CNR, le test de NG Biotech n’est pas interprétable pour la détection des IgM (les anticorps qui apparaissent au bout d’une semaine), mais seulement des IgG (qui apparaissent au bout de 14 jours). Alors que le test de Biosynex a été validé pour les deux types d’anticorps. "Nous ne sommes pas une société de négoce, affirme-t-il, nous sommes un fabricant". 

Au sens de la réglementation, NG Biotech est effectivement un fabricant. Mais peut-on parler d’un produit "français" quand il est la résultante de l’assemblage de composants étrangers ? "Tout le monde n’est pas capable de faire un test rapide performant", répond le co-fondateur de NG Biotech. "Nous assumons parfaitement le fait que notre test a été conçu, développé et produit en France", a tenu à nous préciser la société.

Pour faire face à une demande qu’ils estiment en pleine croissance, les laboratoires français qui se sont positionnés sur le marché des tests ont tous embauché des dizaines de salariés et investi dans leur outil de production ces derniers mois. NG Biotech a ainsi construit, en quatre semaines, une deuxième unité de production juste à côté de son site de Guipry-Messac. "Il est sûr que c’est plus sécurisant lorsque l’on bénéficie d’une grosse pré-commande de l’Etat", fait remarquer l’un des acteurs de ce marché. NG Biotech, qui a bénéficié de beaucoup plus de commandes publiques que ses concurrents, a-t-elle tenté de capter l’attention en communiquant de façon ambiguë sur un produit "français" sans spécifier qu’il était, pour l’essentiel fourni par un laboratoire chinois, comme ses concurrents ? Alain Calvo affirme que non. Ce n’est pas ce que semblent avoir compris certains journalistes et décideurs public.

Choix de la station

À venir dansDanssecondess