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Dossier : Coronavirus Covid-19

Covid-19 : pourquoi le délai entre l'injection des deux doses du vaccin fait-il débat ?

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Par , France Bleu

Le gouvernement a tranché ce mardi 26 janvier : le délai d'injection des deux doses de vaccin contre le Covid-19 ne sera pas allongé. Les avis des scientifiques divergent à ce sujet. Avantages, risques, décisions... France Bleu fait le point.

Début des vaccins contre le coronavirus à l'hôpital de Niort (Deux-Sèvres), le 7 janvier 2021.
Début des vaccins contre le coronavirus à l'hôpital de Niort (Deux-Sèvres), le 7 janvier 2021. © Radio France - Noémie Guillotin

Deux vaccins contre le Covid-19 sont aujourd'hui autorisés en France : celui des laboratoires Pfizer et BioNTech et celui de Moderna. Tous les deux doivent être pris en deux fois. Pour celui de Pfizer/BioNTech, la deuxième dose doit être injectée trois semaines après la première. Pour celui de Moderna, le délai est de quatre semaines.

Cependant, plusieurs instances nationales et internationales ont annoncé qu'il était possible d'espacer les doses, dans l'espoir de vacciner plus de monde. Mais des médecins contestent ces avis et craignent qu'elle nuise à l'efficacité de la vaccination.

Qui dit quoi ?

Les instances favorables à un allongement du délai

L'Organisation mondiale de la santé (OMS) a annoncé le 5 janvier recommander "l'administration de deux doses de ce vaccin dans un délai de 21 à 28 jours" mais qu'il était possible de retarder l'administration de la deuxième injection du vaccin de Pfizer/BioNTech de quelques semaines "dans des circonstances exceptionnelles de contextes épidémiologiques et de contraintes d'approvisionnement". 

Deux jours plus tard, l'Agence nationale du médicament (ANSM), jugeait elle aussi qu'allonger l'intervalle à six semaines pouvait "être envisagé"

Samedi 23 janvier, la Haute autorité de santé (HAS) a, à son tour, préconisé "d'élargir à six semaines le délai entre deux doses de vaccin" au lieu de trois et quatre semaines respectivement pour Pfizer/BioNTech et Moderna.

Ce mardi 26 janvier, l'OMS persiste en indiquant que la deuxième injection du vaccin de Moderna cette fois-ci peut être administrée jusqu'à six semaines après la première. Son groupe d'experts précise toujours que cela doit se faire dans des circonstances exceptionnelles.

Les instances défavorables à un allongement du délai

Dans un communiqué publié le 12 janvier, l'Académie de médecine s'inquiète de ces avis. Elle recommande "de se conformer au schéma vaccinal prescrit par le fabricant, de ne différer l’injection de la seconde dose que si les circonstances l’exigent (manque de doses disponibles) et sans excéder un dépassement de 3 semaines, de réserver cet élargissement entre les deux doses aux personnes âgées de moins de 50 ans et ne présentant aucun facteur de risque de forme grave de Covid-19".

Le laboratoire BioNTech incite également à suivre ses recommandations et rappelle que "Le taux d'efficacité du vaccin de 52% après la première dose, s’élève à 95% lorsque la deuxième dose a été administrée à 21 jours, mais ne garantit pas un taux d’efficacité aussi élevé si la seconde injection est différée au-delà". C'est sur la base des délais fixés par les laboratoires que se sont déroulés les essais menés sur des dizaines de milliers de volontaires. "L'efficacité et la sécurité du vaccin n'ont pas été évaluées pour d'autres calendriers de dosage", ont souligné début janvier BioNTech et Pfizer.

Pourquoi ?

Les avantages de l'allongement du délai des injections

Allonger le délai entre les deux injections doit permettre "de maximiser le nombre de personnes bénéficiant d'une première dose", indique l'OMS.

Idem pour la HAS qui précise qu'il s'agit "de protéger plus vite un plus grand nombre de personnes à risque d'hospitalisation ou de décès", alors qu'on dispose d'un nombre limité de doses en raison d'un "approvisionnement progressif". Le raisonnement est le suivant : allonger les délais permet d'augmenter le nombre de premières injections, en utilisant des doses initialement prévues pour la deuxième. "Le risque de perte d'efficacité paraît limité" estime-t-elle.

"L'évidence des protocoles (doit) parfois être adaptée à l'urgence des situations", souligne pour sa part le généticien Axel Kahn dans un billet publié sur son site.

Les risques de l'allongement du délai des injections

L'Académie de médecine a mis en garde contre deux conséquences possibles d'un allongement. D'abord, le fait d'avoir un vaste nombre de personnes seulement partiellement protégées pourrait offrir "un terrain favorable" à l'émergence de nouveaux variants du coronavirus "échappant à l'immunité induite par la vaccination". Ensuite, une protection imparfaite pourrait dans certains cas aboutir à aggraver l'infection au lieu de la bloquer, par l'intermédiaire d'un type d'anticorps appelés "anticorps facilitants", prévient l'Académie de médecine. 

Beaucoup de professionnels craignent également une perte d'efficacité du vaccin. "Personnellement je ne suis pas pour l'agrandissement de ce délai", a par exemple indiqué dimanche l'infectiologue Karine Lacombe. "Après une seule dose, on n'a pas atteint un niveau de protection suffisant pour ne pas être infecté, et si on espace trop les doses, il se peut qu'on n'atteigne jamais ce niveau suffisant d'anticorps pour être protégés", a-t-elle argumenté sur LCI.

Selon un article publié le 22 janvier par la revue médicale BMJ, de premiers bilans de la campagne de vaccination en Israël laissent craindre que la protection conférée par la première dose soit inférieure à ce qu'avaient montré les essais cliniques (33% contre 52%), en tout cas pour les plus de 60 ans. "Il faut maintenir les délais de trois semaines pour Pfizer et quatre pour Moderna", a insisté lundi sur Twitter le néphrologue Gilbert Deray, selon qui "l'espacement des doses au-delà des délais recommandés à la suite des essais de phase 3 n'a pas de rationalité scientifique solide"

Quelles décisions ont été prises ?

En France

Le ministre de la Santé Olivier Véran a annoncé ce mardi le maintien du délai entre deux injections à "trois ou quatre semaines". "Nous sommes face à une part d'inconnu, je fais le choix de la sécurité des données validées", s'est justifié le ministre.

Olivier Véran, appuyé par Alain Fischer, professeur d'immunologie chargé de conseiller le gouvernement sur la campagne de vaccination, a notamment relevé qu'un allongement du délai permettrait certes, à court terme, à plus de personnes de recevoir une première dose mais que cela aurait un "impact mineur sur le rythme de la vaccination", à deux ou trois mois. "Fin mars, début avril, le nombre de personnes vaccinées serait le même", a confirmé Alain Fischer.

La stratégie vaccinale française prévoit également de sécuriser les stocks pour la deuxième dose. Au moment de la première injection, la deuxième dose est mise de côté dans un centre de stockage, pour contrer un éventuel problème d'approvisionnement.

A l'étranger

Certains pays ont décidé d'allonger le délai. C'est le cas du Danemark qui a autorisé l'espacement jusqu'à six semaines. Le Royaume-Uni est même allé encore plus loin en se donnant la possibilité d'espacer les doses de douze semaines.

Aux États-Unis, l'Agence américaine des médicaments (FDA) s'est prononcée contre un allongement du délai entre les doses : "Procéder à de tels changements sans qu'ils soient étayés par les preuves scientifiques adéquates pourrait être contre-productif pour la santé publique".

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