Santé – Sciences

Au Sertit d'Illkirch, 30 ans de cartes et d'exploitation des images satellites

Par Charlotte Jousserand, France Bleu Alsace et France Bleu Elsass jeudi 30 mars 2017 à 4:00

Le Sertit réalise des cartes à partir des images satellites, comme ici la centrale de Fukushima.
Le Sertit réalise des cartes à partir des images satellites, comme ici la centrale de Fukushima. © Maxppp - Jean-Marc Loos

En 1986, le Sertit faisait le pari d'utiliser des images satellites pour en faire des cartes pour aider en cas de catastrophe ou pour recenser les forêts par exemple. Trente ans après, le service, installé à Illkirch près de Strasbourg, est devenu incontournable.

Ce jeudi, le Sertit, le Service régional de traitement d'image et de télédétection célèbre ses trente années d'existence à Illkirch. Il y a trente ans, imaginer le Sertit c'était, se rappelle Paul de Fraipont, son directeur,"de la folie". Paul de Fraipont a donc commencé "tout seul" à travailler sur des images satellites avec un scanner précurseur. Aujourd'hui, au Sertit, ils sont une vingtaine à travailler dans les bureaux d'Illkirch.

Paul de Fraipont se souvient qu'au lancement du Sertit, il travaillait "avec des piles de cartes perforées sur un calculateur" et que maintenant "on est passé à des PC sur une table et des écrans pour faire de l'analyse interactive et de la lecture d'image, ce que l'on avait pas du tout avant". La qualité des images satellites a, elle aussi, évolué explique le directeur du Sertit : "Il y a trente ans, les images couleurs avaient une résolution de 20 mètres au sol, aujourd'hui elles sont de 50 centimètres".

Paul de Fraipont a lancé le Sertit en 1986 - Radio France
Paul de Fraipont a lancé le Sertit en 1986 © Radio France - Charlotte Jousserand

Le nombre de satellites a été multiplié et il y a donc aujourd'hui une quantité d'images impressionnantes qu'il faut stocker sur des serveurs : "Et il faut en rajouter tous les jours, la nouvelle infrastructure spatiale européenne va débiter des téraoctets et des téraoctets qu'il va falloir trouver les moyens de gérer ces informations". Paul de Fraipont explique que le Sertit est là pour "valoriser les technologies nouvelles pour les transformer en applications qui peuvent répondre à des besoins sociétaux actuels ou futurs".

Le service de cartographie d'urgence constamment en alerte

Le Sertit depuis ses débuts travaille par exemple, avec les forestiers alsaciens avec un premier chantier sur la forêt Rhénane, mais aussi avec des collectivités pour l'aménagement du territoire ou encore avec la défense et récemment les assurances. Mais le Sertit est connu mondialement pour ses cartes réalisées après les catastrophes naturelles.

C'est d'ailleurs pour cette activité là que le Sertit fonctionne "sept jours sur sept, 24 heures sur 24, et 365 jours par an", explique Mathilde Caspard, ingénieur d'études au Sertit depuis huit ans. En cas de séisme, de tsunami ou de cyclone, à n'importe quel endroit de la planète, les équipes du Sertit réalisent le plus rapidement possible des cartes à partir d'images satellites pour évaluer les dégâts. "Pour qu'au premier coup d’œil on comprenne, par exemple, que cette tâche bleue c'est la zone inondée, les points rouges ce sont les bâtiments impactés". Les membres du Sertit décryptent les images notamment pour les premiers secours et les ONG : "On va savoir combien de bâtiments sont cassés, si les routes sont praticables, est- ce que l'on peut atterrir à l'aéroport".

Une catastrophe a particulièrement marqué le directeur du Sertit, Paul de Fraipont, c'était le séisme en Haïti en 2010 : "Parce que toute l'équipe a travaillé pendant trois semaines, jour et nuit et puis aussi il y a des gens qui nous téléphonaient pour nous demander si telle école était toujours debout. Des Haïtiens immigrés au Canada par exemple, ils nous demandaient à avoir des informations sur leurs familles. C'était pas à nous de leur répondre mais ça prend aux tripes".

A l'époque, le Sertit avait fourni 40 heures après la catastrophe, la toute première carte de Port-au-Prince après la catastrophe.