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Santé – Sciences

Découverte d'une nouvelle espèce humaine : un scientifique poitevin dans l'équipe

vendredi 12 avril 2019 à 3:03 Par Lisa Melia, France Bleu Poitou et France Bleu

Une équipe de paléontologues a découvert une nouvelle espèce humaine : Homo luzonensis. Parmi les scientifiques, un Poitevin, enseignant à l'université de Poitiers.

Guillaume Daver, maître de conférence à l'université de Poitiers
Guillaume Daver, maître de conférence à l'université de Poitiers - Sébastien Laval

Poitiers, France

Jusqu'en 2003, nous pensions qu'il n'avait existé que deux espèces humaines : le Neandertal et l'homo sapiens sapiens, c'est-à-dire nous. Depuis, la paléontologie a découvert de nouveaux membres de la famille. Le dernier cousin vient des Philippines : Homo luzonensis, qui vivait sur une île de l'archipel entre 50 000 et 67 000 ans de cela. L'équipe, menée par le Philippin Armand Mijares, vient de publier un article dans la revue Nature.

"Cette découverte permet de réaffirmer ce que nous savions déjà : le caractère buissonnant de l'évolution humaine", explique Guillaume Daver. Paléontologue, maître de conférence à l'université de Poitiers, il est spécialiste de l'évolution du squelette humain. Le Poitevin fait partie de l'équipe qui a "inventé" (c'est le terme pour les découvertes de nouvelles espèces) l'Homo luzonensis.

Ce qu'il atteste, c'est que nous avons été un groupe très diversifié, même si nous sommes aujourd'hui seuls. L'analyse de treize restes fossiles (des dents, des phalanges de pied et de main, ainsi qu'un fragment de fémur) révèle des caractéristiques qui le rapproche à la fois d'une espèce beaucoup plus ancienne, l'australopithèque (entre deux et trois millions en arrière) et l'Homo sapiens.

Une phalange du pied d'Homo luzonensis - Maxppp
Une phalange du pied d'Homo luzonensis © Maxppp - Rouelle Umali

Si les molaires ressemblent beaucoup aux nôtres, elles sont nettement plus petites que tout ce que l'on a trouvé chez l'Homo sapiens. A l'inverse, les pré-molaires présentent trois racines qui rappellent plutôt les espèces pré-humaines.

"On a une combinaison de caractéristiques morphologiques unique, décrypte Guillaume Daver. C'est ça qui justifie l'invention de cette espèce. Très tôt, à l'échelle de l'évolution humaine, il y a eu plusieurs humanités." Car Homo luzonensis n'est pas un ascendant direct d'Homo sapiens, les analyses indiquent plutôt que nous avons vécu en contemporanéité. 

Des morceaux de fossiles Homo luzonensis - Maxppp
Des morceaux de fossiles Homo luzonensis © Maxppp - Rolex Dela Pena

Cette découverte ouvre la voie à une foule de nouvelles interrogations. Cette espèce a été trouvée sur une île, qui n'a jamais été accessible par une zone sèche. Se pose donc la question : comment sont-ils arrivés ? Concrètement, ont-ils navigué ? Ou ce sont des lambeaux de terre qui se sont détachés suite à un événement géologique ? "On ne fait que poser la question, nous n'avons aucun élément tangible, tempère Guillaume Daver. Nous ignorons depuis combien de temps cette espèce était présente."

Guillaume Daver

Bien que le premier os ait été trouvé en 2007, ce n'est qu'en 2011 qu'assez d'éléments des fossiles ont été localisés pour pousser plus loin les analyses. Des analyses qui ont pris huit années. "On tourne trois fois sa langue dans sa bouche avant d'annoncer qu'on a trouvé une nouvelle espèce humaine, sourit Guillaume Daver. Il reste encore beaucoup de choses à analyser !"

L'excellence de l'école poitevine

Les amoureux de la science se rappelleront que Guillaume Daver n'est pas le premier chercheur poitevin associé à une découverte scientifique d'une telle importance. Ni le premier à faire la couverture de la revue Nature, l'une des plus respectées au niveau international. 

Michel Brunet, avec Toumai, ou encore Abderrazak El Albani, qui a découvert des formes de vies de deux milliards d'années, faisant reculer d'1,5 milliard d'années la connaissance que nous avions sur des formes de vies, enseignent également à l'université de Poitiers.

Pour son président, Yves Jean, c'est très révélateur de ce qu'est l'université de Poitiers : "Nombre de nos chercheurs sont connus et reconnus à l'échelle internationale et dans des domaines très divers. On peut citer nos recherches dans le domaine des transports et de l'aéronautique, l'histoire et la littérature, la chimie, la biologie et la santé... Sébastien Papot, avec ses recherches concernant le traitement de cellules cancéreuses sans toucher les cellules qui sont autour. Je pense aussi aux travaux de Jean-Pierre Richer sur l'homme réparé."

Avec ses 29 000 étudiants, l'université de Poitiers ne fait pourtant pas figure de poids lourds dans le monde académique. La preuve, assure Yves Jean, que la taille ne fait pas nécessairement la qualité, et inversement. Dans le domaine de la paléontologie, Poitiers est connu et reconnu depuis 25 années.

"Le modèle, pour le ministère de l'Enseignement supérieur, c'est la fusion des grandes universités, des grands laboratoires. Nous faisons la démonstration que la taille ne compte pas, avec ce petit laboratoire qui compte une vingtaine de personnes. On n'a pas besoin d'être à Paris ou Marseille." - Yves Jean, président de l'université de Poitiers

Pour la paléontologie, les sujets de recherche ne sont pas près de s'épuiser. Si d'autres analyses pourraient un jour remettre en cause la classification d'Homo luzonensis comme une espèce à part entière, les chercheurs sont sûrs que d'autres découvertes suivront et que de nouveaux membres rejoindront la famille du genre humain.