Santé – Sciences

Dépakine : le cri d'alarme d'une maman haut-savoyarde

Par Nicolas Peronnet, France Bleu Pays de Savoie mardi 23 août 2016 à 19:33

La dépakine, un nouveau scandale sanitaire ?
La dépakine, un nouveau scandale sanitaire ? © Maxppp - Maxppp

Vers un nouveau scandale sanitaire, sept ans après le Médiator ? Le ministère de la Santé dévoile mercredi une étude sur l'impact de cet antiépileptique prescrit depuis 1967 à des dizaines de milliers de femmes enceintes, soupçonné d'être à l'origine de malformations. Une maman de Nangy témoigne.

La molécule dangereuse pour le fœtus, commercialisée depuis presque 50 ans par le laboratoire Sanofi, serait à l'origine de malformations et troubles du comportement. En Pays de Savoie, une vingtaine de cas sont recensés, mais il y en aurait beaucoup plus. Le rapport remis aujourd'hui à l'association APESAC, qui défend les victimes, devrait confirmer qu'au moins 10.000 femmes sont concernées en France pour la seule période 2007/2014. Parmi elles, une Haut-Savoyarde de Nangy, Caroline Deyres, maman du petit Andréa, trois ans, a accepté de témoigner pour France Bleu Pays de Savoie.

Il faut arrêter de détruire des familles". Caroline Deyres

Lorsque Caroline Deyres a pris de la Dépakine, alors enceinte du petit Andrea, elle était pourtant suivie de près par médecin et neurologue. Elle dit aujourd'hui "se sentir coupable", mais est surtout en colère. Andrea est né avec plusieurs malformations et souffre de troubles du comportement : "On m'avait prévenue que j'allais être très surveillée pendant cette grossesse, et au final j'apprends à la naissance de mon fils qu'il a plusieurs malformations ! Il ne parle toujours pas, commence tout juste la marche. On a de la colère envers les neurologues et le laboratoire qui fabrique cette molécule."

ECOUTEZ Caroline Deyres "Il faut arrêter de détruire les familles"

Caroline, persuadée que la Dépakine est à l'origine des problèmes d'Andrea, a décidé de porter plainte contre le laboratoire Sanofi : "On attend que cette catastrophe cesse, ça devient une hécatombe ! Il faut arrêter de détruire des familles. Comment expliquer que des femmes enceintes puissent encore prendre ce médicament, alors qu'on sait pratiquement depuis sa commercialisation en 1967 qu'il peut être dangereux pour la santé de l'enfant ? On peut vraiment parler d'un scandale sanitaire."

Combien de victimes ? 

Aucune évaluation officielle du nombre de victimes n'a encore été publiée à ce jour, à l'exception d'un chiffre de l'IGAS faisant état de 450 enfants nés avec des malformations congénitales entre 2006 et 2014 après avoir été exposés in utero au valproate, la molécule active présente dans la Dépakine. Selon des informations parues la semaine dernière dans le Canard Enchaîné, l'étude menée conjointement par l'ANSM et la Caisse nationale d'assurance maladie (CNAMTS), remise en partie ce mercredi à l'association APESAC, qui défend les victimes, montrerait que 10.000 femmes enceintes se sont encore vu prescrire du valproate entre 2007 et 2014.

Pour Christine Passeron, maman à Annecy de Guilhem, 16 ans, et qui vient de quitter ses fonctions de déléguée Rhône-Auvergne de l'association pour raisons de santé, on est bien en présence d'un nouveau scandale sanitaire de l'ampleur du Médiator : "J'en suis totalement persuadée dans la mesure où cela fait près de 50 ans que l'on utilise la Dépakine, ça a eu le temps de faire des ravages. Selon moi, c'est au bas mot 10.000 victimes, et c'est un chiffre très approximatif. On attend toujours une reconnaissance explicite du syndrome et j'espère que cette étude va faciliter la mise en place de centres de référencement."

ECOUTEZ Christine Passeron "10.000 victimes au bas mot"

La ministre de la Santé Marisol Touraine a déjà annoncé la création de huit centres en France pour prendre en charge les "enfants Dépakine". D’autres mesures pourraient suivre ce mercredi.

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