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Santé – Sciences

Déremboursement des médicaments anti-Alzheimer le 1er août : entre inquiétude et incompréhension

vendredi 1 juin 2018 à 19:49 Par Nicolas Fillon, France Bleu Auxerre

Le déremboursement des médicaments anti-Alzheimer, c'est pour le 1er août. Selon la ministre de la Santé, ces traitements sont jugés pas assez efficaces et potentiellement dangereux. Les associations de malades, aidants ainsi que de nombreux professionnels de santé fustigent cette décision.

Les médicaments anti-Alzheimer ne seront plus remboursés à partir du 1er août.
Les médicaments anti-Alzheimer ne seront plus remboursés à partir du 1er août. © Maxppp - Julio Pelaez

Auxerre, France

Aricept, Ebixa, Exelon, Reminyl... Tous ces médicaments et leurs génériques anti-Alzheimer ne seront plus remboursés à partir du 1er août. Une décision du gouvernement rendue officielle ce vendredi 1er juin après la publication d'un arrêté du ministère de la Santé.

La raison ? Ces médicaments contre la maladie qui provoque une lente dégénérescence des neurones pour ensuite s'étendre à tout le cerveau, remboursés à 15%, sont jugés pas assez efficaces. Et entraîneraient l'existence d'effets indésirables pouvant être graves. Ces constats, dressés par la Haute Autorité de Santé (HAS), la ministre de la Santé Angès Buzyn les a pris en compte pour motiver son arrêté.

Une décision grave (Danielle Lorrot, présidente honoraire de France Alzheimer Yonne)

Mais ce déremboursement à venir provoque la colère des associations de malades d'Alzheimer. Danielle Lorrot, présidente honoraire de France Alzheimer Yonne, parle d'une "décision grave, lourde de conséquences auprès des malades, des familles et des professionnels". Si elle concède que les médicaments anti-Alzheimer "ne guérissent pas la maladie", ils en "ralentissent l'évolution". "Ce qui n'est pas rien avec cette maladie difficile à vivre, ajoute Danielle Lorrot. Il arrive parfois que les médicaments provoquent certains effets secondaires au niveau digestif et éventuellement cardiaque, mais ils peuvent être tout à fait maîtrisés."

De nombreux spécialistes sont également dans l'incompréhension quant à cette décision ministérielle. Joël Laporte, psychiatre et gérontopsychiatre à la clinique de Regennes d'Appoigny, se dit "désagréablement surpris". Et détaille : "En début de maladie, ces médicaments apportent un appoint non négligeable. On ne peut pas dire que c'est spectaculaire, mais on a pu constater que cliniquement, certains patients, grâce au traitement médicamenteux, bénéficient d'une amélioration quant à leur capacité de mémoire ou capacité cognitive par rapport à d'autres. Au fur et à mesure que la maladie évolue, ces médicaments peuvent certes devenir inefficaces."

Des effets secondaires maîtrisés

La dangerosité évoquée par la HAS et la ministre de la Santé ? "Il y a toujours un risque, répond Joël Laporte. Les médecins qui prescrivent ces médicaments savent les précautions à prendre. Et lorsqu'elles sont prises, ces médicaments ne sont pas des médicaments à risque. Ce déremboursement, c'est une réflexion faite en termes d'économie de la santé, mais pas forcément pour une bonne santé des patients."

Les aidants familiaux, directement en prise avec les malades d'Alzheimer, sont eux aussi abasourdis par la décision du gouvernement. Aude, 31 ans et habitante de Mont-Saint-Sulpice, s'occupe de son grand-père de 77 ans, diagnostiqué Alzheimer il y a un an et demi et traités depuis à l'aide des médicaments qui ne seront plus remboursés. "En plus, c'est quelqu'un qui ne veut pas forcément reconnaître qu'il est atteint de la maladie, raconte cette directrice de crèche. Il répète souvent les mêmes choses. Il peut lui arriver de se promener dans certains endroits, et d'un coup, ne plus savoir où il se trouve. C'est assez compliqué pour lui."

Inquiétude pour les familles

Mais les médicaments qui lui ont été prescrits ne tardent pas à faire effet sur le septuagénaire. Et de façon positive. "Même si on sait que ces médicaments ne guérissent pas la maladie, lorsqu'il les a pris, il a rapidement noté une amélioration de son état. livre Aude. D'ailleurs, il nous a dit qu'il n'avait plus de perte de mémoire, même s'il y en avait encore un peu. Mais psychologiquement, lui se sentait mieux." Selon la Montoise, les épisodes de perte de mémoire étaient "moins fréquents. En le voyant, on avait l'impression qu'il y avait quand même, quelque part, une amélioration".

Pour Aude, le déremboursement du traitement de son grand-père, c'est de l'angoisse en plus : "C'est quelqu'un qui vit seul, n'a pas forcément une grosse retraite. On se pose donc pas mal de questions. Ses médicaments, une fois qu'ils ne seront plus remboursés, est-ce qu'il décidera de continuer à les prendre ? Et s'il ne les prend pas, comment va évoluer sa maladie ? Au niveau de l'accompagnement, dans la vie quotidienne, il lui faudra sûrement une personne plus souvent présente auprès de lui, ce qui rajoute davantage de coûts financiers. C'est inquiétant."

La ministre de la santé a elle promis que l'argent économisé par sa mesure sera réorienté vers l'accompagnement des malades d'Alzheimer. Une maladie qui touche près de 6 000 individus dans l'Yonne, et entre 850 000 et 1,2 million de personnes en France.