Santé – Sciences

Strasbourg : des nanoparticules étanches pour mieux soigner le cancer

Par Olivia Cohen, France Bleu Alsace et France Bleu Elsass dimanche 25 septembre 2016 à 13:05

Des nanoparticules étanches et fluorescentes, testées sur des souris, permettront à terme de traiter plus efficacement les cancers.
Des nanoparticules étanches et fluorescentes, testées sur des souris, permettront à terme de traiter plus efficacement les cancers. © Radio France - Jacky Goetz

Des chercheurs strasbourgeois ont mis au point, cet été, un procédé qui pourrait bien révolutionner le traitement contre le cancer : grâce à des nanocapsules d'huile, étanches et fluorescentes, il sera bientôt possible de cibler et soigner spécifiquement les tumeurs, mais aussi les métastases.

Des nanoparticules fluorescentes, qu'est-ce que c'est ? Ce procédé chimique, mis au point à Strasbourg, pourrait bien révolutionner le traitement contre le cancer. Ces nanoparticules consistent en de minuscules gouttes d'huile, dont on peut suivre le trajet dans le corps humain, grâce à leur fluorescence.

"Il faut que la gouttelette lipidique atteigne sa cible sous une forme intègre."

Une capsule caméléon

A terme, ces capsules, comme des avions, seront capable de larguer le médicament directement sur la tumeur à soigner, une technique qui boosterait l'efficacité du traitement, à condition que la particule reste parfaitement étanche jusqu'à sa destination. Le rôle des chercheurs strasbourgeois a été dans un premier temps de prouver cette étanchéité. La chose était a priori impossible, car la nanoparticule n'est pas visible à l'œil nu : la bonne idée a été de la rendre fluorescente et donc détectable sous rayons X. "Le principe, c'est qu'elle a une couleur quand elle est intègre et une autre couleur quand elle se dégrade : c'est une particule caméléon", explique André Klymchenko, directeur de recherches au CNRS et l'un des meneurs du projet.

"En fonction de l'intégrité de la capsule, la couleur change : c'est le phénomène de fluorescence qu'on a mis au point."

Une fois l'étanchéité prouvée et maîtrisée, beaucoup reste encore à faire : "Nous n'en sommes qu'à la première étape du processus", tempère Jacky Goetz, chercheur à l'Inserm et l'un des trois concepteurs du procédé. Tout de même, la suite s'annonce bien : la particule pourra être personnalisée en fonction de la tumeur à soigner et équipée de médicaments adaptés. "L'avantage numéro un de ce procédé, c'est qu'il sera désormais possible de soigner efficacement les métastases", précise Jacky Goetz. "Les métastases sont plus petites et plus difficiles à détecter. Avec ces mini-particules, il sera beaucoup plus aisé de les atteindre." Mais pourquoi ? Explications :

Prenons l'image du velcro : imaginez que la tumeur présente une surface de velcro, nous serons en mesure d'équiper la nanocapsule de l'autre surface du velcro pour qu'elle aille directement se coller à la métastase.

"Prenons l'image du velcro pour décrire comment nous personnaliserons la capsule, en fonction de la tumeur à soigner."

Une thérapie verte

La thérapie sera d'autant plus foudroyante et surtout, les effets secondaires ou les risques de surdose seront moindres. André Klymchenko parle même de nanomédecine verte : "Les gens ont peur des nanomédecines à l'heure actuelle mais notre procédé peut être qualifié de 'vert' parce qu'il présente un minimum de risques pour le patient : notre capsule est composée de matières non toxiques, à savoir d'huile, un produit naturel."

"Notre particule, uniquement composée d'huile, présente un minimum de risques pour le patient."

Prochaine étape donc, il faudra équiper ces capsules de médicaments à larguer et étudier leurs effets sur des tumeurs et des métastases, ce qui risque évidemment de prendre du temps. Pour mener à bien cette première étape du projet, trois équipes ont collaboré : les équipes de Jacky Goetz, à l'Inserm, d'André Klymchenko, au CNRS, et de Nicolas Anton, membre de l'Université de Strasbourg.

L'Inserm, le CNRS et l'Université de Strasbourg ont collaboré pour mener à bien ce projet - Radio France
L'Inserm, le CNRS et l'Université de Strasbourg ont collaboré pour mener à bien ce projet © Radio France - Inserm

A lire en + : L'article publié sur le site de l'Inserm relatant la découverte.