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Détresse psychique chez les jeunes : les mesures gouvernementales sont insuffisantes selon Hélène Romano

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Par , France Bleu Paris
France

Le gouvernement a reconnu cette semaine la détresse psychique dont sont victimes de nombreux enfants de tous âges et proposé de nouvelles mesures. Mais celles-ci ne concerne pas les moins de trois ans. Une population infantile pourtant marquée par les confinements, fait savoir Hélène Romano.

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. © Maxppp - Philippe Vacher

“Nous avons aujourd’hui un problème de santé qui touche nos enfants et adolescents, qui se rajoute à l’épidémie” a déclaré cette semaine le président de la République. Raison pour laquelle des séances chez le psychologue seront gratuites, pour les enfants de 3 à 10 ans.  Dix séances remboursées intégralement, sur préconisation du médecin traitant.  Une mesure qui évite de créer de nouvelles inégalité en permettant à ceux qui n'ont pas les moyens d'emmener leur enfant chez un psychologue ou un psychothérapeute, où les séances ne sont pas remboursées habituellement.  Une mesure toutefois insuffisante, estime Hélène Romano*, psychothérapeute, après l'annonce de ces mesures gouvernementales : "ces mesures concernent les enfants de plus de trois ans, ce qui met de côté une fois de plus les 0 à 3 ans. Alors que les tout-petits sont impactés par le contexte actuel". 

Elle et ses collègues constatent "des répercussions chez les très jeunes enfants qui ne comprennent pas ce qu’il se passe, contrairement aux plus grands, et qui sont bouleversés car le rythme de leur entourage se modifie et ils ne reçoivent plus la même continuité de soin. Ils vont à l'école ou à la crèche et n'y vont plus, ils mangent à la cantine et n'y mangent plus. et il faut ajouter à ces changements une communication altérée : les gens sont masqués, ils ont les 2/3 du visage cachée, donc les tout-petits n’ont pas de repères. Or à cet âge-là, ils se calent sur le regard des adultes. Il y a donc tout un ensemble sociétal, familial et de lieux de vie. C'est bouleversant pour eux."

Les tout-petits  sont des éponges émotionnelles ajoute Hélène Romano : _"ils perçoivent l’anxiété de leurs parents et de leurs frères et soeurs"_, avec pour conséquences des troubles du sommeil, de l’alimentation, des troubles du comportement, des enfants que l’on arrive beaucoup moins facilement à apaiser, des troubles décelés dans les crèches et dans les maternelles".

Comment déceler l'anxiété d'un enfant de deux à trois ans ?

Le stress que la situation actuelle génère chez ses enfants se manifeste par des ruptures de comportement dans le mode de fonctionnement habituel : "des enfants qui étaient calmes, posés, et qui tout d’un coup devenaient extrêmement agressif, violents, des enfants qui avaient bien évolué et tout à coup régressaient, des enfants qui au contraire étaient plutôt agités et qui tout d’un coup se mettaient en retrait".

Ces enfants fragilisés par les confinements pourront-ils tourner la page ?

"Cette période de pandémie est une période traumatique dans la mesure où elle nous confronte à la mort. On vient d’atteindre le cap de 100.000, la mort dans le sens de perte des rituels, des habitudes, du cadre de vie d’avant, de la vie sociale, avec les amis et la famille, en plus des familles qui ont été endeuillées. Il serait grave, une fois cette pandémie passée, de faire comme si rien ne s’était passé. Il est fort probable qu’il y aura des conséquences à moyen terme, ou dans les années qui suivront. Il faudra être très attentif."

Quelles conséquences pourrait-on redouter ?

Ce que craignent les psychologues, estime Hélène Romano, "c’est la difficulté, pour ces jeunes,  à se projeter dans l’avenir, à avoir confiance en la vie, avoir confiance en eux, avoir confiance dans les adultes. Un enfant qui n’a pas confiance est insécurisé, donc plus anxieux.  Il va avoir des troubles de séparation, des troubles du sommeil, des troubles du comportement lié à son anxiété et il ne va pas arriver à gérer ses peurs. Et par la suite, il est possible que l'on ait une génération de jeunes adultes qui auront plus de difficultés, de réticences à vouloir s’investir dans des études, à s’inscrire dans une relation à deux, à vouloir avoir des enfants". 

Quels conseil donner aux parents ?

"Essayer de porter un message positif, d'avoir un regard positif sur l'avenir, malgré le contexte actuel, même si c'est difficile" répond sans attendre la psychothérapeute.  "Nos enfants ont besoin de nous pour ne pas se sentir seul et abandonné. Si les adultes n’ont pas ce regard positif, ça risque d'être dramatique. Car sans l’adulte, l’enfant est en risque majeur de dépérir psychiquement. Donc il faut prendre sur nous. Il ne s’agit pas de dire « on n’a pas peur, on n’est pas stressé », mais il s’agit de mettre des mots dessus et permettre à nos enfants de comprendre que même lorsque l'on est stressé, on n’est pas seul, on trouve des ressources. Croire en la vie, en l’avenir, c’est ce qui nous permettra d’accompagner au mieux nos enfants et nos adolescents.

*Hélène Romano, psychothérapeute à Paris et à Lyon, et auteure de nombreux ouvrages, dont "Quand la vie fait mal aux enfants" (Odile Jacob). 

Hélène Romano,
Hélène Romano, © Radio France - pédopsychiatre et auteure de nombreux ouvrages
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