Santé – Sciences

A Dijon, le centre gériatrique Champmaillot expérimente un jeu vidéo pour aider les malades d'Alzheimer

Par Véronique Narboux, France Bleu Bourgogne mardi 20 septembre 2016 à 19:19

© Radio France - Julien Monteil

C'est unique en France ! Sous la houlette de France Mourey, professeur en sciences du sport à l'Université de Bourgogne et spécialiste en gérontologie, une équipe de chercheurs a conçu un jeu vidéo pour les malades d'Alzheimer. Le but : stimuler leurs facultés motrices et leur équilibre.

France Mourey prévient d'emblée : l'expérience MAAMI (Maladie d'Alzheimer - Apprentissages moteurs implicites) concerne uniquement les malades qui sont à un stade précoce d'Alzheimer. Il ne s'agit pas de guérir la maladie mais d'en limiter les effets en stimulant les capacités motrices et l'équilibre des patients. Pourquoi cette idée ? Sans doute à cause ou grâce au parcours chamarré de France Mourey. A l'origine, elle est kinésithérapeute. En 2009, elle s'est orientée vers la gérontologie et la voilà désormais professeur en STAPS (Sciences et techniques des activités physiques et sportives) à l'Université de Bourgogne. Cette expérience, elle la mène avec le Laboratoire INSERM 1093 (Cognition, apprentissages et plasticité sensorimotrice).  Epaulée par Etienne Haratyk,  attaché de recherche clinique au CHU de Dijon, France Mourey teste le jeu vidéo sur des patients recrutés au centre gériatrique Champmaillot de Dijon. Leur point commun : ils ont plus de 75 ans et leurs tests cognitifs montrent des débuts de troubles de la mémoire.

Les tests concernent à ce jour 26 patients. Ils ont débuté en janvier 2016 et vont se poursuivre jusqu'à novembre. Chaque patient effectue en moyenne dix séances au cours desquelles il s'exerce de façon ludique, sans même s'en apercevoir.

"Le but est de retrouver une autonomie minumum : soit de retrouver ce qu'on a perdu, soit de limiter la dégradation cognitive" - Etienne Hataryk

Etienne Haratyk, attaché de recherche clinique au CHU de Dijon explique l'expérience menée sur les patients

TRAVAILLER L'ACCORD ENTRE EQUILIBRE ET MOUVEMENT

Dans son laboratoire, Etienne Haratyk guide le patient placé debout devant un grand écran. Le malade est équipé de lunettes qui lui permettent de voir en trois dimensions et d'un bâton lui aussi équipé de capteurs 3D. Le but est de cueillir des fruits qui apparaissent sur l'écran et pour cela, il faut bouger sans tomber !

André Ducros teste le jeu vidéo sous le regard d'Etienne Haratyk, attaché de recherche clinique au CHU de Dijon

En fonction du patient, on peut par exemple, varier la vitesse de l'exercice, les déplacements à effectuer ou ajouter des notions de mémoire dans le jeu. Au-delà de l'aspect cognitif de la maladie, comme les pertes de mémoire, "il s'agit de prévenir les aspects secondaires de la maladie d'Alzheimer" explique France Mourey.

"La maladie crée des lésions mais on va pouvoir compenser très longtemps avec nos réserves et ces outils sont destinés à renforcer les capacités restantes." - France Mourey

France Mourey et son équipe espèrent bien prouver les effets bénéfiques de ce genre d'exercice. Pour ça, tous les tests effectués sur les patients sont enregistrés. On peut ainsi mesurer leurs progrès au fil des séances. Les premiers résultats de l'étude devraient être publiés début 2017. L'ambition, à terme, explique France Mourey, est de "faire un transfert industriel et commercial pour mettre ce mettre ce type d'outil au service du plus grand nombre."

DANS LES COULISSES DU PROGRAMME MAAMI

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