Santé – Sciences

Don d'organes : ils ont vécu l'histoire de "Réparer les vivants"

Par Magali Fichter, France Bleu Besançon et France Bleu mercredi 2 novembre 2016 à 20:54

La carte de donneur ne suffit pas
La carte de donneur ne suffit pas © Maxppp -

"Réparer les vivants", adapté du roman éponyme, est sorti en salles le 1er novembre. Il parle de la douloureuse question du don d'organes : comment la gérer quand un de vos proches vient de mourir ? Comment on vit avec une greffe ? Des Franc-comtois racontent.

D'un côté, un adolescent en état de mort clinique après un accident de voiture, de l'autre, une femme qui attend la greffe du coeur qui pourrait lui sauver la vie. C'est l'histoire de "Réparer les vivants", avec Emmanuelle Seigner et Tahar Rahim, tiré du roman du même nom.

En France, chaque citoyen est un donneur présumé s'il ne s'y est pas opposé de son vivant, mais dans les faits, on demande toujours l'avis des proches avant un don. Philippe Patton est président de l'ADOT pour le Doubs, l'association pour le don d'organes et de tissus humains, et son histoire ressemble à celle du film. Il y a sept ans, son fils de 19 ans a fait une chute fatale lors d'une randonnée.

En parler avant pour ne pas avoir de regrets après -Philippe Patton, père d'un donneur d'organes

En état de mort clinique, "son coeur battait encore. On n'était pas encore complètement persuadés de sa mort qu'on nous a posé la question" du don d'organe, raconte Philippe Patton. "Effectivement, il y a un décalage par rapport à la vie qu'on imagine encore. Cela dit, on en avait déjà parlé en famille, il y avait consensus, et c'est l'élément qui a fait basculer vers le "oui". Il n'y était pas opposé".

Philippe Patton

Philippe Patton, qui s'est engagé au sein de l'ADOT après l'accident, insiste sur le fait qu'il faut "absolument être au clair, sans avoir fait de grands discours, pour que le cas échéant, on sache quoi faire et on n'aie pas de regrets après." Il raconte aussi que le fait de savoir que la mort de son fils avait permis que la vie continue ailleurs l'a aidé à faire son deuil.

Ceux qui ont rendu la greffe possible, on y pense tous les jours -Serge Grandvaux, greffé de la cornée

Serge Grandvaux, lui, est de l'autre côté du processus. Ce Jurassien a pu bénéficier d'une greffe de cornée il y a une vingtaine d'années. Avant l'opération, il était devenu quasiment aveugle à cause d'une maladie. Pour lui, cela a été une renaissance : "Quand vous avez frôlé la cécité, que vous vous êtes entraîné à marcher dans le noir avec les bras en avant, et que vous revoyez tout, les petits ennuis quotidiens deviennent anodins".

Serge Grandvaux

Serge a pu, à 54 ans, passer son permis moto, chose qu'il n'aurait évidemment pas pu faire avant l'opération, mais pour lui, le plus important, c'est "la vie de tous les jours. Voir les personnes qui sont autour de vous, c'est ça qui compte". Il dit sentir une "responsabilité", vis à vis des personnes qui ont rendu la greffe possible : "Les proches qui ont accepté un prélèvement dans un moment excessivement pénible, on y pense tous les jours".