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Santé – Sciences

ENQUÊTE - La folle mise au ban de la psychiatrie à Saint-Étienne

lundi 8 octobre 2018 à 19:34 - Mis à jour le mardi 9 octobre 2018 à 12:16 Par David Valverde, France Bleu Saint-Étienne Loire et France Bleu

France Bleu vous révèle une situation toujours plus préoccupante : les services de psy de Saint-Étienne ne peuvent plus accueillir de nouveaux patients, des centaines de malades restent sur le carreau. Les nouvelles obligations de soins sur décision de justice ne peuvent plus être prises en charge.

 Faute de médecins, la psychiatrie stéphanoise ne soigne quasimment plus de nouveaux malades depuis le mois de juillet.
Faute de médecins, la psychiatrie stéphanoise ne soigne quasimment plus de nouveaux malades depuis le mois de juillet. © Maxppp - Francois Destoc

Saint-Étienne, France

En janvier dernier, le contrôleur général des lieux de privation de liberté dénonçait des traitements inhumains et dégradants au Centre hospitalier de Saint-Étienne (Loire). Le service psychiatrie est maintenant en grève depuis presque quatre semaines, depuis le 13 septembre.  Il dénonce un manque de moyens criant au détriment des patients. 

Malgré les propos rassurants de la direction de l’Hôpital sur l'antenne de France Bleu Saint-Étienne Loire ces dernières semaines, il semble que les choses ne s'améliorent pas, bien au contraire. La situation ne cesse de se détériorer selon les professionnels de santé et les familles de malades que France Bleu a pu rencontrer. Ce mardi matin, les psychiatres sont convoqués par le directeur de l'hôpital.

Un service qui suffoque, des familles démunies

Depuis dix-huit mois, ce sont dix-huit médecins qui ont quitté leur poste.  En novembre et décembre prochains, trois d'entre eux vont quitter la Charité et laisseront 315 patients sans suivi. 

Aujourd'hui, faute de médecins, 140 patients sont sur liste d'attente pour être soignés, liste qui grandit chaque jour, car depuis début juillet, aucun nouveau malade n'est accepté, sauf ceux qui passent par les urgences.  

"Une mère de famille est venue nous voir. Son fils de 41 ans sans doute atteint de troubles psychiques (...). Elle me demandait quoi faire." — Jean-Claude Mazzini, ancien président de l'UNAFAM

Le CMP de la Charité. - Radio France
Le CMP de la Charité. © Radio France - DV

Les personnes condamnées par la justice à des obligations de soins ne peuvent plus être suivies. Il n'y a pas la place.  Aujourd'hui, les courriers envoyés par les professionnels de santé, par les associations de familles de malade à l'Agence Régionale de Santé et au Ministère de la Santé sont restés lettres mortes. 

Jean-Claude Mazzini est l'ancien président de l'UNAFAM dans la Loire, une association qui accompagne les familles de personnes avec des troubles psychiques. Il y est encore bénévole et voit chaque jour des familles démunies devant la situation.

"Une mère de famille est venue nous voir. Son fils de 41 ans sans doute atteint de troubles psychiques s'est réfugié dans l'appartement familial. Elle me demandait quoi faire. Je lui ai conseillé d'entamer un suivi médical, de prendre rendez-vous au Centre médico-psychologique (CMP). Problème : le CMP ne prend pratiquement plus personne."

"On est quasiment sans ressource à ce niveau-là. J'ai dit à cette dame de s'appuyer sur son médecin de famille. Sinon, il n'y a plus qu'une chose à faire : attendre la crise violente. Faire une hospitalisation sous contrainte avec l'aide de la police et des pompiers, ce qui n’apparaît pas être une situation favorable. On peut aussi renvoyer vers les psychiatres libéraux, mais ils sont eux aussi complètement débordés et ne prennent plus de nouveaux patients."

Une chambre dans un centre médico-psychiatrique - Maxppp
Une chambre dans un centre médico-psychiatrique © Maxppp -

"Les médecins font ce qu'ils peuvent"

Les médecins n'en finissent plus de quitter les services de psychiatrie stéphanois. Épuisés par les cadences, fatigués de lutter dans le vide pour des moyens suffisants pour traiter convenablement les patients. 

"Les médecins font ce qu'ils peuvent" assure Jean-Claude Mazzini. "Les équipes soignantes souffrent. On connaît des médecins psychiatres en surmenage professionnel. Ils craquent. Vu de l'extérieur on a l'impression que la psychiatrie est considérée comme une sous-médecine. Les psychiatres comme des sous-médecins."

Aujourd'hui, il n'y a plus assez de médecins expérimentés pour accompagner des étudiants internes, parfois parachutés, par défaut à des postes à responsabilité, à des salaires d'assistants.

Autre problème : ces internes ne restent pas sur la durée. Ils bougent tous les six mois, "alors qu'on sait très bien que les malades psychiques angoissent chaque fois qu'ils ont affaire à une nouvelle personne. Ce type de suivi va à l'encontre du rétablissement des malades. Et les malades en souffrent".

Les familles de malades et les personnels soignants redoutent qu'il faille un jour un drame impliquant un malade mal ou non suivi pour que des mesures nettes soient prises pour redonner des moyens à la psychiatrie stéphanoise. On estime qu'un Français sur quatre sera un jour soumis à un trouble psychique.

Saint-Étienne, dans la Loire - Radio France
Saint-Étienne, dans la Loire © Radio France - Denis Souilla