Santé – Sciences

Douze heures d'attente aux urgences pour une patiente dans la Drôme : le coup de gueule d'un médecin

Par Alexandre Berthaud, France Bleu Drôme-Ardèche et France Bleu mercredi 21 décembre 2016 à 6:00

Les urgences de l'hôpital Drôme Nord, à Romans-sur-Isère.
Les urgences de l'hôpital Drôme Nord, à Romans-sur-Isère. © Radio France - Alexandre Berthaud

Le Dr Christophe Pigache a envoyé une de ses patientes aux urgences de l'hôpital Drôme Nord, à Romans-sur-Isère, lundi soir. Elle n'a été examinée que le lendemain matin. Inacceptable pour ce médecin, et symptomatique du manque de moyens de l'hôpital selon lui.

"Je l'ai examinée après ma journée de travail vers 21h. Elle avait une insuffisance rénale, et une infection urinaire en plus de ça. C'est une femme seule, je ne la voyais pas rester chez elle toute la nuit, donc j'ai décidé de la mettre aux urgences." Le docteur Pigache exerce dans le Nord-Drôme, il est débordé en ce moment, mais a pris du temps pour examiner cette dame, son état le demandait. Pour lui, les urgences sont un outil indispensable, notamment dans ce genre de situation. La femme de 82 ans se retrouve

"Sauf que le lendemain matin la famille m'appelle, et ils me disent que rien n'a été fait. Pendant toute la nuit, elle n'a pas été vue, pas mise sous perfusion pas fait de bilan."

Mais Christophe Pigache ne veut pas "taper sur les collègues urgentistes", bien au contraire. "Ils manquent de moyens, ils font ce qu'ils peuvent mais là ce n'est pas possible. Mon beau-père a été gravement malade il y a un an, la médecine urgentiste l'a sauvée. S'il avait té pris en charge cette nuit là, il serait mort", s'alarme le médecin.

Après l'examen, l'interminable attente

Du côté de la direction, on l'assure pourtant, "tous les patients sont examinés dans des délais corrects, ce qui pose problème, c'est après l'examen, lorsqu'il faut trouver un lit d'hôpital", explique Karine Bedolis, directrice des ressources humaines aux hôpitaux Drôme Nord. "Et puis cette tension est accentuée par le fait que nous sommes en période de crise hivernale, avec des grippes et gastro-entérites qui touchent les populations fragiles, difficiles à loger. Notre cas n'est pas différent de celui des autres hôpitaux", se défend-elle. Version confirmée par Christophe Pigache, dont le carnet de rendez-vous déborde. Selon le personnel de Drôme Nord, certains patients attendent 48 heures après leur admission aux urgences pour avoir un lit d'hôpital.

Pourtant il y a bien un problème spécifique à ce centre hospitalier. La semaine passée, les syndicats manifestaient encore contre le manque de moyens. "En deux ans, 41 lits ont été supprimés, ainsi que l'équivalent de 70 emplois à temps plein", détaille Stéphane Ray-Robert, responsable syndical CFDT (majoritaire) de l'hôpital, "cette situation est simplement la conséquence de cette politique". Mesures menées pour faire des économies, mais aujourd'hui, les hôpitaux Drôme Nord sont toujours en déficit.