Santé – Sciences

Enquête : 34 % des Drômois interrogés disent renoncer à se soigner, souvent faute de moyens

Par Mélanie Tournadre, France Bleu Drôme-Ardèche et France Bleu lundi 3 avril 2017 à 6:54

Près d'un Drômois interrogé sur trois dit avoir déjà renoncé aux soins, la plupart du temps pour des raisons financières.
Près d'un Drômois interrogé sur trois dit avoir déjà renoncé aux soins, la plupart du temps pour des raisons financières. © Maxppp - François Destoc

34 % des Drômois interrogés à l'accueil de la caisse d'assurance maladie disent avoir déjà renoncé à se soigner, la plupart du temps pour des raisons financières. Un dispositif d'accompagnement personnalisé pour leur venir en aide est expérimenté dans le département.

Un Drômois sur trois a déjà renoncé à se faire soigner. C'est ce qui ressort d'une étude réalisée par l'Observatoire des non-recours aux droits et aux services (Odenore). Cette étude a été réalisée à l'accueil de la caisse d'assurance maladie de la Drôme auprès de 1.100 personnes, en avril 2016.

Drôme : taux de renoncement aux soins le plus élevé

Le sud-est de la France est plus touché par le renoncement aux soins. Le taux de renoncement aux soins dans la Drôme est de 33,8%, le plus élevé des 18 départements étudiés. La moyenne est de 26%. Ce renoncement concerne majoritairement les prothèses dentaires et les lunettes. "On n'est pas assez remboursé par la mutuelle, on veut se soigner mais on ne peut pas ; ce n'est pas normal" explique Jean-Paul, retraité montilien qui n'a pas les moyens d'aller chez le dentiste .

"Je ne peux ni m'occuper de mes dents ni faire des lunettes, être malade est devenu un luxe !"

"Je ne peux pas aller chez le dentiste ou l'ophtalmo et je connais beaucoup de personnes dans mon cas" explique Marie-Josée, retraitée montilienne de 73 ans. Elle touche une toute petite retraite et doit, encore aujourd'hui, travailler auprès de personnes âgées pour subvenir à ses besoins.

Jean-Paul : "on veut se faire soigner mais on n'a pas les moyens !"

Un dispositif d'accompagnement testé dans la Drôme

Les personnes sans activité professionnelle sont plus touchées par ce renoncement aux soins, ainsi que les femmes (60% de ceux qui renoncent dans la Drôme) et les personnes seules . Les personnes seules avec enfant sont aussi très nombreuses. Héléna Revil, de l'Observatoire des non-recours aux droits et aux services, a supervisé cette enquête : "Beaucoup de familles mono-parentales renoncent aux soins dans le Drôme et lorsqu'une personne renonce à se soigner, la probabilité est très forte qu'il y en ait une deuxième dans la famille".

"Un réseau de détecteurs nous aident à identifier les personnes en difficulté"

Depuis mai 2016, la Drôme fait partie des départements qui testent un dispositif d'accompagnement personnalisé pour aider ces personnes à accéder aux soins. Ces personnes en difficulté sont repérées grâce à un réseau de "détecteurs" qui a été mis en place. Il est composé de membres de la caisse d'assurance maladie et de professionnels de santé : médecins, dentistes ou pharmaciens.

Une fois identifiées, ces personnes ont droit à un accompagnement personnalisé. Dans la Drôme, il dure en moyenne deux mois. "Nous les aidons à connaître leurs droits, ainsi que les médecins près de chez eux, les taux de remboursement possibles et nous les aidons financièrement si cela est nécessaire" explique Maylis Manson, directrice des prestations et des services à la clientèle à la caisse primaire d'assurance maladie de la Drôme. Michel habite à Bourg-lès-Valence. Il a bénéficié de cet accompagnement pour financer ses appareils dentaires. Il a reçu des conseils et 1.000 euros pour pouvoir le payer. "La personne de la caisse d'assurance maladie m'a vraiment accompagné et ça m'a énormément aidé" explique ce retraité.

"Ce dispositif m'a enlevé une grosse épine du pied, c'est formidable !"

Sur les 309 personnes suivies dans la Drôme, depuis mai 2016, plus d'un tiers ont pu réaliser leurs soins.

Une généralisation progressive du dispositif

Cet accompagnement personnalisé va être généralisé, à partir de ce mois d'avril, à toute la France. L'Ardèche pourrait en bénéficier à la fin de l'année ou au début de 2018. Pour ceux qui voudraient se renseigner et qui ont du mal à se faire soigner, il faut prendre contact avec l'assurance maladie de la Drôme, en venant à l'accueil, ou en parler avec votre médecin ou votre pharmacien.

Sur les 309 personnes déjà suivies dans la Drôme, plus d'un tiers ont pu réaliser leurs soins.