Santé – Sciences

Être médecin de campagne en 2016, cela veut dire quoi ?

Par Martin Cotta, France Bleu Saint-Étienne Loire et France Bleu mardi 22 mars 2016 à 19:37 Mis à jour le mardi 22 mars 2016 à 19:55

Trois médecins officient au Chambon-sur-Lignon
Trois médecins officient au Chambon-sur-Lignon © Radio France - Martin Cotta

C'est un métier qui se raréfie de plus en plus en France. Médecin de campagne. Une profession au centre du nouveau film France Bleu de Thomas Lilti qui porte le même nom. Alors être médecin dans les campagnes en France cela veut dire quoi en 2016 ? Focus sur le Chambon-sur-Lignon en Haute-Loire.

D'après le Conseil National de l'Ordre des Médecins (CNOM), près de 2,5 millions de Français vivent dans un désert médical. Le nouveau film France Bleu de Thomas Lilti "Médecin de Campagne" dépeint le rôle d'un médecin mobilisé sept jours sur sept dans un village normand et qui, un jour, doit trouver un remplaçant car il tombe malade lui aussi.

Trois médecins pour 3000 habitants

Au Chambon-sur-Lignon, trois médecins officient pour le moment. Mais les trois hommes ont plus de 60 ans. Leur trouver des remplaçants, pour cette commune de 3.000 habitants ne sera pas chose aisée d'après Bernard Descours, l'un des soignants : "Je ne pense pas que quelqu'un reprendra ma clientèle. D'abord la vie que je mène est difficile et je ne crois pas que quelqu'un acceptera de travailler 12 heures par jour jusqu'au samedi midi, sans avoir du repos" explique celui qui tient un cabinet depuis plus de 30 ans au Chambon-sur-Lignon.

"Je ne pense pas que quelqu'un reprendra ma clientèle"

Si la description de ce médecin généraliste peut en effrayer plus d'un, Bernard Descours garde espoir. Être médecin de campagne ce n'est pas que des sacrifices : "C'est un très très grand privilège de pouvoir suivre les habitants jusqu'à la fin de leur vie. Notre rôle, le plus souvent, est d'obtenir la guérison du patient mais parfois être médecin signifie l'accompagner dans un monde où l'on ne revient pas" philosophe Bernard Descours.

"Je ne crois pas que quelqu'un acceptera de travailler 12 heures par jour jusqu'au samedi midi, sans avoir du repos"
— Bernard Descours, médecin généraliste au Chambon-sur-Lignon

Bernard Descours un des médecins de la commune - Radio France
Bernard Descours un des médecins de la commune © Radio France - Martin Cotta

Comment attirer les jeunes ?

Dans quelques mois le docteur claquera une dernière fois la porte de son cabinet. Et cela inquiète certains patients comme Éliane. "Qui va vouloir venir en Haute-Loire ? Ici ce n'est pas une grande ville, mais nous avons toutes les commodités. Des écoles, un cinéma, des collèges, un lycée" termine-t-elle. Attirer les médecins les plus jeunes est donc LE défi des prochains mois au Chambon-sur-Lignon. Élisabeth a tenu un cabinet pendant 12 ans : " On a un gros problème avec les jeunes médecins, car ils désirent travailler dans des maisons médicales avec un secrétariat" affirme-t-elle. Un confort que ne peuvent pas offrir toutes les petites communes de Haute-Loire. A huit kilomètres du Chambon-sur-Lignon, la commune de Tence s'est dotée d'une maison médicale. Raison suffisante pour la maire du Chambon de ne pas en créer une pour ses habitants.

Le Chambon-sur-Lignon, en Haute-Loire - Radio France
Le Chambon-sur-Lignon, en Haute-Loire © Radio France - Denis Souilla