Santé – Sciences

Euthanasie en Belgique : un recours pour les patients français ?

Par Cécile Bidault, France Bleu Nord et France Bleu lundi 9 octobre 2017 à 7:00

L'euthanasie est dépénalisée en Belgique - Photo d'illustration
L'euthanasie est dépénalisée en Belgique - Photo d'illustration © AFP - Roos Koole

Lundi 2 octobre mourait Anne Bert. La romancière française, atteinte de la maladie de Charcot, a été euthanasiée en Belgique et le débat sur la fin de vie en France est relancé. Rencontre avec un médecin belge qui pratique l'euthanasie.

En Belgique, l'euthanasie est dépénalisée depuis 2002. En France, elle est interdite. Voilà pourquoi la romancière Anne Bert a fait le choix, le 2 octobre dernier, de mourir en Belgique alors qu'elle était atteinte d'une maladie incurable.

L'euthanasie est très encadrée chez nos voisins belges : il faut que la pathologie soit incurable, et que la souffrance physique et psychologique soit insupportable pour le patient. Les médecins qui la pratiquent, et le personnel médical qui entourent le malade, ont suivi une formation, baptisée EOL, comme End of Life (fin de la vie). Les médecins suivent le patient pendant plusieurs mois, parfois même plusieurs années, avant l'euthanasie. Il existe une Commission d'évaluation et de contrôle de l'euthanasie.

2.000 euthanasies par an

Un peu plus de 2.000 euthanasies sont pratiquées chaque année en Belgique. Il n'existe pas de statistiques sur le nombre de Français qui passent la frontière. Nous avons pu rencontrer un médecin belge qui pratique l'euthanasie, à Ath entre Tournai et Bruxelles. Le docteur Serge Blecic est le chef du service de neurologie de l'hôpital privé Epicura. Il dit recevoir un à deux appels par mois de patients français. Ils sont souvent originaires du Nord, frontaliers, mais pas seulement. Il rappelle : "L'euthanasie n'est pas autorisée, elle est dépénalisée, c'est à dire qu'elle n'est plus considérée comme un crime".

Une bouée de sauvetage pour des patients désemparés

Le Dr Blecic reconnaît qu'aller en Belgique est souvent "une bouée de sauvetage pour des patients malheureux, désemparés, pour lesquels les praticiens ont démissionné. Mais dans un premier temps, on regarde si on peut améliorer leur situation, leur rendre la vie encore vivable. Dans le cas contraire, nous prenons leur demande d'euthanasie en compte".

Un long chemin

Mais la démarche prend du temps selon Serge Blecic : "Nous pratiquons l'euthanasie chez les patients que nous connaissons. Quand nous ne les connaissons pas, c'est difficile. Il faut établir une relation thérapeutique avec le malade, le voir plusieurs fois. Beaucoup de patients pensent que, dès qu'ils auront raccroché le téléphone, nous allons pratiquer l'euthanasie tout de suite, ce qui n'est évidemment pas possible. C'est un processus qui prend du temps, et qui pourrait décevoir certains patients."

Il nous arrive de verser une larme

Comment se déroule une euthanasie en Belgique ? D'abord si le patient est belge, cela peut se faire à l'hôpital ou à domicile. Pour les Français, c'est forcément en milieu médical. Le plus souvent, il s'agit d'une injection de produits anesthésiants, qui agissent plus ou moins rapidement selon le souhait du malade. Il peut également choisir de boire une "potion". Le Dr Blecic raconte : "Ça peut être un moment doux, il nous arrive d'avoir beaucoup d'empathie pour les patients, parfois de verser une larme avec eux. Il y a toujours de l'émotion. On a pratiqué ici l'euthanasie d'une patiente belge, qui souffrait de la maladie de Charcot. Elle a souhaité que toute sa famille soit là. Ils étaient vingt dans la chambre. Tout le monde m'a dit merci".

Le Dr Serge Blecic, chef du service de neurologie de l'hôpital Epicura, à Ath, en Belgique

Mourir dignement

Pour Serge Blecic, pratiquer l'euthanasie n'est pas un geste "en-dehors des soins. Nous sommes formés pour soigner, l'euthanasie est la fin d'un traitement, donc c'est un traitement. Alors c'est difficile, car c'est la mort du patient, mais la mort fait partie de la vie. Si on peut adoucir les derniers jours de certains patients, qui décident de mourir dignement, il faut le faire".

L'euthanasie en France ? Ça viendra !

Le Dr Blecic rappelle que pour dépénaliser l'euthanasie en Belgique, il a fallu du temps : "Il y a les lobbies de la religion, les interdits... En France, je pense que la loi Leonetti n'a pas résolu le problème, mais ça viendra. Je pense qu'il faut laisser maturer les choses."

Le combat pour le droit de mourir dans la dignité

En France, l'Association du droit à mourir dans la dignité milite depuis 1980 pour que l'euthanasie soit autorisée en France. La déléguée de l'association dans le Nord, Lise-Marie Meyssonnier, relativise ce recours à la Belgique : "Ces derniers mois, j'ai eu six ou sept appels à ce sujet, cela n'a rien à voir avec ce que certains médias appellent le tourisme euthanasique !".

Autisme des politiques

Pour Lise-Marie Meyssonnier, il y a "une hypocrisie intenable" en France. "Il y a quelque chose chez nos politiques qui est de l'ordre de l'autisme. Ils n'entendent pas. On va laisser les gens aller à l'étranger, sans défendre le droit de mourir dans la dignité officiellement."

Lise-Marie Meysonnier, déléguée de l'ADMD dans le Nord