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Santé – Sciences

Karene, 40 ans, atteinte du cancer du sein : "Ne pas attendre d’avoir 50 ans pour se faire contrôler !"

dimanche 14 octobre 2018 à 4:34 Par Nicolas Fillon, France Bleu Auxerre et France Bleu

Les Foulées roses de l'Yonne, une course-marche à pied organisée au profit de la lutte contre le cancer du sein, a réuni près de 6 000 personnes ce dimanche 14 octobre à Auxerre. Dont Karene, une Auxerroise de 40 ans, qui combat avec courage contre la maladie, diagnostiquée en mai dernier.

Karene, 40 ans, atteinte d'un cancer du sein depuis mai 2018, s'accroche à la vie. Avec sourire, mais aussi détermination.
Karene, 40 ans, atteinte d'un cancer du sein depuis mai 2018, s'accroche à la vie. Avec sourire, mais aussi détermination. © Radio France - Nicolas Fillon

Auxerre, France

C'est la première cause de décès par cancer pour les femmes. Chaque année, 59 000 nouveaux cas de cancer du sein sont détectés en France. Comme Karene. Cette mère de famille auxerroise de 40 ans, qui élève seule ses deux enfants, a vu sa vie basculer un jour de mai 2018.

"Je travaille en tant qu’aide médico-psychologique dans un foyer à Monéteau. C’est là-bas, alors que je me changeais, que je sens une espèce de boule à l’intérieur de mon sein en remettant mon soutien-gorge, raconte Karene, les yeux légèrement embués. J’ai enchaîné les rendez-vous médicaux, jusqu’au moment où le docteur m’annonce que je que suis atteinte d'un cancer du sein."

Elle dit "perdre pied", pensait être écartée, à son âge, du risque. "Parce qu’on pense que ça n’arrive qu’aux autres, souffle Karene. Au moment du diagnostic, je n'ai retenu que trois mots : cancer, chimio, et radiothérapie. Tout le reste, ma tête, mon cerveau, n'étaient plus aptes à recevoir la moindre information."

Mais Karene se résout très vite à ne pas renoncer. Et à se battre. "Parce qu'on n’a pas le choix, parce que la vie continue, parce que j'ai deux enfants. J’ai donc repris des forces, fait confiance au corps médical, à mon entourage. Et j’ai foncé."

"Je ne me suis pas arrêtée de vivre" — Karene, atteinte d'un cancer du sein

Ce qui l’aide le plus ? Les autres, beaucoup, et son mental, aussi. "Je ne me suis pas arrêté de vivre, insiste Karene. J'ai fait un peu de tri autour de moi, dans ma vie, dans mes connaissances. J’ai gardé les bonnes personnes et éloigné les relations plus toxiques. J’ai réellement pris conscience il y a peu de temps que j’avais d’autres priorités, dont celle de mener mon combat jusqu’au bout.

Un combat semé d’embûches pour celle qui élève seule ses deux garçons, Dany, 4 ans, et Ylan, 13 ans. Il y a la fatigue du traitement, pas évidente pour cette hyperactive qui aime sortir, voir du monde, chanter et danser. Bref, vivre normalement. "C’est vrai qu’on ne m’arrête pas facilement, mais au bout d’un moment, effectivement, le corps dit stop, et c’est là qu’il faut savoir l’écouter, se reposer, reprendre des forces pour continuer à profiter de la vie. Aujourd’hui, la fatigue est plutôt gérable, je me sens bien."

C'est aussi pour ses deux jeunes garçons, qu'elle élève seule, que Karene se dépasse pour lutter contre la maladie.  - Radio France
C'est aussi pour ses deux jeunes garçons, qu'elle élève seule, que Karene se dépasse pour lutter contre la maladie. © Radio France - Nicolas Fillon

Autre effet secondaire, la perte des cheveux, à peine cachée par le foulard noir que Karene porte quand ce n'est pas une perruque. Un choc pour celle qui admet avoir eu par le passé "une grosse chevelure" bien épaisse, avant de finalement devoir la raser. "Bien sûr, les cheveux, ce n’est pas la priorité, c’est même secondaire. On l’accepte, car on n’a pas le choix. Mais ça a été assez violent. La perruque, c'est génial, sauf que quand je sors avec, je me sens un peu déguisée. Malgré tout, je la mets, je l'assume. J’aime aussi porter le foulard, Globalement, je continue à prendre soin de moi."

Orpheline également de ses sourcils - on ne le remarque même pas grâce au maquillage -, Karene dévoile d’ailleurs que ses cheveux devraient bientôt repousser, apparemment vers Noël. "Mes enfants vont enfin pouvoir retoucher mon crâne", rigole-t-elle. Des enfants à qui la quadragénaire a dû expliquer "avec des mots appropriés pour leur âge" ce qui était en train d’arriver à leur maman. "Quand je suis rentré du coiffeur avec une coupe très courte, ils ont encore plus compris, raconte Karène. Ils ont un peu été sous le choc au début, mais plus du tout. Ils s’adaptent vite, et m’aident au quotidien."

Ne pas travailler et se battre pour obtenir des aides, la galère

Ce qui a été difficile, pour Karene, c’est de mettre temporairement de côté son métier, qui la passionne, du jour au lendemain. "Rester chez soi, tourner en rond et se demander commenter on va gérer le quotidien sans relation socioprofessionnelle n’est pas facile, insiste l’Icaunaise. Je suis en arrêt jusqu’au 31 décembre. J’ai eu du mal à l’accepter sur le coup, mais je me suis vite rendue compte que je ne serai pas vraiment capable de faire face à certaines situations sur mon lieu de travail à cause de mon cancer. Cela étant, je compte reprendre mon activité très vite !"

Là ou Karene a eu le plus de mal, c’est avec ce qu’elle appelle "la paperasse". Comprendre se justifier continuellement auprès des différents organismes, sécurité sociale, Caf ou autres, afin d’obtenir des aides financières pour des prothèses capillaires par exemple. Remplir des tas de dossiers, longs et complexes. S’expliquer. Y retourner, plusieurs fois. "Bref, se battre pour être dans son droit, fulmine encore Karene. C’est une honte, un vrai point noir au niveau de notre administration."

Une dernière chimio le 31 octobre

Mais la maman de 40 ans souligne aussi la qualité du service public hospitalier à Auxerre qui s’occupe d’elle. Celle, aussi, des différentes associations du coin, comme 02, qui lui met à disposition une aide ménagère à domicile à raison de deux heures par semaines.

Six mois après avoir appris qu’elle était atteinte du cancer du sein, Karene est peut-être en train de voir le bout du tunnel. Sa dernière chimiothérapie doit intervenir le 31 octobre prochain. "Ce sera pour Halloween, j’espère que ça ne va pas me porter malheur", arrive à plaisanter l’Auxerroise. Elle devra ensuite enchaîner 33 séances de radiothérapie, qui seront, selon les dires de son oncologue, moins fatigantes que la chimio en termes d’effets secondaires.

"La dernière chimiothérapie, ce sera une bonne étape de passée, se dit Karene. J’y vais confiante. Je me souhaite encore un bel avenir, avec de supers bons moments à passer, de belles rencontres à faire..."

"Ne pas attendre d'avoir 50 ans pour se faire contrôler" — Karène, atteinte d'un cancer du sein

Jusqu’à présent, dans son combat, il y a eu des hauts, et des bas. À l’adresse des autres femmes, comme elle, atteintes du cancer du sein, elle n’y va pas par quatre chemins : "C'est possible de lutter contre la maladie, en se rapprochant des bonnes personnes, des professionnels de santé comme des proches. Non, la vie ne s'arrête pas quand on a le cancer du sein. La vie peut et doit reprendre le dessus. Parce qu’il y a toujours des solutions. Même si c’est lourd à supporter. N’importe qui peut gravir cette montagne, aussi haute soit-elle. N’importe qui."

Quant à celles qui hésiteraient à se faire dépister, là aussi, Karene a un message à leur adresser : "Il ne faut pas attendre d’avoir 50 ans pour se faire contrôler. Mon exemple est parlant. Je connais d’autres femmes dans mon cas. Je conseille à tout le monde de consulter, de ne pas attendre, de ne pas mettre la tête dans le sable. Il faut foncer, ne pas avoir peur."

Et Karene d’ajouter : "Ma mère, qui elle aussi a eu un cancer du sein il y a plusieurs années, me faisait remarquer qu’à l’époque, la prise en charge de la maladie, notamment psychologique, n’était pas aussi poussée que maintenant. Il ne faut vraiment pas hésiter à aller consulter."