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"Génération zombie : enquête sur le scandale des antidépresseurs", publiée aux Éditions Fayard

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Par , , France Bleu Isère, France Bleu

Ariane Denoyel est journaliste indépendante, basée à Grenoble, en Isère, et autrice d'une enquête qui sort en cette mi-avril aux Éditions Fayard, "Génération zombie : enquête sur le scandale des antidépresseurs". Entretien.

France Bleu Isère - Le titre de l'ouvrage "Génération zombie" est très évocateur et très fort. Vous ne l'avez pas choisi au hasard, ce mot de "zombie" ? 

Ariane Denoyel - Non, je l'assume. Je sais qu'il peut être presque choquant, mais c'est ainsi que les victimes des effets les plus graves se décrivent. Donc j'ai vraiment repris leurs mots. 

C'est d'ailleurs, je crois, le livre dédié à un témoin de votre enquête qui vous décrivait ce phénomène : celui d'être quasiment absent de son propre corps...

Exactement, David, qui a mis fin à ses jours à 23 ans, en janvier 2020. 

Tous ceux qui prennent des antidépresseurs ne sont pas forcément des zombies. Je le dis parce que c'est peut être important de rappeler que ce n'est pas non plus une charge contre tous ceux qui prennent des antidépresseurs. Dans votre livre, votre but n'est pas de les faire culpabiliser ? 

Ah non, surtout pas. Je pense que les gens qui se retrouvent avec ces effets indésirables graves - c'est difficile de dire d'ailleurs quelle proportion des patients ça représente - ce sont plutôt des victimes. Ils sont victimes d'une désinformation médicale généralisée. En fait, l'industrie a créé une bulle d'informations fausses. Donc vraiment, nous et les médecins, nous vivons dans un univers de fake news médicales. Même les médecins ne sont pas forcément très bien informés.

Qu'est-ce qui vous a donné envie de vous intéresser à ce sujet ? Il est quand même sensible et il est aussi tabou. Est-ce parce que vous, vous avez été à un moment de votre vie sous Prozac ? 

Oui, j'ai été sous Prozac et sous d'autres antidépresseurs aussi. Je me souviens très nettement d'une sensation vraiment désagréable d'être déconnectée. Enfin, c'est très dur à décrire, effectivement. Après plusieurs années, quand je suis tombée sur les travaux du professeur David Healy, ça m'a fait un déclic parce que je me suis dit ce n'est pas seulement moi qui réagis mal et pour qui, ça n'a pas été du tout efficace. C'est donc plutôt que ce sont des molécules qui sont peu efficaces et qui ont beaucoup d'effets indésirables. 

La difficulté, c'est que certaines personnes qui en prennent régulièrement, si elles arrêtaient du jour au lendemain de les prendre, elles seraient encore plus mal.

Oui, c'est très dangereux d'arrêter brutalement. Il ne faut surtout pas le faire. Tous les grands professeurs que j'ai consultés insistent sur le fait qu'il faut absolument être bien accompagnés parce que c'est très difficile, le sevrage. Certaines personnes qui ont pris des drogues dures disent que ça peut être plus difficile de se sevrer de ces antidépresseurs que de se sevrer de l'héroïne ou de la cocaïne. 

Le climat actuel préoccupe évidemment le gouvernement, qui se penche d'ailleurs sur la santé mentale des Français. Il y aura des assises sur ce sujet l'été prochain. Trois confinement en un an, des restrictions de libertés, des pertes d'emploi, pas de perspectives et forcément, du coup, plus de personnes qui vont demander des médicaments à leur médecin.

Oui, mais les médicaments ne sont pas la seule solution je crois. Et de toute façon, même s'ils décident d'en prendre, je crois qu'il est très important qu'ils soient au courant du vrai rapport bénéfice-risque de ces molécules. Il faut de la transparence. On a tous besoin de transparence. 

Là, vous vous dites que les médecins devraient être formés, qu'ils sont peut-être embobinés par les laboratoires, que des médecins de bonne foi prescrivent ces cachets ? 

Absolument. Je ne fais pas reproche aux médecins de les prescrire parce qu'effectivement, les laboratoires ont une puissance marketing considérable. Ils arrivent parfaitement à orienter l'information depuis le début, depuis les essais cliniques jusqu'à la presse scientifique. Donc non, on ne peut pas reprocher aux médecins d'être victimes de cette bulle informationnelle. 

Ariane Denoyelle, vous enseignez à l'école de journalisme de Grenoble et Échirolles (EJDG). Est-ce que vous constatez que des étudiants, les jeunes dans la pleine force de l'âge, ne vont pas bien parce qu'ils sont privés de leur vie sociale depuis quelques mois. Vous l'avez vu ? 

Oui, bien sûr. J'ai constaté ça, c'est extrêmement fort, les étudiants ne vont pas bien. Déjà, avant le confinement, je pense que la précarité était très importante chez les étudiants. Or, la dépression, c'est aussi une conséquence de la violence sociale, quand on est un étudiant précaire, la vie est vraiment très difficile, il faut cumuler un petit job, les études, etc. Donc déjà, c'était dur. Mais avec la pandémie, c'est devenu vraiment plus dur. 

Le risque, c'est de faire de certains étudiants des zombies s'ils avaient recours à ces médicaments, c'est ce que vous leur dites ?

Je dis qu'il faut effectivement vraiment réfléchir en en prenant. Si on veut prendre ces molécules, si on l'envisage, il faut en discuter avec son médecin. Il faut s'informer un peu avec plusieurs sources pour avoir une image plus juste du bénéfice et du risque. 

Dans votre livre, il y a un point aussi que vous mettez en avant. On parle de tendances suicidaires et de la dépression profonde de certaines personnes, mais il y a aussi, quand on prend des médicaments comme ça, des pulsions meurtrières. Vous nous dites que la plupart des auteurs de tueries aux États-Unis étaient sous psychotropes.

C'est ce que disent des études, quand on se penche sur des procès. Par exemple, celui de James Eagan Holmes, le tueur d'Aurora, c'est très clair, il n'y aurait pas eu ces meurtres s'il n'avait pas été sous médicaments. Ces études donnent toutes sortes d'exemples et ils vont jusqu'à dire que neuf meurtriers de masse sur dix aux États-Unis sont sous psychotropes. 

 "Génération zombie : enquête sur le scandale des antidépresseurs"  publié aux Éditions Fayard
"Génération zombie : enquête sur le scandale des antidépresseurs" publié aux Éditions Fayard - Éditions Fayard
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