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Santé – Sciences

Grève aux urgences de Strasbourg : "L'impression de faire du mauvais travail"

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Par , France Bleu Alsace, France Bleu Elsass, France Bleu

Un ras-le-bol général, un personnel en souffrance et des conditions de travail de plus en plus dégradées : c'est le cri d'alarme de l'hôpital public qui retentit aujourd'hui à travers une manifestation nationale ce jeudi 14 novembre.Témoignage d'un médecin urgentiste de Strasbourg, lui aussi à bout.

L'entrée des urgences au Nouvel Hôpital Civil de Strasbourg
L'entrée des urgences au Nouvel Hôpital Civil de Strasbourg © Radio France - Olivier Vogel

Strasbourg, France

Médecins, aides-soignantes ou étudiants : c'est tout l'hôpital public qui est attendu dans les rues du pays ce jeudi 14 novembre. Une manifestation nationale en forme de cri d'alarme pour exiger davantage de moyens et d'effectifs alors que le gouvernement prépare un "plan de soutien" très attendu.

En Alsace, c'est un mouvement de grève reconductible aux Hôpitaux universitaires de Strasbourg (HUS) qui veut marquer le coup ce jeudi 14 novembre à l'appel du syndicat FO et de l'Association des médecins urgentistes de France (Amuf). Un rassemblement est prévu à 10h sur le site de la Robertsau, et à 11h aux urgences du CHU.

300 lits fermés en quatre ans dans le cinquième CHU de France qui semble en crise, des médecins et soignants au bout du rouleau proches du burn-out... Un constat inquiétant pour Etienne Quoirin. 20 ans qu'il est médecin responsable des urgences du site de Hautepierre à Strasbourg. Et il n'a plus vraiment le moral. Entretien.

Etienne Quoirin (d.), médecin responsable des urgences du site de Hautepierre, est à bout, comme ses collègues Syamak Agha Babaei (c.), autre médecin urgentiste, et Christian Prud'homme (g.), secrétaire général FO. - Radio France
Etienne Quoirin (d.), médecin responsable des urgences du site de Hautepierre, est à bout, comme ses collègues Syamak Agha Babaei (c.), autre médecin urgentiste, et Christian Prud'homme (g.), secrétaire général FO. © Radio France - Nicolas Fillon

Comment jugez-vous l’évolution de la situation des urgences au fil des années ?

Etienne Quoirin : Ça va en se dégradant. On a vu très clairement les temps d’attente aux urgences s’allonger, l’affluence augmenter. Sur Hautepierre, ça représente 2 à 3% de patients en plus par an. Sur le long terme, c’est considérable, ça fait plusieurs dizaines de patients par jour en plus et ça devient difficilement gérable. Les difficultés ont été multipliées à cause de la diminution du nombre de lit. C’est paradoxal, car notre population vieillit et par conséquence, les besoins en hospitalisation sont de plus en plus importants. 

Quel est votre regard sur le développement de la médecine ambulatoire, de plus en plus mise en avant par les directeurs d’établissements hospitaliers ? 

C’est probablement une bonne chose, mais la médecine ambulatoire n’est pas adaptée pour la plupart de nos patients fragiles et âgés, qui nécessitent des hospitalisations complètes, avec des soins permanents. Ceux-là, on ne leur trouve plus de lit. Les études récentes ont montré que l’encombrement des urgences n’était pas lié aux patients qui y viennent entre guillemets pour rien. Ceux-là représentent 6% de notre activité. Le problème, ce sont les patients qui stagnent aux urgences dans l’attente de trouver un lit. Leur morbi-mortalité est beaucoup plus importante que les autres.

C’est-à-dire ?

Cela signifie que leur prise en charge est plus longue, avec parfois de gros retards. Et puis, les conditions dans lesquelles ils sont accueillis ne sont pas humaines. Rester allongé sur un brancard aux urgences, c’est ne pas avoir accès au minimum intime, comme aller aux toilettes. Vos proches ne peuvent pas venir vous voir facilement, vous avez froid parce que vous restez dans le couloir… Ce ne sont pas des conditions décentes.

Le patient est-il mis en danger dans ces cas-là ?

Oui, très clairement ! La science le dit : quand on laisse un patient traîner sur un brancard pendant plusieurs heures voire parfois plusieurs jours, son risque de mortalité est plus important qu’un autre qui aurait été rapidement dirigé vers un service adéquat. 

La situation se dégrade à Strasbourg (Etienne Quoirin, médecin responsable des urgences à Hautepierre)

Tout ça doit avoir des conséquences sur votre moral, sur votre travail au quotidien… Comment le ressentez-vous ?

On a tout simplement l’impression de faire du mauvais travail. Dans la journée, on a l’impression de ne pas pouvoir consacrer le temps nécessaire à chaque patient, d’être passé à côté d’un diagnostic grave… En tant que responsable de service, je vois passer plusieurs erreurs probablement liées à une mauvaise attention due à une prise en charge défaillante du patient. La situation se dégrade à Strasbourg. Et je l’ai bien remarqué sur ces dernières années.

Avez-vous développé, quelque part, un sentiment de culpabilité ?

Les patients relèvent de notre responsabilité quand il y a un problème, c’est évident. C’est un stress important. Je suis très inquiet pour mes jeunes collègues, qui débutent leur carrière professionnelle dans des conditions dangereuses. Et j’ai peur qu’ils ne choisissent plus cette voie-là. On a un déficit d’urgentistes en France, c’est en partie pour cette raison. Quand on interroge les jeunes étudiants en médecine, la plus part nous dit ne pas être sûr de pouvoir tenir le rythme sur le long terme. C’est trop dangereux, il y a un risque médico-légal qui est très important.

Quelles sont vos revendications pour que la situation puisse s’inverser ?

Il nous faut absolument des lits de médecine interne ou de gériatrie. Il faut que le développement de ces matières hospitalières devienne plus important, elles ont la solution des urgences. C’est vers elles que l’on envoie les gens qui nous posent le plus de problèmes, ceux aux pathologies multifactorielles. Très clairement, il faut repenser l’hospitalisation des patients les plus fragiles en mettant les moyens. La population en a besoin.

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