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Santé – Sciences

Hôpital : à bout de souffle, les personnels des services d'urgence appelés à se mobiliser

mardi 20 mars 2018 à 3:33 - Mis à jour le mardi 20 mars 2018 à 10:53 Par Géraldine Houdayer, France Bleu

Les personnels de plusieurs services d'urgence sont appelés à se mobiliser ce mardi, pour dénoncer des urgences saturées et à bout de souffle. Près d'une centaine d'hôpitaux sont actuellement en dispositif "hôpital sous tension" et font face à une situation critique face à l'afflux de patients.

Les urgences du CHU de Clermont-Ferrand, le 14 mars.
Les urgences du CHU de Clermont-Ferrand, le 14 mars. © Maxppp - Richard BRUNEL

Des patients qui passent des nuits entières sur des brancards, d'autres qui meurent alors qu'ils attendent une prise en charge depuis des heures, des médecins et des personnels à bout de nerfs... Depuis plusieurs semaines, les services d'urgence du pays sont particulièrement débordés.

Les appels à la mobilisation se multiplient 

Les personnels de plusieurs hôpitaux sont ainsi appelés à se mobiliser par plusieurs syndicats ce mardi. La CGT et Sud lancent les "mardi de la colère", et appellent les personnels à se réunir en AG et à des actions de blocage un peu partout en France. À Strasbourg, les syndicats FO et la CFTC ont lancé un appel à la grève illimitée à partir de ce mardi. À Bourges, la CGT appelle également à la grève. À Paris, les médecins hospitaliers vont se rassembler à 11 heures devant le ministère de la Santé, à l'appel du syndicat de médecins urgentistes Amuf. Tous dénoncent des conditions de travail devenues déplorables et le manque de lits dans les hôpitaux.

Près d'une centaine d'établissements en dispositif "hôpital en tension" 

Selon l'association Samu-Urgences de France, "plus de 15.000 patients ont passé la nuit sur un brancard des urgences" depuis le début de l'année, "faute de lit pour les hospitaliser dans un service". Le ministère de la Santé reconnaît que 97 établissements sur 650, publics ou privés, sont actuellement en "dispositif 'hôpital en tension'", c'est-à-dire qu'ils font face à "une situation critique de prise en charge des urgences hospitalières sans pour autant être amenés à déclencher le plan blanc" réservé aux situations d'afflux exceptionnel de patients. 

De plus en plus de cas d'attente dramatique

Il faut dire que les cas de décès liés à une attente interminable aux urgences se sont multipliés ces dernières semaines. A Reims, une femme de 73 ans est morte sur un brancard la semaine dernière, alors qu'elle attendait d'être examinée par un médecin. Elle a succombé d'un arrêt cardiaque, après plus de deux heures et demi d'attente. Le parquet a ouvert une enquête.

Les mêmes faits se sont déroulés à Rennes lundi dernier : une femme de 60 ans, admise aux urgences de l'hôpital Pontchaillou pour des douleurs au ventre, a fait un arrêt cardiaque sur le brancard où elle attendait d'être auscultée. Là encore, le parquet a ouvert une enquête.

A Strasbourg, la semaine dernière, un patient a passé 55 heures sur un brancardavant de trouver un lit.

Surmenés, les urgentistes passent parfois à côté d'un diagnostic. Une jeune femme de 19 ans en a fait les frais en février à l'hôpital Édouard-Herriot de Lyon. Par deux fois, son otite avait été jugée bénigne. Dix jours plus tard, un abcès cérébral entraînait son décès. Les personnels de ce service étaient alors en grève pour protester contre leurs conditions de travail et le manque de moyens.

Le nombre de passages aux urgences a explosé ces dernières années 

"Ça va mal de partout", résume Christophe Prudhomme, porte-parole de l'association des médecins urgentistes de France (Amuf), qui réclame "plus de personnels et plus de lits" car le nombre de passages aux urgences ne cesse d'augmenter : plus de 20 millions en 2016, contre 18 millions en 2011 et 14 millions en 2002. Pourtant, dans certains hôpitaux, l'ouverture des urgences 24 heures sur 24 est remise en cause, comme à Clamecy (Nièvre), Avallon ou Tonnerre (Yonne). Cette politique de fermeture "aggrave la situation", déplore Christophe Prudhomme. 

Les syndicats dénoncent le manque de lits 

Le président du syndicat d'urgentistes Samu-Urgences de France, François Braun, a expliqué lundi sur franceinfo que c'était la première fois que les hôpitaux du pays faisaient face à une aussi longue surcharge des urgences. Selon lui, les épidémies, dont celle de grippe, n'expliquent pas tout, et c'est l'organisation des hôpitaux qui doit rapidement être revue. Pour lui, ceux qui viennent consulter aux urgences ne viennent pas par manque de médecins généralistes, mais bien parce qu'ils ont besoin d'être hospitalisés. Pour lui, c'est bien le manque de lits d'hospitalisation qui est en cause. "Cette crise actuelle concerne des patients que l'on doit hospitaliser. Les urgences sont saturées par des patients qui ont raison de venir à l'hôpital, parce qu'il faut les garder à l'hôpital pour les soigner", a-t-il expliqué. 

Pour Thierry Amouroux, le secrétaire général du Syndicat national des professionnels infirmiers (SNPI), la saturation actuelle est également due au manque de lits et n'est "pas une question d'organisation, mais une question de moyens", a-t-il estimé sur franceinfo. "Si on est dans cette situation, c'est parce qu'on a fermé 100.000 lits en dix ans", explique Thierry Amouroux, qui prédit une situation encore plus difficile l'an prochain.

Quand les soignants deviennent malades  

Les soignants eux-mêmes paient les conséquences de cette ambiance délétère. A Besançon, une médecin a tenté de se suicider début mars aux urgences de l'hôpital Jean Minjoz. Et d'après le porte-parole de l'Amuf, "ce n'est pas le premier cas".