Santé – Sciences

Journée mondiale de la contraception : "Je l'ai oubliée une fois et ça n'a pas loupé"

Par Adrien Bossard, France Bleu Poitou et France Bleu lundi 26 septembre 2016 à 6:00 Mis à jour le lundi 26 septembre 2016 à 7:36

Autre constat, 1 lycéenne sur 20 a déjà eu recours à une IVG en France, selon la SMEREP, une mutuelle étudiante.
Autre constat, 1 lycéenne sur 20 a déjà eu recours à une IVG en France, selon la SMEREP, une mutuelle étudiante. © Maxppp - Maxppp

Chaque année, 210.000 femmes avortent en France, selon les statistiques du Ministère de la Santé. La faute bien souvent à un oubli de pilule ou de préservatif. A l'occasion de la journée mondiale de la contraception ce lundi, une Poitevine témoigne.

Cigarette à la main pour tenter d'atténuer son stress, Zoé* témoigne pour la première publiquement de son IVG (Interruption Volontaire de Grossesse). "Je vais essayer de ne pas pleurer", confie-t-elle avant l'interview. Son histoire remonte à 2014.

Alors âgée de 25, cette habitante de Poitiers vit une relation à distance avec un jeune Parisien. "Cela faisait presque 4 ans que l'on était ensemble, certes ce n'était pas très stable comme situation mais j'étais amoureuse." Zoé et son copain laissent vite tomber le préservatif. "De toute façon, j'étais sous pilule". Sauf qu'un jour, elle arrête de la prendre, son corps ne supportant pas bien, et rien derrière, ne vient compenser. "Avoir des rapports non protégés avec mon copain, je ne sais pas pourquoi mais ça tombait sous le sens. Et puis, je me disais que ça ne pouvait pas m'arriver, que ça n'arrive qu'aux autres, même si je suis consciente des risques."  Il n'aura suffi que d'une seule fois.

"C'est le coup de massue, j'ai pleuré toutes les larmes de mon corps", Zoé

Au premier retard de règles, Zoé s'inquiète un peu. Mais après tout, ce n'est pas la première fois que cela lui arrive. Les jours passent et l'angoisse se fait plus grande. "J'ai commencé à me sentir plus fatiguée, quelque part je sentais que j'avais quelque chose en moi". Elle prend un test de grossesse en pharmacie, positif. Elle en prend d'autres, même résultat. "Là, c'est le coup de massue. J'ai pleuré toutes les larmes de mon corps. Et forcément, j'ai culpabilisé."

Elle en informe le "géniteur" comme elle l'appelle. "Tout à coup, il n'est plus le même pour moi, et puis la notion de père, ça doit se mériter". Peu de temps après, Zoé et lui se séparent, la faute à des différences de point de vue sur la grossesse. "Il est très croyant et pratiquant, il aurait voulu que je le garde, pas moi."  Zoé avoue avoir tout de même hésité. Passés les premiers rendez-vous avec les médecins, puis sa gynécologue, elle prend deux semaines de réflexion. Bilan : elle veut avorter.

Une IVG médicamenteuse

Elle opte pour une IVG médicamenteuse, moins violente pour son organisme lui assurent les médecins. Elle prend un premier cachet, puis un autre quelques jours plus tard, avant de se rendre au service obstétrique du CHU de Poitiers. "On me tend encore un médicament, il a l'air de rien. On me prévient juste que je vais avoir comme des grosses règles, et puis j'ai compris." Une demi-heure plus tard, Zoé "se tord de douleur sur le lit", prises par les premières contractions. "Je n'ai jamais eu autant mal de vie, je geignais comme un animal". Elle rentre chez elle, par la suite. "Je me pose sur les toilettes car je perds beaucoup de sang, et je perds en fait plus que du sang."

"Je me disais que c'était bien fait pour moi, que je n'avais qu'à me protéger", Zoé

Zoé reste un moment assise sur la cuvette. "Vous n'imaginez pas le traumatisme, j'ai encore pleuré, et là je me suis dit : "Mais qu'est-ce que tu as fait ?" Franchement, j'étais au fond du trou psychologiquement parlant". Dans cette douloureuse épreuve, Zoé n'a que deux personnes sur qui compter, deux amis. Sa famille, elle n'en sait rien, encore aujourd'hui d'ailleurs. "C'était aussi peut-être une punition que je m'infligeais, d'endurer ça quasiment toute seule. J'avais peur d'être jugée aussi, et puis je me suis dit : "Tu as couché sans te protéger, tu es tombée enceinte, tu as dû subir une IVG, quelque part tu l'as bien mérité, alors tu assumes"".

"Cela continuera de me hanter", Zoé

Aujourd'hui, elle tente de se reconstruire, deux ans après les faits. "C'est comme un deuil à faire. Et puis, ça continuera de me hanter, même si aujourd'hui je vais mieux. Je ne peux pas m'empêcher de penser que le jour où je voudrai vraiment être mère, comment ça va se passer ? Est-ce que je vais avoir des complications ? Est-ce que je vais réussir à devenir mère ?" Premier pas dans sa "guérison", Zoé arrive à de nouveau faire confiance aux hommes, elle est d'ailleurs en couple depuis peu.

Le reportage d'Adrien Bossard.

*prénom modifié par souci d'anonymat

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