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Une Castelroussine a eu recours au suicide assisté en Suisse, sa fille raconte

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Par , France Bleu Berry, France Bleu

Marie-Claude était soignée pour un cancer des ovaires à l'hôpital de Châteauroux depuis 2018. Deux ans plus tard, elle a recours au suicide assisté en Suisse. Une procédure interdite en France, mais approuvée par 89% des Français selon un récent sondage Ifop.

La Castelroussine Marie-Claude Brosse a choisi le suicide assisté en Suisse pour abréger les souffrances de son cancer des ovaires.
La Castelroussine Marie-Claude Brosse a choisi le suicide assisté en Suisse pour abréger les souffrances de son cancer des ovaires. © Radio France - François Chagnaud

Le 28 novembre 2020 au matin, Marie-Claude Besse meurt à l'âge de 70 ans dans une chambre médicalisée, en Suisse, entourée de ses deux filles. Cette mort, la Berrichonne au regard bleu l'a choisie, et longuement réfléchie. Son cancer des ovaires détecté en 2018 la ronge, sa chimiothérapie débutée la même année aussi. 

"C'était une dame très forte, qui voulait vraiment diriger sa vie du début à la fin. Même quand les médecins lui ont dit que [la chimiothérapie] était la seule solution, elle se disait qu'il y en avait plusieurs. Elle n'arrêtait pas de nous répéter que si ça ne lui correspondait pas, elle prendrait un fusil et irait se tirer un balle dans un champ, dans un bois, quelque part", livre sa fille, Frédérique Garrivet. Elle était aux côtés de sa mère lors de son dernier souffle. Pendant de longs mois, elle soutient Marie-Claude dans sa lutte contre la maladie et dans le processus de décision qui la guide vers cette mort médicalement assistée, délibérée. 

La fille de Marie-claude raconte les derniers instants de sa mère.

Dès le début de sa maladie, deux ans avant l'apparition des souffrances insupportables dues au cancer et à son traitement, Marie-Claude adhère à l'Association pour le droit de mourir dans la dignité (ADMD). Dans son fichier national des directives anticipées, l'association recueille les modalités de sa fin de vie. "Ce qu'elle ne voulait pas, c'était être dépendante. Elle avait bien dit que dès qu'elle ne serait plus en possession de ses moyens, elle ne voudrait pas de certains soins qui la diminueraient, comme avoir une poche, ne plus faire ses besoins seule, ou avoir quelqu'un pour s'occuper d'elle au quotidien", poursuit Frédérique. 

Faire accepter les dernières volontés

Depuis la loi du 22 avril 2005, dite "loi Léonetti" toute personne majeure et consciente peut rédiger ces directives anticipées. Ces instructions écrites par avance expriment les souhaits du patient sur la conduite à tenir dans le cas où il serait incapable d'exprimer sa volonté. La loi du 2 février 2016, dite "loi Claeys-Léonetti" renforce le pouvoir de ces directives anticipées par rapport au corps médical. Depuis, les directives anticipées sont contraignantes pour les médecins. 

Pour autant, faire accepter la décision de Marie-Claude au personnel de l'unité d'oncologie du centre hospitalier de Châteauroux n'a pas été une mince affaire. "Ca n'a pas été évident, confirme Frédérique. Car en France, le suicide assisté n'est pas autorisé. Châteauroux est une petite ville et maman a été la première patiente du service oncologie à mettre en place ce suicide médicalement assisté jusqu'au bout. Au départ, les médecins ont été assez surpris de cette décision." 

Plusieurs soignants de l'hôpital tentent de faire changer Marie-Claude d'avis. "Quand ils ont vu qu'ils n'y arriveraient pas et qu'on était tous liés pour réussir à donner à maman ce qu'elle voulait, ils ont commencé à appeler les différents services." 

Le coût d'une mort choisie

Frédérique et sa maman effectuent une myriade de démarches pour rendre la dernière volonté de Marie-Claude possible. Les services juridiques et médicaux de l'hôpital se réunissent, les ambassades françaises sont consultées, la compagnie d'ambulance qui transportera la malade de Châteauroux jusqu'à Biel-Benken, un petit village suisse, réservée. Quelques jours plus tard, Marie-Claude atteint sa dernière étape. C'est dans cette bourgade proche de la frontière que se trouve la maison médicalisée gérée par l'association lifecircle et sa présidente, le docteur Erika Preisig.

Au total, ce dernier voyage aura coûté 12.500 euros. 10.000 euros pour deux journées dans cette chambre médicalisée, et 2.500 euros pour payer l'infirmier et le transport en ambulance entre la France et la Suisse. La Castelroussine y meurt le 28 novembre 2020, après s'être administré un puissant sédatif. Elle s'endort, et trois minutes plus tard, son cœur s'arrête. 

Un combat associatif et législatif pour une "mort consentie, sereine et digne"

Marie-Claude et Frédérique se sont rapprochées de l'Association pour le droit de mourir dans la dignité (ADMD). "Le cœur de notre combat c'est une loi autorisant l'aide active à mourir", explique Christian Gourin, le président de l'ADMD dans l'Indre.

"Ce dont on s'aperçoit, c'est que la devise républicaine est battue en brèche. Liberté : on ne fait pas ce qu'on veut avec sa mort. Egalité : il faut aller en Suisse pour un suicide assisté ; tout le monde peut pas se le permettre. Fraternité : il n'y pas d'aide apportée à toutes ces personnes qui souffrent", tacle le militant. 

Une telle proposition de loi est largement soutenue par les Français et les élus. Selon un sondage Ifop pour l'ADMD, 93% des Français sont favorables à la légalisation de l’euthanasie et 89% à la celle du suicide assisté. 270 députés soutenaient le texte du député Libertés et Territoires Olivier Falorni débattu le 8 avril 2021 dans l'hémicycle. Mais une poignée de députés hostiles à ces mesures, dont la députée du Cher Nadia Essayan, ont bloqué le processus législatif en déposant plus de 3.000 amendements. Le 7 mai 2021, près de 300 députés ont écrit à Jean Castex pour que ces débats reprennent.

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