Retour
Provence-Alpes-Côte d'Azur Corse Auvergne-Rhône-Alpes Grand Est Bourgogne-Franche-Comté Occitanie Nouvelle-Aquitaine Centre-Val de Loire Île-de-France Hauts-de-France Normandie Pays de la Loire Bretagne
  • Toute la France
  • Auvergne-Rhône-Alpes
  • Bourgogne Franche-Comté
  • Bretagne
  • Centre-Val de Loire
  • Corse
  • Grand Est
  • Hauts-de-France
  • Île-de-France
  • Normandie
  • Nouvelle-Aquitaine
  • Occitanie
  • Pays de la Loire
  • Provence-Alpes-Côte d'Azur
Changer de région
Centre-Val de Loire
Changer de région
Corse
Changer de région
Hauts-de-France
Changer de région
Normandie
Retour
Santé – Sciences

La directrice du CHR Metz-Thionville veut un "couple de force" avec le CHU de Nancy

mercredi 29 août 2018 à 17:43 Par Antoine Barège, France Bleu Lorraine Nord et France Bleu Sud Lorraine

Dans un contexte tendu, le Centre Hospitalier Régional de Metz-Thionville vient d’annoncer des résultats excédentaires : 5,7 Millions d’€ en 2017. Pas vraiment surprenant pour la directrice générale du CHR Marie-Odile Saillard qui s'exprime sans langue de bois pour France Bleu Lorraine.

La directrice du CHR Metz-Thionville, Marie-Odile Saillard
La directrice du CHR Metz-Thionville, Marie-Odile Saillard © Radio France - Antoine Barège

Metz, France

Marie-Odile Saillard nous a reçu dans son bureau au 5ème étage de l'hôpital Mercy. La directrice générale du CHR en poste depuis juillet 2015 et qui n'a pas l'habitude de manier la langue de bois, elle se félicite des excellents résultats financiers du CHR qui vont permettre d'investir et elle commente les problèmes financiers du CHU de Nancy (déficit de 290 millions d'€), la suppression possible de 400 postes, les déserts médicaux ou encore le fonctionnement du Samu. 

Marie-Odile Saillard, le CHR de Metz est récent, il a moins de 5 ans, on connait le contexte financier tendu en France et vous ne perdez pas d’argent. Comment faites-vous ?

L’hôpital Mercy est un outil superbe, conforme à l’attente et à l’exigence des patients. Pour autant ça ne fait pas tout, on a au CHR de Metz-Thionville une exigence très importante en matière d’organisation, c’est à dire en terme d'organisation des soins, de nos services et de nos pratiques. Les résultats financiers positifs sont en partie le fruit de cette qualité d’organisation qui nous permet de faire la chasse au gaspillage et puis il ne faut pas se faire d’illusion, le résultat financier est aussi le fruit de la confiance que nous font les Messins et les Messines, parce que si la population n’était pas là pour se faire soigner, il n’y aurait pas de résultat. 

Il faut donc continuer à répondre aux attentes des Messins et des Thionvillois ?

Je pense que s’ils nous font confiance c’est parce qu’ils savent qu’ils ont une très belle réponse. Techniquement ils savent qu’ils trouveront ce qu’il y a de mieux, les équipes médicales et soignantes sont particulièrement investies. Et puis il y a une réponse de cœur : il y a une culture d’entreprise à Metz, à Thionville mais aussi à Hayange et sur des sites moins connus comme l’hôpital Felix-Maréchal à Metz. Le CHR est assis sur 6 sites qui ont une culture de service au public.

Vous faites des économies sur le dos des salariés, des patients aussi ?

Je ne dirais pas ça comme ça. Le CHR Metz-Thionville est implanté sur un bassin de population qui est le 2ème du Grand Est après celui de Strasbourg. Nous sommes sur un bassin plus important que celui de Nancy par exemple. Nous couvrons 800.000 habitants et nous répondons au besoin de ces 800.000 habitants de la manière la plus intelligente possible. Ca ne me fait pas oublier que _nous sommes le premier employeur de la Moselle avec 6.300 salariés et donc 6.300 feuilles de paye_. Il n’est pas bon d’inverser les priorités. Le jour où je me dis que je structure l’activité en fonction des salariés et non plus en fonction de ma mission principale de soin à la population, je ne fais plus de bénéfice et je commence à faire des bêtises. 

Marie-Odile Saillard, la directrice générale du CHR de Metz-Thionville dans son bureau - Radio France
Marie-Odile Saillard, la directrice générale du CHR de Metz-Thionville dans son bureau © Radio France - Antoine Barège

Mais ça veut dire que vous avez les moyens de remplacer tous les postes ?

Compter les postes à un pour un, refuser de supprimer un poste, ça c’est des bêtises. Et ici les salariés l’ont compris. Si je décide de supprimer 3 postes à gauche parce qu’il y a une activité sur laquelle on est un peu plus informatisé, parce qu’on a un peu moins de besoin, ou parce que la technique de prise en charge est une technique déclinante, est-ce que c’est grave dans ces conditions ? Pas forcément : l’essentiel c’est que j’en crée 10 ailleurs. Sur un service nouveau, sur quelque chose qui prend de l’essor, sur une nouvelle technique sur laquelle on devient très bon et donc sur laquelle je vais recruter un super médecin, c’est ça qui est important. _Je ne raisonne pas comme un employeur_. Je raisonne comme celle qui est là pour donner la mission de soin la plus importante, techniquement la plus performante de tout mon bassin de population, public et privé confondus. C’est ce raisonnement économique qui donne des résultats excédentaires

Les bénéfices de l’hôpital servent à quoi ?

Je ne peux pas parler de bénéfices mais de résultats excédentaires puisque nous sommes dans le public. Il n’y a pas de dividende, tout est réinvesti. Les sommes dégagées permettent de nous désendetter, d’assainir les finances et d’investir un peu plus : la salle hybride ouverte il y a quelques mois (une salle d’opération qui permet en même temps de faire de l’imagerie de pointe), de la microchirurgie, ça permet d’avoir des patients qui rentrent chez eux plus tôt, qui récupèrent plus vite. 

Et vous investissez aussi dans la médecine complémentaire ?

Ca c’est notre bébé du moment. Nous nous dirigeons vers un institut des médecines complémentaires dans des _domaines aussi divers que l’hypnose, l’anesthésie sous hypnose comme des sutures aux urgences sur les enfants par exemple, je pense aussi aux médecines chinoises_. Des techniques très bien maîtrisées et médicalement très encadrées. On va recruter du personnel pour cet automne, on est d’ailleurs en train de chercher des locaux. 

Il ne faut pas mépriser l’histoire, elle est là avec ses blessures et ses cicatrices mal refermées

Vous êtes en bonne santé, mais pas très loin de Metz, le CHU de Nancy est en difficulté et va peut-être devoir supprimer 400 postes. Il y a un peu de jalousie de vos collègues ? 

Alors là vous m’emmenez sur un terrain glissant sur lequel je vais essayer de ne pas glisser. On est sur quelque chose de délicat parce ce qu’on est sur un terrain historique très compliqué. _Il ne faut pas mépriser l’histoire, elle est là avec ses blessures et ses cicatrices mal refermées_. Et puis il y a un avenir qui se dessine. Un avenir Grand Est, un avenir hospitalo-universitaire, nous sommes tous embarqués dans la même galère donc il va bien falloir que tout le monde trouve sa place dans la galère et que si on ne veut pas qu’elle sombre, il va falloir que tout le monde rame dans le même sens

Il va falloir se rapprocher encore plus ?

Nous sommes probablement à un tournant de notre histoire. Le CHR de Metz-Thionville est un hôpital régional comme son nom l’indique. Il a une fonction de recours auprès des centres hospitaliers les plus proches que sont Verdun, Bar-le-Duc, de l’autre côté Forbach, Sarreguemines et Saint-Avold. Il a une fonction de recours, mais pas dans tous les domaines. Il est en situation intermédiaire entre le CHU et ces hôpitaux. Il faut que le CHR trouve toute sa place. 

Du respect entre le CHR de Metz et le CHU de Nancy? Non

Et ca n’est pas encore le cas ?

Il faut que le CHU de Reims reconnaisse cette fonction de recours, ce qui est le cas, il faut que le CHU de Strasbourg reconnaisse cette fonction de recours, ce qui est le cas mais _il faut aussi que le CHU de Nancy reconnaisse cette fonction de recours et ça n’est manifestement pas le cas encore_. Donc il faut que Nancy avance, à mon avis c’est une question de posture intellectuelle plus que de réalité parce que les patients eux ils vont au plus près. Le CHU a beaucoup de mal à admettre, la fonction du CHR Metz-Thionville. C’est une vraie difficulté, il y a un respect mutuel qui reste à mettre en place

Mais vous pouvez travailler ensemble ?

Tout n’est pas la faute de tout le monde. Quand je vous dis que le CHR est assis sur un bassin de 800.000 habitants c’est une chance que j’exploite au mieux. Et ça n’est pas la faute des dirigeants du CHU de Nancy, si leur bassin de population a tendance à décroître un peu parce que la population des Vosges est vieillissante, si elle fait moins de bébés. C’est comme ça, ils font au mieux. Je suis la première à reconnaître que ce n’est pas une question de talent, c’est une question de prise en compte d’une réalité. Il est complètement absurde de penser que la population au Nord de la Moselle, elle doit aller à Nancy pour certaines choses alors que si elle peut s’arrêter à Metz ou à Thionville, elle va le faire. Cette population qui augmente en Moselle, elle doit trouver des services au plus près. Par conséquent, certains services détenus par le CHU de Nancy doivent se rapprocher de Metz et de Thionville. On doit trouver les voies et les moyens pour que cette opération se réalise. 

Vous discutez régulièrement avec les dirigeants du CHU ?

Je suis résolument quelqu’un d’optimiste, je veux croire que l’intelligence prendra le dessus. Demain nos sorts seront profondément liés, et il va falloir que le CHU qui est en grande difficulté financière et probablement en déclinaison financière, ne trouvera sa solution que dans la mise en place d’un couple de force entre le CHU et le CHR tendant à reconnaître le rôle de recours de Metz. Et puis il y a la question de l’universitarisation. Il faut qu’on arrive à universitariser une partie des services du CHR Metz-Thionville. L’université dont je rappelle qu’elle est université de Lorraine, la faculté de médecine dont je rappelle qu’elle est encore la faculté de médecine de Nancy, tout ça n’est pas très convenable. Je ne demande pas de fusion. Je pense qu’il faut le faire dans le cadre d’une négociation quasiment notariale et bien pensée. Mais il faut y arriver pour le bénéfice des populations desservies. 

En Moselle, le service pédiatrie de l’hôpital de Sarreguemines a dû fermer pendant 15 jours cet été, faute de pédiatre. Pourquoi ne pas aider cet établissement ?

Vous savez peut-être que depuis 2017, les structures sanitaires sont regroupées en 135 groupements hospitaliers de territoire. Donc ce premier découpage a pris en compte l’histoire. En Moselle ce découpage isole la Moselle-Est pour prendre en compte des réalités socio-économiques c’est-à-dire les problématiques du bassin minier, de la métallurgie. Il y avait une volonté de ne pas se marier avec le sillon Lorrain pour garder les spécificités. La Moselle-Est a des relations importantes avec Strasbourg, avec l’Allemagne c’est indéniable. Il n’en demeure pas moins que des habitants de ce secteur viennent se faire soigner à Thionville et à Metz. On aurait pu imaginer un autre découpage mais il est ce qu’il est et on arrive à une difficulté majeure que vous soulignez. Dans le problème de l’hôpital Robert-Pax, le CHR Metz-Thionville n’a pas été interrogé. On n’est pas venu me demander ce que je pensais de la pédiatrie à Sarreguemines ni si je pouvais donner un coup de main ou pas. _On peut le regretter mais les choses peuvent évoluer_, les groupements hospitaliers devraient évoluer. 

Ca pose à nouveau le problème de la démographie médicale ?

On en a plein la bouche de ça, en réalité il n’y a pas de problème de démographie médicale : nous formons autant de médecins que les Allemands, les Belges, les Espagnols, les Italiens. Pour 100.000 habitants, nous avons autant de médecins que les autres.

Mais il y a des déserts médicaux ?

Nous avons un énorme problème de répartition de nos médecins. C’est d’ailleurs assez inattendu dans un pays comme la France qui est très administré, très régulé. Ce n’est pas la Grande-Bretagne ici, et pourtant ça n’est pas régulé. En matière de gestion de notre corps médical, nous avons une gestion libérale et même presque libertaire. Nous avons une formation de type publique, en faculté de médecine, au frais du contribuable et à la sortie de ces formations longues, 10-15 ans parfois, les médecins ont une très grande liberté de choix. Ceci a des effets extrêmement positifs, on a un corps médical motivé mais il y a des effets négatifs : _les médecins s’installent plutôt au sud de la Loire, plutôt dans les villes de charme ou en bord de mer_. Ce qui fait que quand on est au hasard à Hayange en Moselle, au hasard l’été, on a du mal à trouver des médecins. Je plaisante en disant Hayange parce vous savez qu’il y a quelques mois on a eu des problèmes et on a dû fermer un service (en avril, le service soins de suite et réadaptation a dû être temporairement fermé). En juillet-août à Sarreguemines, je suppose qu’il y a eu la même difficulté. Ca pose des questions, on est sur une problématique au moins régionale, si ce n’est nationale. En période d’épidémies, ces problèmes peuvent prendre des proportions tellement énormes qu’elles deviennent insupportables. Je fais partie des directeurs en France qui pensent qu’on n’est pas très loin de l’explosion. Il va falloir que des mesures d’une autre nature soit envisagées. 

Donc des régulations à la sortie de la faculté ?

Il va falloir être plus attentif, il va falloir aussi avec des discussions plus abouties avec nos collègues du privé. Je ne dis pas qu’il faut totalement réguler mais _on est aujourd’hui sur un système qui ne marche plus_. On a mis des pansements, des emplâtres, parfois sur des jambes de bois. Ca ne marche pas, il faut des solutions plus structurelles. 

Le régulateur du Samu: ce sont des hommes et des femmes, certes bien formés, aguerris, motivés mais qui peuvent parfois, « péter un câble »

Le Samu de Strasbourg est toujours dans l’actualité avec la mise en examen d’une régulatrice. En décembre, elle s’était moquée d’une personne qui appelait à l’aide et qui est morte. C’est tendu aussi à Metz ?

Ca été tendu partout. N’oublions pas que nous sommes des malades en puissance. Quand nous appelons le Samu, nous avons envie d’avoir au bout du fil quelqu’un qui nous répond et qui nous répond bien. _Je crois qu’on a tous eu une réaction de profonde compassion et de révolte, ça n’est pas tolérable_. Mais il faut rappeler qu’on a des équipes qui sont parfois sous très très forte tension, ce sont des hommes et des femmes, certes bien formés, aguerris, motivés mais qui peuvent parfois, « péter un câble », se laisser aller, perdre pied. Malheureusement c’est toujours possible même si nous faisons tout pour que ça n’arrive jamais. Ca peut arriver à Metz parce que sur les 150 personnes du SAMU, on a peut être laissé passer un recrutement qui ne va pas bien. De temps en temps, on peut se tromper.

Et aujourd’hui quelle est l’ambiance au SAMU de Metz ?

Les choses ne sont pas retombées mais elles se sont calmées. On a repris les équipes, on a fait un gros travail et ce travail n’est jamais terminé. Il est important d’en parler, j’ai confiance dans mes équipes, je fais en sorte d’avoir confiance et il faut que la population ait confiance. Je sais qu’on a encore 6 à 8 heures d’attente aux urgences de Metz dans les grands moments. Mais nous on fait partie de ceux qui n’ont pas 15-20 heures d’attente. _On n’est jamais à l’abris d’un loupé et c’est pour ça que je ne jette pas la pierre à nos collègues de Strasbourg même si c’est, encore une fois, inacceptable_. Ma seule réponse aujourd’hui c’est qu’on travaille et que ce qu’il s’est passé à Strasbourg ne doit pas se reproduire….jamais. 

Ma seule réponse aujourd’hui c’est qu’on travaille et que ce qu’il s’est passé à Strasbourg ne doit pas se reproduire….jamais.

--> Les chiffres clés du CHR de Metz-Thionville

  • 6 sites hospitaliers
  • 1997 lits
  • 6.300 salariés
  • 150.000 passages aux urgences
  • 35.339 interventions chirugicales
  • 1.627.710 repas servis
  • 2.155 tonnes de linge lavé