Santé – Sciences

La fille de Brest : le combat d'une ville

Par Valérie Le Nigen, France Bleu Breizh Izel mardi 8 novembre 2016 à 22:36

Irène Frachon et Emmanuelle Bercot
Irène Frachon et Emmanuelle Bercot © Radio France - Valérie Le Nigen

Irène Frachon et Emmanuelle Bercot ont été très applaudies hier soir aux Studios, où se déroulait une avant première de " La fille de Brest". Ce film de la réalisatrice' Emmanuelle Bercot relate le combat de la pneumologue brestoise Irène Frachon contre le Médiator. Une histoire de résistance.

" C'est le combat d'une ville" raconte Irène Frachon. " A Brest, loin de Paris, je me sentais en sécurité . Et quand l'affaire a éclaté médiatiquement, l’hôpital était là pour me soutenir. Aujourd'hui, quand je me promène dans Brest, les gens m'aborde et je ressens leur adhésion." Irène est intarissable. Emmanuelle Bercot a du mal à placer deux mots : " Honnêtement, c'est à cause de la personnalité d' Irène Frachon que j'ai fait ce film. L'histoire est passionnante mais c'est d'abord son portrait. " Irène Frachon rend aussi hommage aux trois productrices de " Haut et court" ; " vous m'avez proposé une belle somme d'argent pour réserver les droits. Grâce à cet argent, j'ai pu financer ce combat. Lorsqu'il faut transporter un corps à la morgue, je puise dans cette caisse. Quand il faut payer un avocat et qu'une victime est étranglée, cet argent permet d'avancer".

" Ce film?" reprend Irène Frachon," c'est un devoir de mémoire. Les actuels étudiants en médecine avaient 14 ans quand cette affaire a éclaté. Ils ne se souviennent de rien. Or, aujourd'hui encore, le système fait barrage à la vérité. Une partie du corps médical pense que ce scandale est un préjudice médiatique pour le monde médical. Or, il faut continuer à remettre en question ce système. Ce n'est pas un accident. C'est un symptôme".

" Combien de morts ? Irène Frachon fulmine : L'expertise pénale valide les recherches épidémiologiques, soient 2000 morts. C'est sans doute un chiffre en deçà de la vérité. Bien sur, l'affaire n'a pas été jugée. Les victimes sont toujours en attente d' indemnisation. Le laboratoire fait trainer les procédures. Si j'ai autant d'émotion ce soir à Brest, c'est parce que cette affaire n'est pas finie. Je suis tous les jours en contact avec des malades du Médiator. Quand le procès aura lieu, qui sera encore là ? " Dans la salle deux victimes ont la larme à l'oeil. Martine : " Ce film est criant de vérité. Cela remue beaucoup de choses". Céférina Cordoba ; " le portrait d'Irène est un peu caricatural. Dans la vie, c'est une femme ordinaire. J'espère seulement que ce film va faire parler de nous. Je pense à tous les malades."

Dans la salle, les premiers spectateurs sont conquis : " un film intense, rythmé, avec du suspens. Il fait évidemment penser à " Erin Brokovitch, seule contre tous"'. De vrais acteurs du scandale sont là ce soir. Comme Patricia, cette infirmière qu' Irène Frachon appelle Patoche, qui a travaillé sur les dossiers sur ses congés. Ou Charles Kermarrec, l'éditeur qui s'est comporté en granit face aux décisions de justice.
Emmanuelle Bercot sourit : " j'ai découvert Brest et les Brestois. Je trouve cette ville magnifique et j'envisage de m'y installer. Peut être pas demain. Quoi que."