Santé – Sciences

La ministre de la Santé réfléchit à rendre onze vaccins infantiles obligatoires

Par Tifany Antkowiak, France Bleu vendredi 16 juin 2017 à 8:18 Mis à jour le vendredi 16 juin 2017 à 12:18

La ministre de la Santé, Agnès Buzyn, a déclaré réfléchir "à rendre obligatoire, pour une durée limitée, les onze vaccins destinés aux enfants".
La ministre de la Santé, Agnès Buzyn, a déclaré réfléchir "à rendre obligatoire, pour une durée limitée, les onze vaccins destinés aux enfants". © Maxppp - Leon Tanguy

Alors que seuls trois vaccins infantiles sont aujourd'hui obligatoires, la ministre de la Santé Agnès Buzyn a indiqué dans Le Parisien daté de ce vendredi qu'elle réfléchissait "à rendre obligatoire, pour une durée limitée, les onze vaccins destinés aux enfants".

La ministre de la Santé, Agnès Buzyn, a déclaré réfléchir "à rendre obligatoire, pour une durée limitée, les onze vaccins destinés aux enfants", dans une interview accordée au journal Le Parisien et parue ce vendredi dans le quotidien. Actuellement, trois vaccins infantiles sont obligatoires : diphtérie, tétanos et poliomyélite. Huit autres, dont la coqueluche, l'hépatite B ou la rougeole sont seulement recommandés, rappelle la ministre.

Taux de couverture de 75% contre la rougeole

"Ce double système est une exception française. Cela pose un vrai problème de santé publique", estime Agnès Buzyn, rappelant que "la rougeole réapparaît" et qu'elle a causé la mort de 10 enfants depuis 2008. "Le taux de couverture est de 75% alors qu'il devrait être de 95%", souligne-t-elle et "on a le même problème avec la méningite. Il n'est pas supportable qu'un ado de 15 ans puisse mourir parce qu'il n'est pas vacciné"."Nous réfléchissons donc à rendre obligatoires les onze vaccins (poliomyélite, tétanos, diphtérie, coqueluche, rougeole, oreillons, rubéole, hépatite B, bactérie Haemophilus influenzae, pneumocoque, méningocoque C) pour une durée limitée, qui pourrait être de cinq à dix ans", a indiqué la ministre. Elle souligne dans cet entretien que "l'Italie l'a fait la semaine dernière".

Risque de polémique

Les trois vaccins obligatoires (diphtérie, tétanos, polio) font l'objet de trois injections groupées (DTP) avant l'âge de 18 mois. Mais le DTP seul n'est plus commercialisé depuis 2008 : les laboratoires l'associent à d'autres vaccins recommandés dans des vaccins polyvalents, vendus plus chers. Cette incohérence avait été pointée du doigt par le Conseil d'État, qui avait donné six mois au ministère pour la lever. Plusieurs choix s'offrent à lui : obliger les laboratoires à commercialiser le DTP seul, supprimer par décret toute obligation de vaccins ou étendre cette obligation à d'autres vaccins. Cette troisième option, qui nécessite une loi, semble donc être privilégiée par la nouvelle ministre.

Interrogé par Le Parisien, le professeur Alain Fischer, président de la concertation citoyenne sur les vaccinations, prévient : "dès que l'on parle d'obligation vaccinale cela déclenche des polémiques". "Malheureusement il n'y a pas d'autres solutions pour lutter contre la recrudescence des maladies infantiles. C'est un mal transitoire pour un bien sur le long terme", a-t-il affirmé. "Ce serait une hérésie", lui répond dans le journal Jacques Bessin. Pour le président de l'Union nationale des associations citoyennes de santé (UNACS) "les vaccins ont des effets secondaires neurologiques, musculaires mal mesurés et parfois irréversibles". "On ne laissera pas faire", a-t-il scandé.

Un dossier engagé par Marisol Touraine

Pour défendre sa position, la ministre indique qu'il "faut faire oeuvre de pédagogie". "La vaccination ce n'est pas seulement l'intérêt qu'on y trouve soi-même, c'est un enjeu de solidarité, une façon de protéger l'ensemble de la société", a-t-elle dit. Face aux critiques estimant que cette décision favoriserait les laboratoires pharmaceutiques, Agnès Buzyn "refuse qu'on (lui) colle cette étiquette". "Oui, les industriels gagnent de l'argent mais on ne peut pas réduire la question de la vaccination à l'intérêt des laboratoires", a-t-elle tranché.

Le dossier des onze vaccins infantiles obligatoires avait été engagé par Marisol Touraine, prédécesseur d'Agnès Buzyn au ministère de la Santé. Elle avait rappelé avoir "préparé un texte de loi", lors de la passation de pouvoir entre les deux femmes. "Je suis convaincue que c'est cela qui doit être engagé, maintenant la responsabilité est la vôtre", avait déclaré Marisol Touraine.

Agnès Buzyn explique par ailleurs réfléchir à rendre obligatoire la vaccination contre la grippe pour les professionnels de santé : "je ne comprends pas ceux qui ne s'immunisent pas. Ils font courir un risque à leurs patients", déclare la ministre.

La ministre de la Santé réfléchit à rendre 11 vaccins obligatoires pour les enfants - Visactu
La ministre de la Santé réfléchit à rendre 11 vaccins obligatoires pour les enfants © Visactu -