Santé – Sciences

Le Mans : ce que l'on sait des pesticides dans l'eau du robinet

Par Alexandre Chassignon, France Bleu Maine jeudi 5 octobre 2017 à 19:05

L'usine de l'Epau dessert tous les Manceaux et 25 000 autres habitants de l'agglomération.
L'usine de l'Epau dessert tous les Manceaux et 25 000 autres habitants de l'agglomération. © Radio France - AC

Pour la première fois au Mans, des résidus d'un herbicide ont été détectés dans l'eau du robinet en 2016 et à nouveau cette année. Il n'y a aucun danger pour la santé, précise l'autorité sanitaire, même si un seuil réglementaire est franchi. L'eau issue de l'Huisne alimente 175 000 habitants.

Si vous vivez ou Mans ou dans l'une des communes de l'agglomération dont l'eau est puisée dans l'Huisne, vous avez peut-être sursauté de surprise en recevant votre facture d'eau. Le relevé de qualité qui l'accompagne indique une "non-conformité" au chapitre "pesticides" : "32 jours" de présence d'une molécule, l'esa métolachlore.

Quelle est cette pollution ?

En mars 2016, une analyse pratiquée par l'ARS a détecté cette molécule dans l'eau du robinet à la sortie de l'usine de l'eau. Avec 0,11 µg/l, le seuil réglementaire de 0,1 µg/l était franchi. Les 32 jours correspondent à la durée entre deux analyses où les pesticides sont recherchés (les analyses sur les bactéries sont beaucoup plus fréquentes) et l'analyse suivante était négative. L'épisode de pollution a donc duré entre 1 et 60 jours.

Avant 2016, l''esa métolachlore n'était pas recherché dans les analyses de l'eau en Sarthe, car peu de laboratoires peuvent l'identifier.

Est-ce dangereux ?

Le seuil franchi "n'a pas de valeur sanitaire", rassure Géraldine Grandguillot, responsable du service de la sécurité sanitaire des personnes à l'antenne sarthoise de l'Agence régionale de santé. L'ARS serait intervenu pour interrompre la distribution si le taux de pesticides avait atteint 510 µg/l. Les autorités sanitaires considèrent que jusqu'à cette limite, on peut boire de l'eau toute sa vie, sans aucun effet néfaste sur la santé, en l’état des connaissances.

Le taux mesuré au Mans est donc 5 000 fois inférieur à celui dangereux pour la santé.

Mais alors à quoi correspond cette "non-conformité" ?

Le seuil réglementaire de 0,1µg/l, défini au niveau européen, est destiné à marquer les esprits. Les pesticides ne sont pas des composants naturels de l'eau : leur présence est forcément une pollution.

D'où vient cette pollution ?

Elle vient des champs de maïs. Le métolachlore, interdit en 2003, et son remplaçant le s-métolachlore sont des herbicides. L'esa métolachlore est issu de la décomposition du produit, il persiste dans les champs après traitement et les pluies importantes l'emportent dans les cours d'eau.

Est-ce un cas isolé ?

Non, le seuil réglementaire a de nouveau été franchi au Mans lors d'un analyse au printemps dernier, pour les mêmes raisons et dans les mêmes proportions.

On trouve fréquemment du métolachlore et ses dérivés dans l'eau, dans les départements où le maïs est cultivé en grandes quantités. Ainsi dans les Landes, le taux mesuré dans certaines rivières est 5 fois supérieur à celui mesuré dans l'Huisne, avant traitement.

Que peut-on y faire ?

L'usine des eaux de l'Epau, qui alimente le Mans et 25 000 habitants d'autres communes del'agglomération, dispose déjà d'une unité de traitement au charbon actif. "Toute l'eau potable passe cet étage de traitement", souligne Mathieu Wicquart, directeur du service de l'eau et de l'assainissement de Le Mans métropole.

Mais l'usine dépend de la qualité de l'eau de l'Huisne. Quand elle est très chargée en pesticides, cela ne suffit à pas les éliminer complètement.

D'ici à 2021, l'usine du Mans doit être modernisée pour, notamment, injecter davantage de charbon actif quand on pense que c'est nécessaire (on ne le sait pas en temps réel), c'est-à-dire quand il pleut. Le Mans Métropole va consacrer 17 millions d'euros à cette modernisation.