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Santé – Sciences

Le premier homme à avoir reçu deux greffes du visage se "sent très bien"

mardi 17 avril 2018 à 7:41 Par Géraldine Houdayer, France Bleu Paris et France Bleu

Jérôme Hamon, 43 ans, est le premier homme au monde à avoir eu trois visages : il y a trois mois, il a subi sa deuxième greffe totale du visage, à l'hôpital européen Georges Pompidou, à Paris. Il dit avoir accepté "immédiatement" sa nouvelle identité.

Jérôme Hamon, greffé du visage pour la deuxième fois, entouré de l'équipe médicale qui a réalisé l'opération.
Jérôme Hamon, greffé du visage pour la deuxième fois, entouré de l'équipe médicale qui a réalisé l'opération. © AFP - Philippe LOPEZ

Dans sa vie, Jérôme Hamon a eu trois visages : premier homme au monde à avoir subi deux greffes de la face, il a accepté "immédiatement" sa nouvelle apparence, sa nouvelle "identité". Toujours hospitalisé trois mois après son opération à Paris, il est apparu avec un visage encore lisse et immobile, qui n'a pas encore épousé les traits de son crâne. Cela devrait venir peu à peu.

Une prouesse inédite 

"Je me sens très bien", a dit le greffé, âgé de 43 ans, trois mois après son opération dans la nuit du 15 au 16 janvier, lors d'une rencontre avec des médias la semaine dernière. "J'ai hâte d'être libéré de tout ça", ajoute-t-il, fatigué par le lourd traitement qu'il doit subir, et s'exprimant avec difficulté. Cette prouesse inédite est à mettre au crédit de l'équipe du Pr Laurent Lantieri, à l'hôpital européen Georges-Pompidou, de l'Assistance publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP). Ce chirurgien plastique avait déjà réalisé, sur le même patient, une première greffe totale du visage, en 2010 à l'hôpital Henri-Mondor de Créteil, près de Paris.  Jérôme Hamon est atteint de neurofibromatose de type 1 (également appelée maladie de von Recklinghausen), une maladie génétique qui a déformé son visage. 

Un rejet de la première greffe après un antibiotique donné pour un rhume 

La première greffe avait été un succès, comme il l'avait raconté dans un livre publié en avril 2015, "T'as vu le Monsieur?"  Hélas, la même année, à l'occasion d'un banal rhume, il est soigné par un antibiotique incompatible avec son traitement immunodépresseur. En 2016, il commence à montrer des signes de rejet chronique, et le visage se dégrade. À l'été 2017 il est hospitalisé, et en novembre, son visage greffé, qui présente des zones de nécrose, doit lui être retiré. 

Deux mois sans visage à l'hôpital 

Il restera deux mois "sans visage" en réanimation à Pompidou, le temps que l'Agence de la biomédecine signale un donneur compatible. Des moments difficiles à vivre, avec un faciès d'écorché vif. Mais à cas exceptionnel, patient exceptionnel. "Toute l'équipe en réanimation a été époustouflée par le courage de Jérôme, sa volonté, sa force de caractère dans une situation tragique. Parce qu'il est alors dans l'attente, et que jamais il ne s'est plaint. Il était même plutôt de bonne humeur", a raconté à la presse Bernard Cholley, anesthésiste-réanimateur. Le donneur de visage sera un jeune homme de 22 ans, décédé à plusieurs centaines de kilomètres de Paris. 

Une opération longue de 22 heures 

Jérôme Hamon est entré au bloc opératoire le lundi 15 janvier, à la mi-journée. Il ressortira du bloc le mardi en fin de matinée, au terme d'une opération hors normes. "L'opération répond à une question qui était de l'ordre de la recherche: est-ce qu'on peut refaire une greffe du visage? Oui, on peut retransplanter, et voilà ce qu'on obtient", a expliqué le Pr Lantieri.

Le sang "nettoyé d'anticorps" 

Pour éviter un rejet, l'opération a exigé de "nettoyer le sang d'anticorps", par une plasmaphérèse, et de "bloquer la production de ces anticorps" par traitement médicamenteux pendant "les trois mois qui ont précédé la transplantation", a détaillé Éric Thervet, néphrologue. "La première greffe, j'ai accepté immédiatement le greffon. J'ai considéré que c'était un nouveau visage et maintenant c'est pareil", dit aujourd'hui Jérôme Hamon. "Si je n'avais pas accepté ce nouveau visage, ça aurait été un drame. Effectivement, c'est une question d'identité. (...) Mais là, c'est bon, c'est moi." 

Il y a eu 40 greffes du visage dans le monde depuis la première, celle de la Française Isabelle Dinoire en 2005.