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Santé – Sciences

Les gynécologues mettent en garde contre une "épidémie de césariennes" dans le monde

vendredi 12 octobre 2018 à 18:48 Par Viviane Le Guen, France Bleu

Entre 2000 et 2015, le nombre de naissances par césarienne a quasiment doublé dans le monde, dépassant même 40% dans 15 pays. Pourtant, seules 10 à 15% seraient absolument nécessaires pour des raisons médicales alertent des gynécologues ce vendredi.

Illustration naissance
Illustration naissance © Maxppp - Pierre HECKLER

Dans un dossier publié par la revue médicale The Lancet (en anglais) vendredi, des gynécologues relèvent que le nombre de naissances par césarienne a quasiment doublé dans le monde en 15 ans, passant de 16 millions en 2000 (12% des naissances) à 29,7 millions en 2015 (21%).

Or seules 10 à 15% des césariennes sont absolument nécessaires pour des raisons médicales.

De fortes disparités dans le monde

C'est en Amérique latine et dans les Caraïbes, où le taux atteint 44,3% en 2015, que cette pratique médicale est la plus populaire. A l'opposé, en Afrique sub-saharienne la césarienne concerne 4,1% des naissances seulement.

En Asie, le recours aux césariennes a augmenté en moyenne de 6% par an, grimpant de 7,2% à 18,1% des naissances entre 2000 et 2015. En Amérique du nord (32% de césariennes en 2015) et en Europe occidentale (26,9%), la hausse est d'environ 2% par an.

Dans 15 pays, ce sont plus de 40% des naissances qui ont lieu par césarienne. C'est le cas notamment en République dominicaine, au Brésil, en Egypte, en Turquie, au Venezuela, au Chili, en Colombie ou encore en Iran.

Des risques pour la mère et l'enfant

La césarienne est un "geste chirurgical qui a des conséquences potentiellement négatives", même s'il y a "des zones du monde où il n'y en a pas assez" a réagi le professeur Israël Nisand, président du Collège national des gynécologues et obstétriciens de France ce vendredi sur France Info.

Des propos qui font écho à ceux dela coordinatrice de l'étude, basée sur les chiffres de l'OMS et de l'Unicef. Selon Marleen Temmermann (Aga Khan University du Kenya et Université de Gand en Belgique), "dans les cas où des complications surviennent, les césariennes sauvent des vies et nous devons favoriser l'accès des femmes (à cette opération) dans les régions pauvres, mais nous ne devrions pas en abuser" car la césarienne de "confort" présente des risques pour la mère et l'enfant. Le placenta peut "s'insinuer dans la cicatrice de la césarienne, et mettre en danger la femme lors d'un prochain accouchement" précise Israël Nisand.

Comment expliquer cette "épidémie" ? Une baisse de compétence du corps médical pour accompagner un accouchement potentiellement difficile par voie naturelle, le confort de la programmation des naissances de jour, des tarifs plus attractifs pour les médecins et cliniques en cas de césarienne (etc.) : l'étude avance plusieurs pistes.

20% de césariennes en France

En France, le taux de césarienne (20,4% en 2016) reste stable depuis 2010, "ce qui suggère une attitude générale tendant à limiter la réalisation de cette intervention", relève la dernière enquête périnatale publiée par le ministère de la Santé.

Cédric Grouchka, membre du Collège de la Haute autorité de santé française parle de "stabilisation à la baisse" et fait une distinction entre "les césariennes réalisées dans l'urgence, soit après un accouchement qui se passe mal soit au cours du travail, qui correspondent à 60% du total en France, les césariennes programmées pour raison médicale (40%) et celles programmées pour une raison non médicale, à la demande des femmes", qu'il estime à "moins de 1%".

Pour limiter l'abus de césariennes, le Congrès mondial de gynécologie (FIGO) préconise notamment de pratiquer un tarif unique pour les naissances, césarienne ou non, d'obliger les hôpitaux à publier leurs statistiques, de mieux informer les femmes des risques et d'améliorer la formation à l'accouchement naturel.