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Santé – Sciences

Deux médecins alsaciens devant le conseil de l'ordre pour avoir critiqué l'homéopathie

dimanche 7 octobre 2018 à 19:02 Par Corinne Fugler, France Bleu Alsace, France Bleu Elsass et France Bleu

En Alsace, un patient sur deux aurait recours à l'homéopathie. Une pratique dénoncée dans une tribune publiée sur le site "fakemedecine", signée par un millier de médecins. Le syndicat des médecins homéopathes de France porte plainte. Le Conseil de l'ordre du Bas-Rhin en débat ce lundi 8 octobre.

Un Français sur deux a déjà utilisé l'homéopathie pour se soigner
Un Français sur deux a déjà utilisé l'homéopathie pour se soigner © Maxppp - Julio PELAEZ

Strasbourg, France

Un Français sur deux a déjà utilisé des médicaments homéopathiques, selon une étude IPSOS de 2015, relayée par les laboratoires Boiron. L'homéopathie, une discipline qui fait débat, ce n'est pas nouveau. Un débat relancé par une tribune publiée ce printemps sur le site "fakemedecine", relayée par de nombreux jeunes médecins, souvent anonymes. 

Cette tribune demande au ministère de la Santé et à l'Ordre des médecins de ne plus reconnaître les diplômes d'homéopathie, de mésothérapie ou d’acupuncture comme des diplômes ou qualifications médicales. L'efficacité de ces thérapies alternatives n'a pas été prouvée scientifiquement, invoquent les auteurs de la tribune:  "L’homéopathie, comme les autres pratiques qualifiées de « médecines alternatives », n'est en rien scientifique. Ces pratiques sont basées sur des croyances promettant une guérison miraculeuse et sans risques. Les thérapies dites « alternatives » sont inefficaces au-delà de l’effet placebo, et n’en sont pas moins dangereuses. (...) Dangereuses, car elles alimentent et s’appuient sur une défiance de fond vis-à-vis de la médecine conventionnelle comme le montrent les polémiques injustifiées sur les vaccins. Dangereuses enfin, car leur usage retarde des diagnostics et des traitements nécessaires avec parfois des conséquences dramatiques, notamment dans la prise en charge de pathologies lourdes comme les cancers". 

Charles Bentz est médecin homéopathe à Oberhausbergen, près de Strasbourg, et président du syndicat des médecins homéopathes de France. Son association professionnelle a porté plainte dans les différents départements concernés auprès de l'ordre des médecins contre ces pétitionnaires qui traitent les homéopathes de "charlatans", c'est le terme utilisé dans la tribune. La plainte du syndicat des médecins homéopathes doit être examinée ce lundi 8 octobre à Strasbourg par le Conseil départemental de l'ordre des médecins du Bas-Rhin. Il s'agit pour le moment d'une réunion de conciliation.

Le Dr Bentz attend de l'ordre des médecins une position claire: "La violence de cette attaque nous a beaucoup surpris. On ne s'attaque pas seulement à l'homéopathie elle-même. On s'attaque surtout à des médecins qui ont reçu la même formation que les médecins qui sortent actuellement de la faculté".

Des traitements remboursés à 80% par le régime local en Alsace

En Alsace-Moselle, l'homéopathie est remboursée à 80% par le régime local, contre 30% dans le reste de la France. 

La Haute autorité de Santé, la H.A.S., a été saisie fin août par le ministère de la Santé pour évaluer l'efficacité de l'homéopathie et le bien-fondé de son remboursement. Elle va commencer par préciser la méthode à appliquer pour évaluer cette spécialité...

Que faut-il penser de l'homéopathie? Cette spécialité est très populaire dans la région. Un généraliste sur quatre prescrit régulièrement de l'homéopathie. La relation avec le médecin, l'effet placebo, déjà, c'est utile, voilà ce qu'il faut retenir en attendant les conclusions de l'évaluation demandée à la H.A.S. 

Des spécialités souvent peu coûteuses - Maxppp
Des spécialités souvent peu coûteuses © Maxppp - Pascal Bonnière

Les patients se disent soulagés par l'homéopathie

Le médecin-homéopathe est souvent un généraliste, qui jongle entre sa spécialité et les traitements conventionnels. "Je sais très bien ce qui convient à l'homéopathie", assure le Dr Charles Bentz, "et ce qui n'en relève pas, pour lequel il faudra utiliser des thérapeutiques chimiques et je suis parfaitement à même d'utiliser ces médicaments-là. Chez de nombreuses personnes âgées, on utilise et l'allopathie et l'homéopathie sur une même ordonnance".

Le Dr Charles BENTZ, président du syndicat des médecins homéopathes

Efficace, l'homéopathie? Oui, assurent les patients qui y ont recours, comme Elisabeth, une Strasbourgeoise qui traite ses angoisses à l'aide de granules :  "c'est bien que ça marche pour certaines personnes, tout simplement. Même consciente que c'est probablement un espèce d'effet placebo, j'ai l'impression que ça marche!" Elisabeth craint que cette polémique ne détruise justement cet effet placebo : "ça me donne de plus en plus conscience de cet effet, quoi!". 

"Moi j'y crois", assure Bernard, croisé devant le CHU, à Hautepierre, "il n' y a pas de produits chimiques, il n'y a pas d'effets secondaires."

Ces patients strasbourgeois sont partagés sur l'homéopathie

Ne pas stigmatiser

Le Pr Jean Sibilia, président des doyens de fac de médecine, va dans le même sens qu'Elisabeth et Bernard: "ne stigmatisons pas la pratique homéopathique. Essayons de la comprendre et d'en tirer le meilleur. C'est une démarche bien plus positive que de créer des clivages qui n'ont pas de sens et nuisent au patient, au fond".

La faculté de médecine de Lille vient de suspendre son diplôme d'homéopathie, en attendant l'avis de la H.A.S. La faculté de médecine de Strasbourg le maintient. Pour Jean Sibilia, président strasbourgeois de la conférence des doyens des facultés de médecine et doyen de la faculté strasbourgeoise, la formation des médecins à l'homéopathie doit rester entre les murs de l'université : "il est important que l'université, avec sa transparence et sa méthodologie, l'enseigne aux jeunes médecins et aux médecins installés pour essayer de dire ce qui est vrai et ce qui est faux. En l'absence de formation par l'université, ces formations pourraient être assurées par des officines privées, par des industriels, qui n'auraient évidemment pas la même capacité et la même transparence. Pas question d'une stratégie de la chaise vide, c'est de notre responsabilité!"

La plainte des homéopathes concerne notamment le cardiologue strasbourgeois Florian ZORES

A écouter : l'interview de Jérémy Descoux, cardiologue et président du collectif Fakemed