Santé – Sciences

Les médecins s'inquiètent d'une recrudescence du choc toxique lié aux règles

Par Géraldine Houdayer, France Bleu jeudi 20 octobre 2016 à 15:00 Mis à jour le jeudi 20 octobre 2016 à 16:22

Le syndrome du choc toxique est provoqué par les tampons hygiéniques. il pourrait concerner 1% des femmes.
Le syndrome du choc toxique est provoqué par les tampons hygiéniques. il pourrait concerner 1% des femmes. © Maxppp - Julio Pelaez

Les cas de choc toxique lié aux règles, qui peut être provoqué par les tampons, se multiplient. Le syndrome peut mener à des amputations, voire à la mort. Les chercheurs de l'hôpital de Lyon lancent une étude pour tenter de comprendre pourquoi.

Le choc toxique lié aux règles semblait avoir disparu. Il redevient source d'inquiétude. Au moins une femme est morte de cette maladie. Certaines ont été amputées. En 1990, plus aucun cas de syndrome du choc toxique n'était recensé en France. Mais la maladie a réapparu et ne cesse de croître : cinq cas déclarés en 2004, 19 en 2011 et jusqu'à 22 cas en 2014. Ce qui a alerté le centre national de référence des staphylocoques des Hospices civils de Lyon. Ce mardi 20 octobre, le CHU de Lyon lance donc une étude pour tenter de comprendre.

Une toxine qui passe dans le sang

Le choc toxique peut potentiellement toucher 1% des femmes, celles qui sont porteuses du staphylocoque doré dans leur vagin. Avec un tampon, "le fluide menstruel est bloqué, il va rester au chaud, explique le professeur Gérard Lina. C'est donc un milieu de culture formidable et s'il y a cette fameuse bactérie, elle va se mettre à produire une toxine qui va passer dans le sang." D'où l'importance d'éviter de garder un tampon plus de quatre heures, car plus on le garde, plus les bactéries prolifèrent, comme l'indiquent d'ailleurs la plupart des fabricants de tampons dans leurs notices.

Dans la nuit, j'ai commencé à vomir, énormément. Et puis, j'ai commencé à perdre conscience. - Justine, victime du choc toxique

Justine a 26 ans. Il y a trois ans, elle a été victime de ce syndrome. "J'avais mes règles, un tampon. Le soir, je l'enlève et je commence à avoir mal à la tête, des diarrhées. Je pense à un début de gastro. Dans la nuit, j'ai commencé à vomir, énormément", raconte-elle à l'AFP. "Le lendemain je ne faisais que dormir. Et puis, j'ai commencé à perdre conscience. J'avais hyper soif, énormément de fièvre et un symptôme très particulier : le corps tout rouge, comme un coup de soleil". Sang dans les yeux, langue gonflée : le médecin généraliste panique. A l'hôpital, personne ne comprend non plus. Elle est mise en quarantaine. A aucun moment, on ne lui parle de tampon, regrette-t-elle.

La peau des paupières, des mains et des pieds qui s'effrite

Traitée aux antibiotiques, elle rentre chez elle. Elle mettra six mois pour pouvoir "aller jusqu'à la boîte aux lettres", un an pour se remettre, en passant par des moments affreux : la peau des paupières, des mains, des pieds, de l'aine s'effrite complètement. Et il faudra un mois pour qu'on mette enfin un mot sur le mal qui l'a traversé, "grâce" à la présence de pus dans son vagin. "C'est une maladie invisible et elle est taboue parce que c'est sale", souligne la jeune femme, aujourd'hui psychanalyste. Pourtant, elle peut être très grave. Certaines femmes ont vu des bouts de nez, de doigts, se nécroser. Une jeune mannequin américaine, Lauren Wasser, a perdu une jambe en 2012. Les médecins sont insuffisamment sensibilisés au problème, d'autant qu'au début, les symptômes font penser à un virus banal.

Le CHU de Lyon lance une collecte de tampons usagés

Plusieurs pistes pourraient expliquer la hausse des cas ces dernières années : la nature des composants, l'utilisation accrue de tampons ou une évolution de la flore vaginale due peut-être à l'alimentation, avance le professeur. Pour en avoir le cœur net, il lance une grande collecte nationale avec l'espoir d'obtenir au moins 1.000 tampons usagés. L'intérêt est aussi, pour la participante, de savoir si elle est porteuse de la bactérie l'exposant à ce risque.

Par ailleurs, une pétition ayant recueilli plus de 257.000 signatures demande aux fabricants de "rendre visibles la composition des tampons". En février, l'association 60 millions de consommateurs avait aussi alerté sur la présence de dioxines dans certaines protections hygiéniques.

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